Huit bouquins lus, la vingt-quatrième vague

mardi 16 juillet 2019 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Thinking fast and slow par Daniel Kahneman
    Il y a des livres qui ont tellement marqués leur époque qu'ils sont passé dans la vulgate quotidienne : c'est le cas du Thinking fast and slow. Ses systèmes 1 et 2, le premier instinctif et émotionnel, le second plus lent, plus logique et réfléchi, sont devenus monnaie courante. Et ce succès - avec le cortège de prix qu'il a reçu - le précède désormais : les thèses ont été acceptées et digérées, le livre a perdu au passage sa puissance et la collection de biais s'est transformé en un catalogue tantôt amusant, tantôt tragique. livres.onpk.net
  2. Nous n'avons jamais été modernes de Bruno Latour
    Penser les hybrides, voici la grande tâche à laquelle Bruno Latour s'attèle dans ce court (et hardu) essai. Sur la route des vacances, ces hybrides sont partout : les fameux climats de Bourgogne, parcelles viticoles fruit du travail des hommes et de la nature sur plus de 2000 ans; un peu avant sur l'autoroute, un champ d'éoliennes encastré au milieu du colza ou du blé; ailleurs une coupe rase au cœur d'une forêt, l'invasion d'une voiture par des abeille ou encore des fleurs sauvages au beau milieu d'un terrain de foot. Qui est encore « naturel », « artificiel » ? Une histoire de réseaux explorés par des tiers-instruits (encore des concepts à explorer). livres.onpk.net
  3. Les Lames du Cardinal par Pierre Pevel
    Hasard d’un cadeau, je me suis plongé dans l’univers fantastique du Paris au temps des dragons, dracs et autres vyvernes. Un temps où Richelieu règne en maître et confie à ses Lames les missions les plus délicates et secrètes. De quoi me tenir en haleine de longues heures consécutives. Et si j’en crois le succès internationale de la trilogie, j’ai encore quelques autres passionnantes devant moi. livres.onpk.net
  4. Better Work Together par En Spiral
    Je connaissais Loomio, j’ai découvert En Spiral. Le premier est un logiciel de prise de décision collaborative, le second est un collectif de programmeurs, d’activistes, de facilitateurs, de catalystes et d’entrepreneurs. Ce livre est une restitution polyphonique de l’expérience accumulée sur dix années à Wellington (en Nouvelle-Zélande donc) et ailleurs entre mutations juridiques, open spaces, retraites au coin du feu et communautés professionnelles. Une bouffée d’air frais à croiser avec les quelques coopératives numériques que je connais (/ut7, Scopyleft, les Tilleuls ou Hygéos). J’y ai glané au passage le concept de « followship » : l’art d’offrir un soutien visible et actif à un porteur de projet (par exemple en annonçant publiquement et rapidement sa participation à un événement émergeant pour une première fois). Et surtout leur volonté de permettre à plus de gens de travailler sur des trucs importants. livres.onpk.net
  5. Les Lames du Cardinal - L’Intégral par Pierre Pevel
    J’ai cru quelques jours que j’allais pouvoir distiller le plaisir de la suite au premier tome en intercalant d’autres ouvrages, plus académiques et moins fantastiques. Peine perdue : j’ai dévoré le reste encore plus rapidement. Tous les personnages sont en place, l’histoire peut se livrer à bride abattue. Et Notre-Dame de Paris qui se retrouve au cœur d’une actualité terrible au moment même où elle était attaquée par l’Archéen et l’Hérésiaque. Impossible d’avoir autre chose en tête pendant quelques temps… livres.onpk.net
  6. De la programmation considérée comme un des beaux-arts par Pierre Lévy
    Être observé par un ethnologue : tel est le rôle du programmeur dans ce petit livre du début des années 1990. Il devient alors un urbaniste de symboles et quitte ses oripeaux de simple technicien. Visiblement le vœu de Pierre Lévy et de quelques autres n’aura pas été exaucé. Ainsi si Paul Graham a repris et popularisé la métaphore dans Hackers & Painters, son statut d’investisseur à succès via sa première start-up (Viaweb) puis son incubateur (Y Combinator) l’a largement éloigné de la cherche du geste si caractéristique de l’artiste. Et pour un John Maeda, combien de cohortes de développeurs transformés en machine à produire du clic. Mais les descriptions sur les ressorts profonds de l’écriture informatique ou de l’intelligence artificielle restent d’une saisissante contemporanéité. « Parce qu’elle propose des machines signifiantes inédites, l’informatique dote les groupes humains de pouvoirs expressifs qu’ils n’ont pas fini d’explorer », à commencer par les trolleurs les plus en vue. Ou plus loin une anticipation des travaux d’Antonio Casili : « pour chacun des milliers de titre dont disposait la radio, un opérateur humain devrait déterminer la fin ou le début exact de chaque morceau, puis assigner cette fin ou ce début à l’une des seize catégories d’extrémité ». livres.onpk.net
  7. The Lean Senseï par Michael Ballé, Nicolas Chartier, Pascale Coignet, Sandrine Olivencia, Daryl J. Powell & Eivind Reke
    A nouveau livre sur le Lean, nouvelle facette : le « Senseï ». Ni formateur, ni coach, il tente de braquer la lumière sur des zones d’ombre et de méconnaissance dans le travail. Celui qui se fait dans l’atelier ou au bureau, tous les jours. En 150 pages faciles à lire, Michael Ballé et ses co-auteurs offrent une plongée dans le quotidien de ce personnage parfois mystérieux qui pose tellement plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Pour avoir travaillé avec deux d’entre eux (Régis et Sandrine), l’ouvrage reflète très bien mon expérience personnel. Ainsi du Gemba walk qui est réussi quand on a l’impression de tenir une nouvelle pépite entre les mains, de celles qu’on a dans une mine d’or. Ma dernière ? Le stock de tickets d’évolution en cours sur le tableau de kaizen d’un développeur chez No Parking que mon senseï me montra en explorant notre management visuel. Une belle source de muda qui était « masqué » dans mon esprit puisqu’il ne s’agissait pas de son tableau de production principal. Et qu’on retrouve aussi dans la bouche de Nampachi Hayashi - apprenti direct du premier Senseï chez Toyota : « one piece-flow is the principle for giving challenge to people as well as production ». Une maxime que je n’ai pas fini de méditer… livres.onpk.net
  8. Shikasta par Doris Lessing
