Lille, une capitale qui gagne quand elle joue dans sa catégorie et qui n'obtiendra pas l'AEM

dimanche 26 novembre 2017 :: perrick :: Espace urbain :: 5 commentaires :: aucun trackback

Dans le Nord la nouvelle du mois de novembre 2017 aura été que l’Agence Européenne des Médicaments ira à Amsterdam, pendant que l’Autorité bancaire européenne fera le trajet Londres - Paris. Celle d’octobre 2017 fut l’annonce de la sélection du siège des Hauts-de-France au titre de Capitale Mondiale du Design… pour 2020.

Le projet de bâtiment pour l'AEM dans le dossier lillois

Lille aura donc joué deux fois dans une cour internationale avec un taux de succès à 50%. A la fin des années 1990 et au début 2000, Lille avait aussi joué sur deux tableaux : malgré un dossier solide porté par le CNSOF, les JO d’été échoueront finalement à Paris près de 20 ans plus tard et le titre de « Capitale européenne de la Culture » (gagné pour l’année 2004 en même temps que Gênes) aura été le lot de consolation suite à une belle campagne populaire.

La gare Lille-Flandres en rose pour Lille 2004

La MEL bénéficie d’une position géographique intéressante : avec trois capitales (et non des moindres à l’échelle européenne et mondiale) à moins de 1h30 - Bruxelles, Londres et Paris - difficile de barboter en deuxième catégorie. Des prix de l’immobilier qui font rêver certains parisiens, des grandes écoles attractives, des sièges sociaux de grands groupes et un écosystème numérique puissant (entre autres) placent quand même Lille (avec Roubaix, Tourcoing et les 87 autres communes de son agglomération) dans le peloton de têtes des métropoles françaises attractives. Reste que la ville traîne encore une réputation peu enviable et des indicateurs sociaux pas toujours au vert fixe : il y a encore du boulot localement pour être au niveau de Copenhague ou de Milan.

Mais à bien y regarder rares sont les villes qui ont réussi à l’échelle mondiale leur passage d’une catégorie à l’autre depuis 50 ans : surnagent les tigres asiatiques, Hong-Kong, Singapour, Séoul et Taipei. Elles ont bénéficié du grand rattrapage de l’Asie, de l’exemple japonais, de la formidable croissance chinoise et de leur singularité de ville-état.

La capitale de Taiwan fait d’ailleurs parti des anciennes lauréates du titre de Capitale Mondiale du Design (en 2016) : bloquée par ses démêlés géo-politiques avec la Chine continentale, elle n’aura jamais accès aux JO ou aux grandes institutions mondiales. On retrouve dans cette liste Le Cap (capitale à domaine partielle - avec Pretoria et Bloemfontein - pour l’Afrique du Sud), Helsinki (petite capitale dans un pays d’à peine 5 millions d’habitants) et Turin (une ville jumelle, elle aussi en deuxième catégorie italienne derrière Rome et Milan). Seules Mexico et Séoul sont de véritables grandes villes mondiales de ce palmarès.

On peut faire le même constat pour les Capitales européennes de la Culture : il s’agit d’un concours et d’un vitrine pour villes de deuxième rang (comme Wrocław en Pologne, Saint-Sébastien en Espagne, Aarhus au Danemark ou Paphos à Chypre). Bien sûr Esch-sur-Alzette (2ème ville du Luxembourg avec ses 34 000 habitants) ne pèsera pas lourd en 2022 quand viendra son tour. Mais loin est le temps où les capitales postulaient : l’Union Européenne considère désormais qu’elles n’en ont pas besoin.

Dans son essai Cities and the Wealth of Nations (encore lui), Jane Jacobs montre bien comment les villes doivent se bagarrer, se jauger, se confronter et se frotter avec d’autres villes de taille similaire pour se développer économiquement : se limiter à commercer avec des villes plus riches et plus développées est fatal pour les villes en retrait, car ce commerce n'est qu'un tremplin pour s'engager dans un autre type de commerce interurbain : le commerce avec les villes dans les mêmes conditions et au même stade de développement qu'elles-mêmes. Cela signifie que les villes en retrait doivent commercer le plus fortement avec d'autres villes en retrait. Autrement, le fossé entre ce qu’elles importent et ce qu’elles peuvent remplacer par leur propre production est trop grand pour être comblé.

