Journal d’une quarantaine : samedi 14 mars 2020

samedi 14 mars 2020 :: perrick :: Quarantaine 2020 :: aucun commentaire :: aucun trackback

Quand je lève mon nez en ville, il me vient parfois l'envie de prendre une photo : un nouvel immeuble qui pousse, un panneau incongru, un arbre maltraité. Vous les avez peut-être croisés dans mes promenades urbaines. Mais jeudi matin, à peine la photo prise que mon téléphone s'éteint brusquement alors que le niveau de batterie atteignait largement les 65%. Sentant la pandemie se développer, j'ai profité de ma pause du midi pour aller m'approvisionner chez Apple : pas question d'avoir ce type de stress en période de coronavirus. Faut croire que j'ai bien fait : Apple à annoncé aujourd'hui la fermeture de tous ses magasins (il faut bien que leur trésorerie leur serve à quelque chose).

Avec les filles ce matin, on a fait un tour au parc : on y a prélevé des jeunes pousses d'arbre dans le bac à sable. En rentrant à la maison, elles les ont transplantés dans des petits pots en verre avec un peu de terre. Au moins eux pourront grandir tranquillement ! On pourra les observer...

Jeunes pousses d'arbre
Jeunes pousses d'arbre
Jeunes pousses d'arbre

Quelques courses supplémentaires cet après-midi. Un passage à la jardinerie du coin pour prendre des graines de salade, de courgette, de carotte. Et de radis. Si on les plante demain, on devrait pouvoir les goûter avant la fin de la quarantaine : ce sont les légumes qui poussent le plus vite, en trois semaines. Un autre au supermarché pour découvrir trois rayons plus vides qu'à l'ordinaire (les pâtes, les mouchoirs et les couches pour fuites urinaires légères). Les personnes âgées ont bien compris le message.

Moins de pâtes au supermarché
Moins de mouchoirs au supermarché
Moins de couches pour fuites urinaires légères au supermarché

Je digère moins le non-report des municipales : c'est le premier cas de discorde à la maison. Peggy restera à la maison. J'irai voter, avec la ferme conviction que le deuxième tour sera annulé. Il faut croire que 76% des français n'avaient pas compris le 5 mars ce qu'une exponentielle veut dire. Que le 12 mars, le Président de la République non plus. Et que le 14, le Premier Ministre toujours pas.

En France, il y avait 4480 cas confirmés, 91 décès et 12 guérisons. Et des feuilles qui attendent de devenir arbre dans des pots de yaourt.

Journal d’une quarantaine : vendredi 13 mars 2020

vendredi 13 mars 2020 :: perrick :: Quarantaine 2020 :: aucun commentaire :: aucun trackback

À la maison, on l’avait anticipée depuis plusieurs semaines - depuis le retour des vacances de février en fait. On l’avait trompée en faisant un gros plein au supermarché puis un deuxième. En se préparant doucement au bureau. En lisant et croisant nos sources sur internet. En allant étrenner mon hakama (arrivé juste à temps depuis le Japon) mercredi soir au club d’aïkido. Mais depuis hier soir, c’est officiel : l’école ferme et la quarantaine se met en place.

Visiblement l’Education Nationale - et non l’armée - servira de colonne vertébrale à l’effort contre le Covid-19. La bibliothèque s’est déjà calé sur la directive, tous les activités suivront en cascade. En bloquant les enfants à la maison, les parents se retrouvent avec une double mission « rester en bonne santé » et « garder le moral ». Et déjà un ami professeur des écoles se retrouve réquisitionné pour s’occuper des enfants des soignants. On attend désormais le programme des travaux de la classe virtuelle pour assurer la continuité pédagogique.

Chez No Parking, le rythme aussi sera chamboulé : chacun a le droit de faire comme ça l’arrange. Pour celui et celle qui attendent un bébé dans les prochains jours et les prochaines semaines, les priorités vont s’imposer naturellement, les congés maternité et paternité font leur job. Mais je ne peux pas m’empêcher d’imaginer le dilemme des grands-parents : aller à la maternité ? attendre le retour à la maison ? attendre le retour à la normale ? Pour ceux qui ont des enfants - donc moi y compris - la notion des heures au boulot va exploser : en dehors créneau de la sieste de l’après-midi qui devrait être libre, je m’attends à jongler en permanence pour faire le boulot du jour et permettre à Peggy de faire le sien. Et pour les autres, c’est le lieu de travail qui sera à la carte : non habilité à recevoir du public, notre bureau - le Red Stone - sera ouvert mais plutôt vide pour la durée de la quarantaine.

La question ne sera donc pas tant celle du télé-travail (on manipule tous du texte sur des ordinateurs, aussi bien côté marketing que développement, c’est largement faisable) mais celle du travail en asynchrone radical et mouvant.

En prévision de cette quarantaine Matthieu avait installé à un nouveau serveur Synapse de messagerie instantanée basé sur le protocole Matrix tout récemment : il devrait servir de noeud conversationnel pour compléter notre outil maison, Opentime (avec tickets, planning, suivi administratif, etc.). Autre changement majeur, le point en équipe à 12h50 s’efface : j’ai annoncé à chacun que je ferai en sorte de l’appeler une fois par jour. Avec la ligne du standard qui a basculé sur mon portable, je sens que je vais passer du temps au téléphone !

Et je me rassure en disant que le choix d’avoir permis à tout le monde de faire 32h par semaine nous offre un matelas de sécurité supplémentaire : il y a du « mou » pour travailler plus si le besoin devait s’en faire sentir dans un mois ou deux.

En France, il y avait 2882 cas confirmés, 61 décès et 12 guérisons. Et des myosotis dans le jardin.