    Une planète sur le point de basculer vers l’effondrement et pourtant tellement attachante, fruit du travail patient et obstiné d’émissaires de Sirius et de Canopus. Leurs lettres, archives, documents retracent son histoire tragique. Et bien sûr ce sont notre planète et notre humanité qui transparaissent dans ce texte que je n’ose pas appeler roman tellement la forme est singulière. Et comme de par hasard, c’est La Volte, la maison d’édition d’Alain Damasio, qui a relancé son édition en 2016. Un très beau récit de science-fiction donc, par une écrivaine sanctionnée du prix Nobel de littérature en 2007. livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la vingt-troisième vague

mercredi 27 février 2019 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. The secret behind the success of Toyota par Takao Sakai
    Un best-seller japonais mal traduit pour aller un peu plus loin dans ma compréhension du Lean : c’était une belle perspective pour passer les vacances de Noël. Si le livre commence par la phrase bien connu du TPS (Toyota Production System), making only what is needed, when it is needed, and in the amount needed, c’est que le Lean Manufacturing a été la porte d’entrée pour les premières générations d’industriels qui se sont penchés sur les succès de Toyota depuis les années 1970. Mais derrière ces processus le plus souvent en usine, il y a ce what : cette chose qui se vend et qui se décide très largement en amont, dès la conception. Takao Sakai propose d’explorer ces chemins moins explorés : le TPD (Toyota Product Development) ou Lean Product Development. Et à son coeur, il y a ce fameux Chief Engineer ou Shusa. Il a la charge de concevoir l’ensemble du produit, depuis la note d’intention jusqu’à la chaîne de montage. Et sur ce long chemin, les équipes autour de lui changeront : d’abord la direction générale, le marketing ou les équipes commerciales, des « talents » capables d’effectuer analyses et synthèses, puis ce sera le tour des équipes de conception des différents départements (chez Toyota, motorisation, châssis, carrosserie, etc.) avant qu’interviennent les équipes spécialisées de ces même départements, puis les équipes de prototypage et de tests, avant qu’il ne se déplace à l’usine pour l’industrialisation (avec peut-être de nouvelles machines) et que l’y rejoignent de nouveau des vendeurs et communicants. Car les documents de conception ne sont pas juste transmis d’un département à l’autre, le Shusa les accompagne tout au long du développement de « son produit » : il a la main sur chaque décision. En outre si le lieu où il travaille est désormais mieux identifié (i.e. le fameux Obeya), la question demeure ouverte sur comment il advient. Takao Sakai donne quelques indices : de formation technique, le Chief Engineer doit être capable de déployer des connaissances et des accointances en économie, en design et en culture générale (du marketing au droit). Et en creux dans le texte, il transparaît qu’il bénéficie aussi d’une forme de cooptation. livres.onpk.net
  2. Hors des décombres du monde de Yannick Rumpala
    Abonné de longue date au blog de Yannick Rumpala, j’ai suivi de loin l’écriture de son dernier livre, avec la ferme intention de le lire dès sa parution. Il m’avait en effet ouvert à des modèles intéressants pour penser la politique au XXIe siècle et il m’avait aussi guidé vers des champs entiers d’une littérature stimulante (à commencer par le solar punk). Malheureusement ce livre est le fruit d’un travail caricaturalement universitaire : montrer qu’on a lu un maximum de références, présenter une thèse, motiver la thèse, expliquer la thèse et conclure en rappelant la thèse. Puis recommencer la boucle à chaque chapitre. Dommage. Heureusement qu’il reste des livres de SF à découvrir ou à relire, puisque c’est bien elle - la SF - qui invente des mondes possibles. livres.onpk.net
  3. Défions l’augure de Hélène Cixous
    Naviguer entre les lieux, les temps et les affects : le privilège de l’écrivain est immense. Entre New York et Osnabrück, Hélène Cixous nous emmène dans odyssée familiale au long cours, pleine de raccourcis et de poésie. livres.onpk.net
  4. Remote: Office Not Required de David Heinemeier Hansson et Jason Fried
    En février 2018, lors du Lean Tour à Lille, tous les membres présents de l’équipe No Parking avaient participé à une session improvisée sur le travail à distance. Quelques mois plus tard, c’est un ancien stagiaire qui fait le choix « radical » de préférer un poste en full-remote pour son premier poste. Et enfin en septembre de la même année, Matthieu - en déménageant en Flandres belge - inaugure le télé-travail quotidien chez No Parking. Il était temps que je me fasse une culture sur le domaine. Et même si mes contributions à SimpleTest il y a quelques années avait permis de dégager le terrain, les cours chapitres écrits en grand et largement illustrés de DHH et Jason Fried permettent de re-baliser les pratiques. Et de déceler des outils & techniques Lean par endroits. livres.onpk.net
  5. The Value of Everything de Mariana Mazzucato
    Si le PIB est l’alpha et l’oméga de nos politiques publiques, il n’en reste pas moins une création humaine. Il a donc une histoire : c’est celle-ci que Mariana Mazzucato explore et questionne dans son livre. Au delà des approximations des XVIIIe et XIXe (de François Quesnay à Simon Kuznets en passant par Adam Smith ou Karl Marx), c’est l’évolution après la Seconde Guerre Mondiale qui saute aux yeux : la difficulté qu’il y a à calculer l’impact des dépenses de l’Etat fait qu’on préfère en oublier les bénéfices pour l’ensemble de la société et - plus significatif encore - la bascule inverse opérée par le secteur financier quand il intègre le calcul du PIB au tournant des années 1990. D’un secteur qui capture de la valeur en se positionnant comme intermédiaire entre des prêteurs et des emprunteurs, il devient capable d’en « créer » même en faisant de la vente à découvert. Pour contrer cette extraction de valeur via la financiarisation de l’économie, la professeure de UCL invite les Etats à repenser la « valeur publique ». Vaste chantier. livres.onpk.net
  6. L’Arbre-Monde de Richard Powers
    Une dizaine de personnages se relaient dans cette éco-fiction afin de prendre soin des arbres, de les défendre désespérément ou de les étudier humblement. Au passage Richard Powers nous entraîne dans la vie : celle qui craque sous les pas dans une forêt ou celle qu’on oublie sous le poids du système capitaliste. Car les véritables héros, séquoias, ifs, hêtres, châtaigniers, ginkgos, noyers blancs, tilleuls et autres érables ou dragonniers, ont la patience nécessaire pour contempler de notre agitation. Ils ont déjà traversés plus de 350 millions d’années, bien loin de nos maigres 2,5 millions. Alors bien sûr cette fresque est un vibrant appel pour notre espèce humaine, à notre humanité : « quel est le meilleur moment pour planter un arbre ? Vingt ans plus tôt. Et à défaut ? Aujourd’hui. » Le futur s’écrit bel et bien en fiction. livres.onpk.net