Une chose que Lille aura réussi à faire avec Turin par exemple : des rames de métro qui ont servi lors du pic de fréquentation de la capitale du Piémont pour les JO d’hiver de 2006 circulent désormais sur la ligne 2 entre Tourcoing et Lomme. On imagine mal Transpole échanger des rames avec la RATP (même si la Gare de Lille-Flandres aura bénéficié des pierres de la Gare du Nord). Si ce type de rame issu des laboratoires de Lille I et de Centrale Lille s’exporte dans des grandes capitales, c’est pour compléter des réseaux plus larges comme à Paris (pour les aéroports d’Orly et de Roissy-Charles-de-Gaulle) ou à Séoul (dans la banlieue nord d’Uijeongbu).

Le récent passage du Big Up for Startup en est un autre exemple. Né en 2015, cet activateur de business numérique fait en 2017 un tour de France en évitant soigneusement Paris : Marseille, Montpellier, Besançon, Nantes, Nancy, Lille et Bordeaux sont au programme. La compétition / émulation fait son effet : Lille is French Tech (la marque que le territoire s’est offert dans une autre compétition à l’image) se place déjà sur la deuxième marche par le nombre de rendez-vous pris lors de sa première édition et s’imagine avec délectation grimper d’un cran dès 2018, devant Montpellier, ville-hôte des créateurs du projet et de la première édition. En croisant les doigts pour que Lyon n’entre pas trop vite dans la danse et que Nantes ne lui grille pas la politesse.

Big Up for Startup à Lille - novembre 2017

Barcelone pourrait servir de contre-exemple : boostée par l’effet conjoint d’une langue spécifique, d’une longue histoire, d’un joli coup médiatique (les JO en 1992) et d’un climat méditerranéen, cet embryon de capitale était parmi les villes favorites pour l’AEM. Jusqu’à ce que les échanges à vif avec Madrid sifflent la fin de la partie.

Si elle veut continuer à grandir, Lille doit arrêter de se projeter avec Paris, Bruxelles et Londres. Son avenir se joue dans les relations économiques et culturelles qu’elle tissera avec Anvers, Bristol, Turin, Düsseldorf, Barcelone, Göteborg et la ribambelle des métropoles françaises qui ne sont pas encore tombées dans l’orbite parisienne.

De la division de la souveraineté comme antidote aux transactions de déclin économique

jeudi 9 novembre 2017 :: perrick :: Espace urbain :: 2 commentaires :: aucun trackback

Pendant que Madrid et Barcelone s'écharpent, j'ai repris un livre de Jane Jacobs : Cities and the Wealth of Nations. Non traduit en français (à ma connaissance au moins), il trace les milles et une manières pour un territoire de tomber dans le déclin. Tout commence par une ville, avec ses deux moteurs de développement économique : le remplacement des importations d'une part et l'exportation par l'innovation d'autre part.

Cities and the Wealth of Nations - Jane Jacob

Certains territoires auront la chance d'avoir une telle ville-locomotive. Mais d'autres seront piégées par leurs matières premières (elle donne l'exemple de l'Uruguay et de sa capitale Montevideo au milieu du XXe siècle). Pour d'autres encore ce sera l'arrivée d'une technologie extérieur : les paysans rendus obsolètes par les engrais, les machines ou les techniques importées n'auront que la misère pour horizon, leur territoire n'ayant pas de ville capable de leur fournir un travail (elle se réfère à l'Ecosse du XVIIIe ou la Cotton Belt aux Etats-Unis après la guerre de Sécession). Ensuite il y a bien sûr l'illusion de l'attractivité : le temps d'amortir son équipement et l'usine ira voir ailleurs, vers un mieux offrant. Ou celle plus pernicieuse encore du capital exporté qui ne sert pas à sa ville d'origine pendant ce temps d'amortissement, et qui pourrait lui manquer si elle venait à traverser une mauvaise passe pendant cette période. Surtout une ville a besoin de consoeurs à sa taille pour échanger et faire vivre son mouvement de remplacement des importations.