  7. Voir le voir de John Berger
    Admirer des œuvres archi-connus et se laisser surprendre par le regard d’un autre. Cet autre s’appelle John Berger, écrivain, poète et critique anglais. Il nous invite à penser avec ses mots ce que la reproduction de masse fait aux tableaux, ce que la critique nous impose, ce que la publicité utilise de l’histoire de l’art, ce que les mécènes - puissants ou riches - façonnent à travers les traces qu’ils commandent aux artistes (et que seuls les meilleurs d’entre eux arrivent à sublimer). Et ses rapprochements d’images, de tableaux et de publicités, parviennent eux aussi, souvent encore plus directement que les mots, à nous faire voir ce voir. Un livre hybride et détonnant qui tire sa source dans une série télévisuelle de la BBC. livres.onpk.net
  8. Designing the Future de James M. Morgan et Jeffrey K. Liker
    Une très grosse entreprise - Ford en l’occurence - qui passe tout près du dépôt de bilan en 2008 mais qui, grâce à son PDG - Allan R. Mulally - retrouve le chemin de la croissance quelques années plus tard. Wikipedia retient de cette histoire les ventes (de Jaguar, de Land Rover, d’Aston-Martin et de Volvo), les baisses de salaire (de 76$ à 55$ de l’heure pour les ouvriers), la proximité entre le siège sociale de l’entreprise et le domicile de son dirigeant (moins de 5km) et bien sûr sa rémunération (178 millions de dollars sur 6 années). De la même histoire, Designing the Future tente de tirer des leçons Lean : car si la stratégie de Allan Mulally avait des aspects très financiers, elle était aussi centrée autour du leitmotiv « One Ford » et sur le choix audacieux de produire de nouveaux véhicules. Et si les exemples sont nombreux et divers (y compris en dehors de l’automobile), les directions ne sont plus inexplorées : un Chief Engineer, une organisation apprenante, une conception « set-based », une articulation fine entre standards et kaizen, une Obeya, un contexte tendue vers un objectif commun et partagé. Cela a marché pour Ford sur son marché nord-américain, cela a aussi fonctionné pour une société qui exploite des hydrocarbures au fin fond des océans (à 3km en dessous du niveau de la mer) sans qu’une intervention humaine ne soit possible en cas de gros pépins. On évitera donc soigneusement les questions fâcheuses de l'impact écologique pourtant si centrales chez Toyota. Plus gênant pour un livre de théorie managériale, le pourquoi ça marche ? est lui aussi passé sous le boisseau des retours d'expérience (mais peut-être aurait-il fallu commencer par The Toyota Way d'un des auteurs). En attendant je reste sur un goût de superficialité avancée. livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la vingt-deuxième vague

mercredi 31 octobre 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Des larmes sous la pluie de Rosa Montero
    Des replicants qui se suicident, des extra-terrestres qui fuient leur planète, une Terre où l’air est devenu payant et bien sûr une conspiration ! Tous les ingrédients pour retrouver de la SF, classique et sobre. Celle qui parle d’amour, de l’intérêt général, de l’amitié, de la cupidité et de la mesquinerie. Du machisme aussi. Bref de la vie de tous les jours, ou presque. livres.onpk.net
  2. Small Arcs of Lager Circles de Nora Bateson
    Nora Bateson a un grand-père célèbre, William, qui traduira en anglais Mendel et introduira le terme de génétique; son père a participé à la création de la cybernétique et fondera l’école de Palo Alto. Forte de ce patronyme, elle explore dans ce recueil hétéroclite (entre papiers universitaires, essais plus intimes et poèmes) des questions sous l’angle systémique : j’y ai retrouvé sa proposition d’appeler « symmathésie » tout système vivant et apprenant. J’y ai aussi découvert des notions fécondes - telle « warm data » qu’elle oppose à « big data »), des définitions originales - comme « zombie » : une personne qui ne pense pas par lui-même et veut contraindre les autres à lui ressembler - et des réponses à ce qui viendra après. Pour l’instant les 1% ont déjà posé leurs jalons et nous attend (ou pas) de l’autre côté. Eux se préparent à nous accueillir dans le monde qu’ils construisent dès à présent. La question de la préservation de l’existant pour les 99% nous oblige à nous concentrer sur les parties sans importance : Nora Bateson utilise la très belle image du bol de soupe qu’il ne faut pas renverser tout en l’amenant de la cuisine à la salle à manger. La concentration nécessaire à l’effort bloque toute tentative d’anticipation du repas. Le paradoxe voulant que ceux qui acceptent cet « effondrement » passe pour des oiseaux de mauvais augure alors qu’ils se déchargent des tensions et blocages du moment et préparent l’atterrissage le plus souhaitable. livres.onpk.net
  3. Le serment des barbares de Boualem Sansal
    L’Algérie est sortie de mon univers avec l’Émir Abdelkader el-Djezairi quelque part dans un livre d’histoire de CE2 ; les années 1990 - quand elle s’est rappelée tristement à la France - n’auront pas suffi à la faire remonter dans mon esprit (je créchais à Londres, déclenchant à l’occasion une alerte à la bombe sur la District Line avec mon sac de sport). Pendant ce temps, les touristes ont profité des plages de Djerba et des riads de Marrakech, avant d’abandonner Tripoli à son triste sort. Pour refaire mon retard, et en parallèle de l’émission du Nouvel Esprit Public avec Akram Belkaïd ou de Matière à Penser avec Mohammed Hachemaoui, je me suis plongé dans une épopée truculente : celle de d’un policier en fin de carrière, Si Loubi, qui remonte peu à peu les fils emberlificotés qui lient deux assassinats dans le village de Rouiba. Les 50 dernières années de l’Algérie en profitent pour déborder de partout. livres.onpk.net
  4. Le transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette
    Difficile de lire cette bande dessinée « post-apocalyptique » des années 1980 autrement que comme une préfiguration de notre quête radicale à rendre la Terre inhabitable. Le trait noir sur fond de neige permet une expressivité remarquable à la lutte des classes qui prévaut dans ce train roulant désespérément seul sur une Terre gelée. livres.onpk.net
  5. J’ai fini ma journée de Hyacinthe Dubreuil
    Hyacinthe Dubreuil est ouvrier et syndicaliste entre les années 1920 et 1960. Très curieux du monde qui l’entoure, il apprendra l’anglais et choisira d’aller travailler outre-atlantique pour comprendre (juste avant la crise de 1929). En 1970, il écrit son seizième et dernier livre : une autobiographie. Comme dans les Solutions sociales de Godin, la qualité du témoignage prime sur les idées de prospective (l’Histoire intellectuelle et sociale se révélant souvent très cruelle avec ceux qui tente de la saisir). Pour un mitron Lean, le livre regorge de scène à méditer : ainsi de la différence entre le patron « parvenu » et le fils « à papa ». Le premier connait (et reconnait) le travail de chacun de ses ouvriers dans son atelier pour y avoir œuvré et pour y faire encore une visite régulière (son Gemba) tandis que l’autre s’y pavane avec une jacquette violette. Plus loin, il s’attache à montrer l’importance des « faits précis et établis » qu’offre cet atelier quand il s’agit de parler « des procédés et des conditions de travail ». De même qu’il invite la direction à utiliser de son personnel sa « compétence particulière pour intervenir dans l’organisation de son travail » (c’est à dire les suggestions). En point d’orgue il demande un effort particulier à ceux qui sont dignes du nom de chefs : « au-delà des produits de vos fabrications, vous devez aussi vous proposer de faire des hommes ». Toyota - avec son Good Thinking, Good Products l’a bien compris. Au passage, Nicolas Colin y retrouvera aussi deux de ses idées 1/ le syndicalisme « de l’exit » (celui qui gère une caisse de chômage et cherche à trouver au plus vite un nouvel emploi à ses membres sans travail) et 2/ l’importance de louer sa maison quand on ne travaille plus la terre et qu’on est attaché à un métier (l’accession à la propriété devenant pour les ouvriers un poids lorsque l’entreprise locale ferme). livres.onpk.net
  6. La fée des renards de Komako Sakai et Kimiko Anan
    Dans les livres pour enfants japonais qui ont trouvé un chemin jusque nos contrées, je retrouve souvent un dessin très délicat et une poésie tout aussi légère. La fée des renards ne fait pas exception ! livres.onpk.net
  7. Où atterrir ? de Bruno Latour
    Si le front de la modernité permettait à la gauche et à la droite de se chamailler (cette dernière invoquant la liberté pour l’économie et la protection pour les territoire tant que l’autre privilégie la liberté pour le sociétal et la protection pour le social), Bruno Latour nous invite à donner toute sa place à un nouveau front : celui qui sépare les « terrestre » sensibles aux réactions de leur environnement (cette Zone Critique où l’on peut vivre) des « hors-sols » prêts à suivre Trump et sa cohorte de 0,1% qui ne sacrifieront rien de leur way of life. Il faudra bien attacher ses ceintures parce que ce changement de paradigme se fera avec de nouvelles alliances, parfois surprenantes. L’appel à candidature de Y Combinator pourra servir de révélateur : la célèbre société de capital-risque californienne vient de lancer son dernier Request for Startups œuvrant dans les technologies capable d’éliminer ou séquestrer le carbone. Considérant que la phase 1 est terminée (c’est à dire qu’une stabilisation du climat par une baisse de notre consommation de CO2 est désormais impossible), il serait grand temps de lancer la phase 2 avec la nécessité de retirer du CO2 de l’atmosphère en prenant des « big swings ». Alors « hors-sol » ou « terrestre » ? livres.onpk.net
  8. Systemantics de John Gall
    En utilisant humour et axiomes, John Gall nous offre des pages tout à fait réjouissantes sur ces systèmes (surtout les grands) qui nous entourent, nous encerclent et nous gouvernent. Si les informaticiens sont bien conscients de certaines de ces « lois » comme celle qui veut que « derrière tout système complexe qui marche, il y a un système simple fonctionnel qui a évolué », la liste que contient ce petit essai complètera avantageusement l’escarcelle du développeur aguerri. Ainsi « un système efficient est dangereux pour lui-même et pour les autres » (faut-il encore parle de HAL ?) ou « en installant un nouveau système, aventurez-vous avec précaution, vous pourriez déranger un autre système en train de bien fonctionner ». Quant aux praticiens Lean, ils pourront souffler de soulagement en découvrant que leur méthode (supprimer les points bloquants au fur et à mesure qu’ils avancent dans la compréhension du machin) a assez de grâce aux yeux de l’auteur pour avoir son petit nom, « manageur catalyseur ». Cette fois encore, l’exemple du RFS Carbon Removal Technologies pourra servir d’exemple aux lecteurs pour de fructueux travaux pratiques. What Could Possibly Go Wrong? livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la vingtième-et-unième vague

lundi 17 septembre 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Tokyo Vice de Jake Adelstein
    Loin des images d’Épinal d’un Japon à la politesse légendaire et à la ponctualité éclatante, Jake Adelstein, juif américain devenu journaliste pour le plus grand quotidien nippon, enquête sur la mafia locale (les fameux yakusas), la corruption, le trafic d’êtres humains. En côtoyant flics et hôtesses, petites frappes et caïds ambitieux, il nous offre un portrait décapant du Japon contemporain, loin, très loin, des cerisiers en fleurs. livres.onpk.net
  2. Des souris et des hommes de John Steinbeck
    Vu qu’il est devenu difficile de suivre sereinement ce qu’il se passe aux États-Unis d’Amérique, je me suis replongé dans un de ces classiques de lycée. J’y ai retrouvé l’histoire dramatique de George et Lennie, le petit - vif et futé - et le grand - fort et innocent. Une histoire brute, sans fioritures, probablement le reflet de ce que je perçois outre-atlantique : un mélange de candeur et d’âpreté, d’animalité et d’idéal. livres.onpk.net
  3. Solutions sociales de Jean-Baptiste Godin