Jane Jacobs propose un chemin radical et totalement utopique pour renouer avec des formes d'épanouissement économique : diviser les économies nationales qui étouffent les échanges fructueux entre villes et forcent ce qu'elle appelle les transactions de déclin (à commencer par les subventions obligatoires) pour laisser à ces dernières la gestion de leur développement (à commencer par leur propre monnaie, considérée en particulier comme un régulateur économique automatique : les Français avec leurs dévaluations successives en connaissent quelque chose).

Je la cite : l'équivalent pour une unité politique serait de résister à la tentation de s'engager dans des transactions de déclin en ne cherchant pas à maintenir la cohésion. La discontinuité radicale serait donc la division d'une souveraineté unique en une famille de souverainetés plus petites, non pas après que les échanges aient atteint un stade de dégradation et de désintégration, mais bien avant quand l'activité se développe encore raisonnablement bien. Dans une société nationale qui se comporterait ainsi, la multiplication des souverainetés par division serait l'accompagnement normal et non traumatisant du développement économique lui-même et de la complexité croissante de la vie économique et sociale.

Et même si Madrid et Barcelone (sans parler de Vitoria-Gasteiz ou de Saint-Jacques-de-Compostelle) arrivaient à se mettre d'accord - on peut toujours rêver - pour appliquer ces idées, je ne pas certain que l'euro soit la bonne carte à jouer ensuite. A moins bien sûr que la Catalogne utilise le projet de monnaie locale barcelonais, contre l'avis de la banque centrale madrilène bien sûr.

Petite balade économico-touristique en Bretagne : Lechiagat

lundi 23 octobre 2017 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Cet été nous avons été accueilli par le phare de Croas-Malo, emblème de Lechiagat, le quartier portuaire de la commune de Treffiagat dans le pays bigouden où nous avons passé deux semaines en famille, entre l'océan atlantique et l'estuaire du Steir. Un coin tranquille au fin fond du Finistère, remarquable par des ruelles apaisées et des grandes plages sans (trop de) touristes.

Phare de Croas-Malo - Lechiagat

Plage - Lechiagat

Des plages qui ont été quand même endommagées par les tempêtes, en particulier celles de 2014 : malgré l'enrochement, le cordon de dune est visiblement encore vulnérable.

Chemin côtier sur la dune - Lechiagat

Enrochement de la dune - Lechiagat

De l'autre côté de la dune, le chemin des douaniers et la littorale à vélo - Voie 5 (qui amène son lot de touristes du genre sportif à sac à dos et à sacoche), l'étang du Loch Vihan avec son menhir de Léhan et quelques maisons très récentes qui cachent leur proximité avec cette nature fragile par des buissons plus ou moins touffus.

La littorale à vélo - Voie 5 autour de l'étang du Loch Vihan - Lechiagat

Maison proche de l'étang - Lechiagat

Le parcours de santé quant à lui est laissé à l'abandon : la dune reprend les quelques droits qu'on lui laisse.

Parcours sportif I - Lechiagat

Parcours sportif II - Lechiagat

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Quand Lille se rêve pour les 0,01% en quête d’investissement immobilier

vendredi 5 mai 2017 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Je garde de mon temps à Londres le plaisir dominical d’un journal. Un petit tour au kiosque pour acheter The Guardian ou The Observer, survoler plus ou moins rapidement les nombreux suppléments, commencer par la fin le journal proprement dit (autrement dit le sport, of course), relire la chronique d’Alexander Chancellor, finir avec les doigts plein d’encre. Au détour d’un week-end, c’est un Financial Times, apporté par une soeur après d’une traversée en Eurostar, qui arrive à la maison : certes les pages sont roses, mais la madeleine refait surface. Une bouffée londonienne…

Comme avec tous les journaux « professionnels » (du Marin à Eco121), je prends plaisir à découvrir des sujets qui ne m’intéressent pas directement : ils permettent de s’offrir à peu de frais un point de vue original, de toucher du doigt des problématiques qui nous impacteront plus tard ou de découvrir comment une industrie fait face à ses nouvelles contraintes.

Et puis en page 4 du supplément House & Home, une photo attire mon attention. Sa légende ? France - Lille Centre, Mansion transformed into a guest house (…). Appartement included. €2,990,000

Une 'Mansion' à Lille - France

Lille serait donc devenu une destination possible pour de riches investisseurs internationaux ? Ces 0,01% qui peuvent faire autre que rêver en consultant les annonces immobilières d’un appartement parisien, d’un manoir dans le Kent ou d’une résidence secondaire en Caroline du Sud.

Sauf que n’est pas Paradise Island - Bahamas ou Lavender Hours - Fulham qui veut. Vous aurez peut-être repéré comme moi non seulement l’affiche publicitaire qui cache une partie de la façade mais aussi les trois voitures, trop communes pour faire croire à un quartier Upper middle class. C’est à ce genre de détails qu’on voit la distance qu’il reste à parcourir pour que Lille puisse se prétendre ville-monde, quand bien même le Brexit rebat quelques cartes.

Des maisons de luxe en Grande-Bretagne

Les vélos en libre service en Chine

mardi 18 avril 2017 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Visiblement les systèmes de vélos partagés se sont envolés en Chine - ou au moins à Shanghai : plusieurs marques en compétition, des vélos disponibles sans borne, des cadres divers et variés, etc. Le récit de Project Gus est très instructif. Et je ne résiste pas à vous mettre quelques photos (je vous laisse trouver la plus "publicitaire", elle est sans lien 8-)

Visiblement les chinois ont le choix entre Mobike, Ofo, Bluegogo ou U Bike, entre autres. On est loin des turpitudes du vélib parisien. Même si les piles de vélos qui s'entassent ne sont pas au goût de tout le monde !

Attacher ses vélos quand on habite en ville, le cas lillois

lundi 19 décembre 2016 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

La Ville de Lille étend peu à peu son initiative vélo en dehors du centre ville. La semaine dernière des agents ont ainsi installé des arceaux vélos sur l'avenue de Bretagne, pas très loin d'Euratechnologies.

Je me suis demandé brièvement pourquoi ces nouveaux arceaux avaient été placé si loin des entrées d'Euratechnologies : il n'y a aucun commerce à proximité immédiate. Et pourtant, de l'autre côté de la rue, il y avait un vélo accroché à un poteau de signalisation routière... Faut croire que le besoin est là.

J'ai donc changé mes lunettes et je suis allé en quête de ces systèmes bricolés par les particuliers pour éviter de traverser toute la maison avec un vélo tout sale... Et c'est une pêche très fructueuse que je vous propose (tout ça dans les 5 minutes à pied autour de mon domicile).

Des anneaux scellés dans le mur, des arceaux dans la terrasse, des portes vélos dans le jardinet, etc. Visiblement la demande est bien là : vivement que les mairies en tiennent compte, et que le gouvernement fasse aussi son boulot.

En période de transition, l'ère des entrepreneurs ou le moment des entreprenants ?

lundi 21 novembre 2016 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Donc nous serions à l'âge des entrepreneurs : ce sont eux qui nous font rêver (Steve Jobs pour ses vélos pour l'esprit, Elon Musk avec ses voitures, Serguei Brin aves ses voitures aussi, Travis Kalanick avec ses voitures encore). Ce sont eux qui drainent les talents vers la Silicon Valley. Eux encore qui portent une vision pour demain : grâce à leurs idées, ils nous font entrer dans l'Âge des Entrepreneurs. Cette époque où les VCs auraient perdu de leur superbe : avec un coût de création d'une entreprise proche de zéro comme celui de l'obtention d'une validation sur le marché, l'équilibre du pouvoir s'est déplacé pour de bon. Ce n'est plus une question d'investisseurs qu'ils soient issus d'un fond (VCs), informels (angels) ou providentiels ("Super Angels"). Les règles ont changé et nous avons un nouveau roi. Comprendre "l'entrepreneur".