    Les critiques contemporains (vers 1871-1872 donc) de l’œuvre écrite par Jean-Baptiste Godin en ont largement décrié les fantaisies théoriques (comme sa traque de la « Loi Suprême de la Vie » - conservation, développement et équilibre - dans les trois sections du cerveau). Il serait cependant injuste de s’arrêter là. La première partie, largement autobiographique, et la dernière, une longue description du Familistère de Guise, sont un très beau témoignage de l’esprit socialiste de son temps. Car cet entrepreneur exceptionnel aura cherché sans relâche des équivalents de la richesse pour une population ouvrière miséreuse. Les poêles de nos grands-parents et le génie de notre Henri Ford local (avec esprit fouriériste et maints dépôts de brevets) auront permis tout cela et bien plus encore : si l’entreprise versent les salaires (pour le travail), les primes (pour la direction) et les intérêts (pour le capital), elle peut aussi répartir les bénéfices autrement qu’en simple dividende à ses actionnaires. Apparaissent logements sains, aérés et lumineux (avec le nombre d’étages nécessaire pour faire pâlir d’envie Boucle d’Or, ni trop, ni trop peu), service de garde pour les nouveaux-nés 24h/24, piscine chauffée commune, 1er mai chômée (avant la publication officielle de la fête du travail), écoles gratuites à la pédagogie innovante (à commencer par celle de Marie Pape Carpentier, presque 40 années avant Maria Montessori : la méthode naturelle n’exige des maîtres qu’une application sincère de l’esprit à l’observation des faits journaliers). Je m’arrête là tout en vous suggérant une visite dans l’Aisne. livres.onpk.net
  4. Hedge - A Greater Safety Net for the Entrepreneurial Age de Nicolas Colin
    J’ai déjà pas mal parlé de ce livre dans un billet précédent, en y louant la richesse documentaire et certains idées à contre-courant. Depuis son auteur a pris ses quartiers chez Forbes, toujours pour prêcher des vues européennes sur les terres américaines. livres.onpk.net
  5. The Machine that changed the World de James P. Womack, Daniel T. Jones et Daniel Roos
    Revenir aux sources du « lean » et retrouver les premiers cailloux blancs de mes propres lectures et expérimentations : c’était l’idée derrière cette lecture presque trente ans après sa publication originelle. Depuis Toyota s’est installé temporairement aux commandes du marché mondiale de l’automobile (donnant quitus aux auteurs pour la qualité de leur postulat, i.e. que le lean était bien là pour remplacer la fabrication de masse telle que Ford ou General Motors l’avaient pratiquée), Nissan s’est laissé croqué par Renault (une opération tout à fait inattendue) et les grands constructeurs américains sont passés tout près de la faillite. La communauté française du lean quant à elle continue de se poser majoritairement des questions liées à la production. Alors même que The Machine n’y consacre finalement qu’un chapitre, il y en a quatre autres pour couvrir la conception d’un nouveau véhicule, la coordination avec les sous-traitants, la relation avec les clients et enfin la gestion d’une telle entreprise. J’en viens presqu’à me dire que les 25 années nécessaires à l’installation du modèle de la production de masse en Europe (de Sloane prenant la tête de GM en 1925 à la mise en route de Renault-Flins au début des 30 glorieuses) nous paraîtrons probablement comme très rapide. livres.onpk.net
  6. Dire non ne suffit plus de Naomi Klein
    Trump est passé par là. En attendant que le météorite explose en vol, Naomi Klein prend la plume pour pousser à l’avènement d’un programme véritablement intersectionnel, seul capable d’après elle de contrecarrer l’extractivisme néo-libéral. Elle insiste en particulier sur ces Indiens qui n’iront pas dans les étoiles et qui par leur enracinement luttent depuis leurs terres et pour leurs terres. Un ré-ancrage ultra-local qui fait écho aux villes ayant fait le choix de la transition radicale à leur échelle (Barcelone, Pontevedra ou Loos-en-Gohelle pour ne citer que quelques exemples emblématiques). livres.onpk.net
  7. Au château d’Argol de Julien Gracq
    Sans être un roman de médiéval fantastique, l’histoire d’Albert, Herminien et Heide m’a plongé dans ce que j’imagine être l’univers des elfes. La lande bretonne et son château d’un autre âge sont le prétexte pour de somptueuses descriptions qui diffractent les relations entre les personnages. L’atmosphère est toujours évanescente, comme derrière un rideau translucide, à un point tel que j’ai dû relire certains passages pour tenter comprendre ce qui venait de se passer (et que je ne partage pas tout à fait les interprétations présentes sur Wikipedia). Les elfes ont ceci de particulier que j’ai du mal à les suivre dans leurs pensées, bêtement humain que je suis. Julien Gracq aura réussi le tour de force de me les prendre presque palpables. livres.onpk.net
  8. Exit, voice, loyalty : défection et prise de parole de Albert O. Hirschman
    Titiller par une référence de bas de page dans le dernier opus de Nicolas Colin (cf. supra), j’ai pris et lu ce livre sans trop savoir à quoi m’attendre. Il s’agit donc d’une réflexion sur les processus qui s’enclenchent au sein d’une organisation quand la qualité décline et que ses produits perdent de la valeur. Un angle mort laissé en jachère par l’ensemble des business books qui se concentrent sur la croissance - plus ou moins miraculeuse - promise par leurs stratégies toute prêtes ou leurs méthodes révolutionnaires. La récente démission d’un ministre d’État en donne un exemple éloquent ces jours-ci. Reste à savoir si dans le cas présent, la concurrence peut apporter une réponse adéquate. Dans le cas contraire, cela restera une action d’éclat pour rien. Ainsi en va-t-il du pouvoir relatif d’une défection dans un marché pseudo-monopolistique. livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la vingtième vague

lundi 16 juillet 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Si la Chine était un village de Hong Liang
    Sept cent millions de Chinois. Et moi, et moi, et moi. C’était en 1966 et ils sont désormais près du double (1 389 millions en 2015). Le regard que porte sur eux le monde occidental (moi y compris) est souvent contrasté : Paul Jorion y décèle de quoi espérer pour l’avenir, Emmanuel Todd au contraire y sent un foyer d’instabilité. Sans trop savoir si l’écart entre les deux tient juste à l’échelle temporelle qu’ils auraient choisie d’utiliser, j’ai lu cette enquête de terrain écrite par une chinoise. Chaque chapitre présente un habitant de son village natal : il devient le révélateur des coutumes, habitudes et difficultés avec lesquelles elle a rompu. Ainsi les migrations urbaines intérieures structurent la vie du village : les jeunes tentent leur chance dans les villes, laissant les grands-parents s’occuper des enfants en bas âge. Ils reviendront plus tôt si une maladie les rattrape (pas de possibilité de se faire soigner hors de son district d’origine), plus tard si les économies permettent enfin de construire leurs propres maisons. Mais pour Hong Liang, le constat est sans appel pour cette vie rurale chinoise : « je vois la décadence et le déclin irrémédiable de la culture et de la vie d’un peuple ». livres.onpk.net
  2. Lean en ingénierie - Guide de voyage de Cécile Roche et Luc Delamotte
    Que peut-il se passer avant la production ? Quand ne sont connus que le besoin client et/ou le produit (au moins dans une première version). C’est le domaine de l’ingénierie. Et c’est à une exploration du Lean dans ce contexte que Cécile Roche et Luc Delamotte nous convient : un territoire moins balisé que celui de l’usine et de ses chaînes de fabrication. Leur guide est d’autant plus précieux pour aborder le rôle du « Chief Engineer » ou le concept de « Takt produit » (pour parler des éléments qui me parlent le plus en ce moment), la méthode du « SBCE » ou celle du « Pull Scheduling » (pour parler cette fois des éléments dont je perçois la pertinence et à travers lequel je décèle notre manque de maturité). Un (gros) bémol quand même : la qualité de l’édition. Au delà des fautes d’orthographe, c’est l’ensemble du manuscrit qui crie de ces petites incohérences disséminées régulièrement : des points qui manquent, des symboles ® et © qui ne sont pas à l’exposant, des renvois de notes de bas de page qui restent à la même taille que le texte, des paragraphes qui se déguisent en liste, des illustrations qui ne sont pas harmonisées (alors qu’il y a en a un tellement belle, la carte de ce « pays de l’ingénierie »). Et enfin celui qui m’a le plus gêné : insister sur Genba (au lieu de Gemba) par purisme japonisant puis offrir du Digital (au lieu de numérique) et autre Trade-off (au lieu de compromis) par suivisme globishisant… Reste à voir si le bouquin aura droit à une deuxième édition - ou un autre éditeur - pour pallier ces défauts. livres.onpk.net
  3. Le monde des hommes de Pramoedya Ananta Toer
    « Le plus grand écrivain indonésien » : la manchette rouge autour du livre aura titillé mon intérêt. Grâce à elle, j’ai été conquis par l’histoire de Minke. Jeune javanais dans une école réservée aux élites néerlandaises du début du XXe siècle, il apprend à naviguer aux marges du colonialisme, entre des Européens maîtres des armes et de la loi et des autochtones engoncés dans leurs traditions. Orienté par une professeure de littérature néerlandaise et un vieil artiste français, il devra se confronter à tout l’univers colonialiste pour défendre idéaux révolutionnaires, ambition personnelle et amour conjuguale. Une émancipation qui passe aussi par la langue et la littérature. Ce premier volume du « Buru Quartet » de Pram appelle la suite : la belle et fragile Annelies n’est pas encore sauvée. Et l’Indonésie toujours sous le joug hollandais. livres.onpk.net
  4. La méthode japonaise pour vivre 100 ans de Junko Takahashi
    Pas de règles formelles, peu d’études scientifiques, ce sont plutôt les portraits qui constituent la trame de cet ouvrage plaisant. Tous les centenaires apparaissent charmants et pleins de vie : tantôt championne du monde, tantôt humble paysan, le plus souvent charmeur, chacun et chacune dans son propre registre. Et si les toutes dernières pages mentionnent ceux qui ont disparus entre l’écriture en japonais et la publication en français - même eux ne sont pas éternels - transparaît l’humanité pleine de ceux qui profitent encore de la vie, aussi longue soit-elle. livres.onpk.net
  5. La septième fonction du langage de Laurent Binet
    Dépoussiérer un fait divers vieux de 40 ans, y tirer des fils et faire émerger une histoire : visiblement c’est la recette utilisée par Laurent Binet pour écrire son deuxième roman. La mort de Roland Barthes sert de point de départ : renversé par une camionnette alors qu’il se rendait au Collège de France, il meurt un mois plus tard à l’hôpital. S’ensuit une exploration uchronique de l’univers intellectuel parisien où Philippe Solers, Julia Kristeva, Michel Foucault, Umberto Eco et quelques autres trempent dans des affaires plus ou moins louches. Une ode décapante et burlesque au pouvoir de la parole, des mots et de la discussion. livres.onpk.net
  6. La sociologie de Lille du Collectif Degeyter
    Chasser la crise industrielle : si elle a fait la grandeur de Lille, Roubaix, Tourcoing entre 1850 et 1950, l’industrie (textile en particulier) s’est depuis déplacée laissant la métropole du Nord en quête d’un nouveau récit et d’un nouveau souffle. Ce sera la tertiarisation avec comme point d’orgue la croissance de l’immobilier de bureaux et la ferveur populaire (Lille 2004 en particulier). Le collectif Degeyter apporte nuances et précisions à ce discours. Car si cette tertiarisation a bien eu lieu, c’est aussi avec son lot de précaires (à commencer par les anciens ouvriers et les immigrés récents) : on ne peut pas comprendre Roubaix (ville la plus pauvre de France) sans savoir que Croix (longtemps championne de l’ISF) est sa voisine. Au niveau de la politique locale aussi le collectif tord le coup à certains préjugés : loin d’être un bastion socialiste, la MEL traduit les efforts conjoints d’une myriade de communes plus ou moins grandes, plus ou moins cossues, capables de se liguer entre elles et de s’accorder sur leur plus petit dénominateur commun si bien que seul un ancien patron - Bruno Bonduelle - semble lui porter une vision de long terme. livres.onpk.net
  7. La femme brouillon d’Amandine Dhée
    Un livre qui aura beaucoup circulé autour de moi : court par son nombre de pages, incisif, coriace et humoristique par sa plume, universel par son sujet (devenir mère). Tout pour plaire. Les belles images des magazines volent en éclat : Amandine Dhée a le talent - et l’expérience - pour percer les carapaces de la bien-pensance, cette douceur mièvre et hypocrite qu’on inflige aux jeunes mamans cernées et épuisées tandis que bébé-doit-faire-ses-nuits-quel-ange, que bébé-pleure-quel-chou ou que papa-a-changé-une-couche-hier-quel-homme. livres.onpk.net
  8. Des souris et des hommes de John Steinbeck
    Vu que c’est devenu difficile d’accepter sereinement tous ces machins qui traversent l’Atlantique, je me suis replongé dans un de ces classiques des années-lycée. J’y ai retrouvé l’histoire dramatique de George et Lennie, le petit - vif et débrouillard - et le grand - fort et innocent. Une histoire d’amitié, brute, probablement le reflet de mes perceptions américaines : un mélange de candeur et d’âpreté, d’animalité et d’idéal. livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la dix-neuvième vague