Et pourtant, toujours en Californie, les recettes fiscales grâce à l'impôt sur le revenu ont légèrement augmenté, mais les collectes sur les taxes de ventes et sur les entreprises sont à la traîne d'un montant combiné d'environ 210 million de dollars. L'article du Los Angeles Times annonce au passage que des coupes risquent de se produire dans le système éducatif : les élèves pourraient perdre 7 jours de cours dans certains districts.

Bien sûr, les entrepreneurs d'ici et d'ailleurs se bougent, ils ont la "gnaque". D'ailleurs certains ont une solution à ce problème précis, elle s'appelle Espérance banlieues : des écoles implantés dans des quartiers difficiles, hors contrat, peu chères (la somme relativement modique de 750 euros / an) et issues d'un réseau traditionaliste et ultra-libérale où l'on peut trouver des anciens des Frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu, des donations privées issus de la fondation Bettencourt-Schueller ou de la famille Mulliez, le tout cornaqué par Éric Mestrallet, chef d'une entreprise désormais en liquidation.

Bref la société entrepreneuriale serait devant nous. En espérant quand même que ces entrepreneurs aient le temps : car certes ils travaillent plus que leurs salariés; mais pas tant que ça non plus, moins que leurs cadres en tout cas. Et pourtant ça ne suffit pas : élaborer une stratégique est un exercice difficile pour beaucoup d’entre eux par manque de temps, d’outils et de recul sur leur entreprise, leur marché, leur environnement est une ritournelle qu'on entend souvent (au moins chez les conseilleurs patentés). Et on voudrait leur donner notre feu vert pour penser la société entière à 8 ou 15 ans ?

Bien sûr, on sent bien que ça craque de tous les côtés : Trump & Brexit sont les symptômes récents d'un changement de paradigme. Alors pendant que certains réfléchissent pour de vrai à un nouveau pacte social à moyen terme et que d'autres préfèrent payer des think-tanks, des citoyens se prennent par la main avec d'autres armes : avec des pinceaux, ils tracent les pistes cyclables dont ils ont besoin sur les routes de leur quartier et dans leurs villes; avec des graines ils s'inventent apprentis jardiniers, adeptes de la guérilla jardinière & potagère ou des incroyables comestibles d'ici ou d'ailleurs. Et que dire des urbanistes citoyens de Strong Towns ou de l'APU de Fives. Et aussi des créateurs de monnaie ou de pound. Ce sont les mille fleurs qui doivent éclore avant de refaire société comme l'a si bien montré le film Demain... Aussi pourrions-nous plus modestement appeler ce moment, celui des entreprenants ?

Quelques pistes de réflexion complémentaires sur la "Comment la France a tué ses villes"

vendredi 28 octobre 2016 :: perrick :: Espace urbain :: 2 commentaires :: aucun trackback

Monsieur Olivier Razemon,

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre dernier ouvrage : Comment la France a tué ses villes. Je profite donc que vous soyez encore en vie - ce qui n'est plus le cas de Jane Jacobs - pour ajouter quelques remarques à cet ouvrage remarquable.

Pourquoi parler de cette américaine naturalisée canadienne morte en 2006 ? Outre le fait qu'elle a largement stimulé mes réflexions récentes sur l'économie de ville, j'ai l'impression qu'elle transparaît aussi en creux dans votre ouvrage. Ainsi dans un chapitre intitulé Mobilité piétonne universelle, vous attribuez à Frédéric Héran le résumé Les yeux de la rue. Comment oublier qu'il s'agit là d'une de ses remarques les plus fécondes (en particulier dans son livre Déclin et survie des grandes villes américaines). Tellement emblématique même que c'est devenu le titre d'une de ses biographies. J'en profite donc pour mettre la citation au complet (elle date de 1961) :

Il faut remplir trois conditions pour qu'une rue puisse accueillir dans de bonnes conditions des étrangers au quartier et être en leur absence un endroit où règne la sécurité, comme c'est le cas dans les quartiers des grandes villes qui fonctionnent bien.