jeudi 19 avril 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. How to take smart notes de Sönke Ahrens
    Découvert lors de l’Agile Open France Hiver 2018 grâce à Arnaud Lemaire, aka Lilobase lors d’une session sur le Zettelkasten, ce petit livre fait une explicitation très convaincante de l’outillage mis au point par le chercheur allemand Niklas Luhmann : classer des fiches dans des boîtes. Et comme l’explication prend une douzaine de pages en tout et pour tout, Sönke Ahrens en profite pour faire un tour circonstancié des apports de la recherche sur la question de l’écriture d’essais ou d’articles académiques. J’en garde l’expression « inter-locking / auto-verrouillage » : cette caractéristique qui associe à la simplicité permet à des systèmes d’exprimer toute leur puissance, à commencer par eXtreme Programming. Avec ses 3 boucles de rétroaction, la méthodologie de Kent Beck présente ces deux propriétés. Malheureusement le succès marketing de Scrum aura tout balayé sur son passage (mais ça, c’est une autre histoire). J’en garde aussi des cahiers (que j’ai utilisé à la place des fiches en papier) sur lesquels j’ai repris le goût d’écrire au stylo-plume ! livres.onpk.net
  2. La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben
    Les arbres communiquent entre eux depuis la nuit des temps grâce au mycélium : grâce à ce réseau, ils s’entre-aideraient entre arbres d’une même famille, partageraient des nutriments et même transmettraient leurs émotions, comme la peur. Visiblement notre belle Académie de l’Agriculture n’est pas tout à fait sur la même longueur d’onde, elle qui écrit que le livre « prête malheureusement le flanc à la critique : sources absentes ou non vérifiables, extrapolations non justifiées, interprétations abusives et même erreurs manifestes ». Reste donc l’ode passionnée et délicate d’un sylviculteur repenti : comme beaucoup de lecteurs, je me suis régalé avec ses histoires de chênes, de hêtres et de leurs batailles presqu’immobiles (un demi-millénaire tient dans ce presque) pour une place au soleil. livres.onpk.net
  3. La famille Souris prépare le nouvel an de Iwamura Kazuo
    Plus que ce livre en particulier, c’est tout l’univers de Iwamura Kazuo que je voulais présenter. Ses dessins sont magnifiques : insectes, plantes, arbres et personnages partagent un trait d’une jolie finesse, d’une grande précision naturaliste et d’une profonde humanité. Bien sûr le lecteur d’Emmanuel Todd que je suis décèle une famille-souche dans cette série des Souris, mais ils restent tellement craquants à faire une baignade au lac, à installer l’eau courante pour leur nouvelle maison ou à préparer des gâteaux pour la nouvelle année. livres.onpk.net
  4. Déclin et survie des grandes villes américaines de Jane Jacobs
    Après avoir longtemps tenu à distance le « grand œuvre » de Jane Jacobs, peut-être par délectation spéculative, probablement par peur d’être déçu après avoir dévoré ses livres ultérieurs, j’ai acheté puis croqué les 500 et quelques pages de son « Death and Life » (comme le surnomme ses commentateurs). Les attributs d’une ville y sont passés au scalpel : les trottoirs (scène du fameux « ballet » urbain), la sécurité (fruit des yeux de tous les habitants et passants), les parcs et jardins (pas toujours si bénéfiques), la taille des pâtés de maisons (trop grande, elle peut tuer la vie de quartier), etc. Ses observations datent de 1961 et restent d’une très grande actualité et d’une grande pertinence. Ainsi son expression de « capital social » aura une très large portée académique. Idem pour son cadre théorique qui trouvera dans des recherches sur Rome, Naples, Florence, Bologne, Milan et Palerme une confirmation posthume. Au passage, elle égratigne Le Corbusier : le plan Voisin - avec sa volonté d’amener la voiture au coeur de Paris - était le parfait opposé de sa pensée et apparaît désormais complètement anachronique. Je comprends mieux qu’elle ait laissé une marque si profonde auprès de nombreux urbanistes. Et qu’elle continue à servir de trame à mes différentes balades urbaines à Léchiagat, Valenciennes, Lyon et ailleurs. livres.onpk.net
  5. Où en sommes-nous ? d’Emmanuel Todd
    Une histoire humaine ou du moins une « esquisse », c’est à cette gageure qu’Emmanuel Todd nous convie. La France en est absente : elle est coincée entre l’Allemagne et sa périphérie autrichienne, suédoise ou tchèque (ainsi que le Japon et la Corée) composée de familles de type souche d’une part et le monde anglo-américain « nucléaire » d’autre part. Aux premiers, une économie triomphante sur la longue durée; aux derniers, l’innovation, l’inégalité, la démocratie avec ce mélange parfois déroutant de sac et de ressac (cf. le Brexit ou Trump). Mais si, comme l’historien nous y invite, on peut mesurer la bonne santé d’une nation à son taux de natalité, certaines échelles s’inversent : la Chine, le Japon et l’Allemagne ne seront peut-être pas les lumières que nous attendons pour le XXIe siècle. Sachant qu’on peut aussi éliminer d’autres phares potentiels avec un taux de mortalité en hausse. Je vous laisse découvrir en outre ses explications sur le renouveau de l’efficacité russe, le (faible) niveau d’éducation supérieur allemand, la contradiction profonde entre les aspirations égalitaires françaises et la machine à fabrique de l’inégalité qu’est devenu Academia. L’Histoire nous jouera encore bien des tours avec ces pièces ! livres.onpk.net
  6. WTF? What’s the future and why it’s up to us de Tim O’Reilly
    Comme de nombreux développeurs de ma génération (et probablement plusieurs autres), j’ai construit ma carrière de professionnel des internets sur des livres O’Reilly. Je garde ainsi un excellent souvenir de Programming Collective Intelligence. Et son radar continue à me servir de boussole dans ma veille technique numérique (avec toujours cette pointe de fierté ou d’orgueil quand j’y retrouve un article lu la veille dans mon agrégateur de flux). Open Source, web2.0, gov.tech, autant de concepts qu’il a identifiés, forgés et popularisés : il était temps de découvrir ses « lunettes » à travers un livre. « Le futur est déjà là. Simplement, il n'est pas réparti de manière uniforme. » écrivait Robert Metcalfe, Tim O’Reilly nous aide à le déceler. Ainsi son « homme augmenté » a du potentiel prospectiviste : Toyota, avec ses zones pour humains et sa volonté de limiter les robots (pour forcer l’apprentissage), et Tesla, avec son « usine du futur » (bientôt) entièrement robotisée qui a tant de mal à tenir la sécurité, la cadence et la qualité exigées par son créateur, peuvent même servir de balises. livres.onpk.net