Premièrement, le domaine public et le domaine privé doivent être clairement départagés. Il ne doit pas y avoir d'interpénétration entre les deux comme cela arrive si souvent dans un tissu de banlieue ou dans les grands ensembles.

Deuxièmement, il doit y avoir des yeux dans la rue, les yeux de ceux que nous pourrions appeler les propriétaires naturels de la rue. C'est pourquoi les façades des immeubles d'une rue destinée à accueillir des étrangers au quartier et à assurer leur sécurité en même temps que celle de ses habitants doivent obligatoirement comporter des ouvertures donnant sur cette rue. Ces façades ne doivent pas être aveugles et présenter des murs sans fenêtres.

Troisièmement, la rue doit être fréquentée de façon quasi-continue, à la fois pour augmenter le nombre des yeux en question, et pour inciter les occupants des immeubles riverains à observer les trottoirs en grand nombre. Peu nombreux en effet sont les gens qui se livrent à l'exercice qui consiste à s'asseoir sur un perron ou regarder par la fenêtre pour contempler une rue vide de passants. Alors qu'énormément de gens se distraient à bon compte en observant de temps à autre ce qui se passe dans la rue.

Je vous invite au passage à lire - si ce n'est pas déjà fait - l'ensemble de son oeuvre. Et au passage, un autre de ses apports - peut-être plus indirect - aura été la création de ses fameuses balades urbaines que vous racontez dans le chapitre La force du diagnostic : ces visites architecturo-urbanistiques ont d'ailleurs pris le nom de Promenades de Jane un peu partout sur la planète.

Toujours outre-atlantique, probablement parce que la dégradation des villes y est plus forte encore, je vous invite à découvrir les travaux de l'association Strong Towns. Il s'agit un média américain associatif qui suit une approche intéressante :

Le dernier point est tout à fait crucial dans leur démarche et permet d'établir des diagnostics plus sévères encore, en particulier sur le coût réel de l'entretien des routes. On comprend alors pourquoi une de leur campagne du moment s'appelle No New Roads et pourquoi nos géants de la grande distribution attendent toujours que le nouveau rond-point soit en place pour s'installer. Ou comment la jolie impasse qui mène au coeur d'un lotissement construit dans les années 1980 présentera 40 années plus tard des trous, des bosses et autres nids de poule : tout nouveau ménage s'installant dans cette douzaine de maisons devrait payer chaque année 21 euros supplémentaires (par rapport aux autres habitants de la ville) pour entretenir ce bout d'impasse "privatif"; à moins qu'un peu de dette soit passée par là et qu'on décale le problème de quelques années encore ou qu'on fasse payer l'addition aux autres habitants.

Parallèlement le Congress for the New Urbanism (CNU) - une autre association pluridisciplinaire (on y trouve des urbanistes, des architectes, des artistes, des artisans, des activistes, etc.) - dresse de son côté un portrait régulier des périphériques et autoroutes "sans futur" : la Nouvelle-Orléans, Syracuse New York City, Toronto, Buffalo, Rochester New York, St. Louis, San Francisco, Detroit ou Long Beach sont dans leurs radars depuis 2014. Son pendant en France, membre du "Conseil Européen des Urbanistes (ECTP-CEU)", la Société Française des Urbanistes, est réservé aux professionnels expérimentés dans la planification urbaine, la composition et l’application des plans d’aménagement de territoires et d’urbanisme. On est encore loin d'une société civile épanouie.

Dernier point, grâce aux travaux d'Hélène Yildiz et de Sandrine Heitz-Spahn (de l'Université de Lorraine), on découvre des corrélations entre civisme local et achat en centre-ville : plus un individu est investi au sein de sa commune, plus il privilégie les commerces en centre-ville. Si on considère que les monnaies locales complémentaires - désormais citoyennes - sont un marqueur possible d'un attachement civique à son territoire, on comprend peut-être mieux le pari d'un ville comme Boulogne-sur-Mer avec ses bou-sols. Bref j'ai l'impression qu'il y a entre démocratie et urbanité des liens à creuser : peut-être pour un prochain ouvrage ?

En tout cas un grand merci pour cette lecture stimulante et passionnante : les commentaires pas toujours bienveillants sous vos billets traitant de ces sujets montrent à quel point le travail pédagogique est loin, très loin, d'être arrivé à son terme.

Et si par défaut on ajoutait la piste cyclable

mardi 4 octobre 2016 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Le quartier d'Euratechnologies continue de vivre des mutations. Parmi les dernières en date, des rues (comme la rue Copernic) qui sont passées en sens unique.

D'une voie dans laquelle les voitures se croisaient plus ou moins facilement, on est arrivé à une rue large où il y a largement la place d'ajouter la piste cyclable à contre-sens. Et d'autant plus que le prolongement de cette rue - la rue des Templiers - a déjà son contre-sens pour cyclistes...

Il faut pourtant avouer que ce ne sont pas les vélos qui manquent à Euratechnologies : le matin vers 9h10, il n'y a plus de places sur les anneaux les plus proches de l'entrée et la zone V'lille est saturée.

J'ai imaginé que les peintres en sol n'avaient dans leur camionnette que du blanc le jour J. Mais non, il y avait aussi du bleu pour les places handicapées. A quand de la peinture verte par défaut ?

Détour aux établissements Deloffre

jeudi 22 octobre 2015 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

A Lille, entre les travaux à venir à la CCI et ceux déjà entamés de la Poste voisine, il reste encore une boutique sans âge : les établissements Deloffre, spécialiste du porte-mine, du stylo plume et du carnet de voyage. Avec Peggy, nous y avons pris un plaisir sans nom en choisissant l'un et l'autre un stylo plume : un Lamy pour elle, un Kaweco pour moi. Une heure à écouter un passionné nous parler de la qualité de ses produits (allemands ou japonais pour la plupart), des plumes, des encres, des aciers et des conduits dans un tout petit espace de rien du tout avec des boiseries anciennes, un comptoir rétro et un gros matou. Bien sûr on regrettera avec lui la disparition des marques françaises et on partagera à travers lui les visites des usines et entrepôts des fournisseurs. On se félicitera surtout qu'une telle échoppe puisse encore exister. Enfin on croisera les doigts pour les projets immobiliers avoisinants n'y mettent pas un terme prématuré : l'esprit lillois en prendrait un sacré coup.

Lille Dynamic : hôtel d'entreprises

vendredi 3 octobre 2014 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Il y a 5 ans, No Parking s'installait à Euratechnologies. L'offre disponible sur le marché était plutôt limité : en dehors des classiques 3/6/9 du privé, il n'y avait que La Haute Borne et ses 150 m2 minimum. J'ai découvert aujourd'hui une nouvelle offre côté hôtel d'entreprises : Lille Dynamic. Porté par des acteurs institutionnels (Département du Nord, Lille Métropole, etc.) et des privés (Kic), il s'agit d'un bâtiment pas loin d'un métro (CHR B Calmette) et du pôle Eurasanté (et aussi en zone franche). La particularité : des petits espaces, à partir de 30m2.

Il faut croire que le "public" a enfin compris l'intérêt des espaces de type co-working : on y retrouve une "plage du village" et une souplesse pour les baux. Bref un concept intéressant et innovant en complément d'Euratechnologies. Seul bémol pour l'instant, si la livraison des bâtiments est prévu pour novembre 2014, le site web n'existe pas encore. Les seuls liens disponibles sont donc ceux du bailleur : Batixia en octobre 2013.