  7. The New Geography of Jobs de Enrico Moretti
    San Francisco est largement reconnue en tant que capitale du logiciel et de l’internet : elle partage avec Seattle une position enviable sur l’échiquier technologique mondiale. Et si l’histoire de la première est assez connue (de Frederick Terman à Paul Graham), l’autre ne tient qu’à la décision presque fortuite d’une petite entreprise de logiciels d’y installer son siège sociale en quittant Albuquerque - Nouveau Mexique : il s’agissait de Microsoft ! La borne était posée, Jeff Bezos pouvait s’y appuyer. Enrico Moretti, professeur d’économie à Berkley, s’attache à analyser cette nouvelle répartition géographique de la croissance au XXIe siècle. Et bien loin de reposer sur la géographie physique comme par le passé (port naturel, plaine fertile, minerai abondant ou fleuve docile), le développement territorial s’explique désormais par la géographie humaine. Sans jamais oublier Dame Chance, elle qui tient une place tellement significative : l’enclenchement du cercle vertueux de l’innovation créatrice puis du développement local passe souvent par ses auspices. Ensuite les miracles du « new work » (que Jane Jacobs avait déjà identifiés) prennent le relais c’est bien autour d’un petit périmètre que les effets systémiques du « débordement économique » se font sentir. livres.onpk.net
  8. L’argent, mode d’emploi de Paul Jorion
    En 2008, la banque IndyMac doit faire face à une panique bancaire : le jeudi 10 juillet, ses clients commencent à faire la queue pour retirer leur argent; le vendredi 11, les policiers encadrent la foule plus nombreuse; le lundi 14, la banque réouvre, elle a été nationalisée pendant le week-end. Quelques années plus tôt, Paul Jorion y a travaillé dans un service lié aux désormais fameux « subprimes ». De ces années de banquier de l’intérieur, l’anthropologue de formation distille un essai pédagogique : différence entre argent et reconnaissance de dette, entre crédit à la consommation, au logement et à la production, entre banque commerciale et centrale, autant d’éclaircissements - parmi d’autres - qui permettent de mieux comprendre in fine comment la finance a pris le contrôle. Au passage, il décortique le paradoxe qui veut que la banque soit le secteur le moins rentable et qu’en même temps ses profits aient retrouvés leur niveau des années 1930. Un indice ? Toujours plus de concentration, pour s’offrir toujours plus de poids dans la fixation de la rente. livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la dix-huitième vague

jeudi 18 janvier 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Le Pays de Marie Darrieussecq
    Pris au hasard dans la bibliothèque associative de mon quartier, ce livre a résonné très bizarrement. Il y est question d’une femme, française, qui retourne vivre dans sa ville natale. Elle a choisi de donner la vie à son deuxième enfant dans « sa » région. Un territoire - Le Pays donc - qui était partagée entre l’Espagne et la France et qui est devenu indépendant. La trouvaille littéraire est astucieuse et permet des évocations nostalgiques sur la « vieille langue » et des descriptions cocasses d’écrivains chargés de faire vivre la culture de ce pays neuf. Loin de cette atmosphère ouatée et féminine, les postures de principe répondent aux manifestations de force et autres discordances revêches. Si Marie Darrieussecq a soigneusement évité la question des soubresauts du changement de régime préalable à son histoire, Madrid et Barcelone ont préféré mettre les pieds dans le plat, avec fracas. livres.onpk.net
  2. Le rouge et le noir de Stendhal
    Scarlet and Black, c’est sous la forme d’une série anglaise que j’avais approché le roman de Henri Beyle (Stendhal donc) : on était en 1993, sur BBC1. Il aura fallu attendre plus de 20 ans pour que je sorte le livre de ma bibliothèque et que je lise les conquêtes du très ambitieux et du peu scrupuleux Julien Sorel entre le Doubs et Paris. Et plutôt que d’essayer d’en retraduire l’effet, je vous recopie les remarques - tellement justes - de Prosper Mérimée : un de vos crimes c'est d'avoir exposé à nu et au grand jour certaines plaies du cœur humain trop salopes pour être vues... Il y a dans le caractère de Julien des traits atroces, dont tout le monde sent la vérité mais qui font horreur. Le but de l'art n'est pas de montrer ce côté de la nature humaine. livres.onpk.net
  3. Principes des systèmes intelligents de Paul Jorion
    J’ai découvert Paul Jorion, ce banquier - anthropologue belge, via de longs articles dans Télérama et Philosophie Magazine. Son blog est arrivé dans mon lecteur RSS plus tard encore, courant 2017 avec la fin de la séquence primaires - campagne - présidentielles. Pourtant des titres comme Se débarrasser du capitalisme est une question de survie, Le dernier qui s'en va éteint la lumière ou même Penser l'économie autrement auraient largement pu (dû ?) être présents dans cette vague ou une autre antérieur. Le hasard des rencontres ont fait que c’est finalement par son livre sur l’Intelligence Artificielle que j’ai commencé. En utilisant des concepts issus de la psychanalyse freudienne, il décortique non pas les bases mathématico-logiques mais les « affects » nécessaires à un système qui passerait le test de Turing. Un essai convaincant qui sait utiliser les trésors de l’érudition médiévale et ceux de la théorie des graphes pour tenter d’éclairer le ténébreux miracle de notre système cognitif. livres.onpk.net
  4. The Lean Turnaround de Art Byrne
    Homme d’usines et d’affaires, Art Byrne attribue son succès au Lean : s’étant formé auprès des premiers consultants TPS au début de sa carrière, il présente dans cet ouvrage les « recettes » qu’il a employé dans les différentes entreprises qu’il a dirigé ou accompagné. Et même s’il s’en défend parfois, les stocks de pièces ont été pour lui un point focale très important pour ses revirements : savoir où se situe la véritable valeur d’une entreprise est un point crucial quand on fait partie d’une société de « private equity » et qu’on fonctionne par rachat avec endettement et par recapitalisation. Une lecture en phase avec le reste de la littérature Lean qu’on peut aussi compléter par ses chroniques régulières sur lean.org. livres.onpk.net
  5. Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez
    De l’action pour cent années, c’est le pari réussi du romancier équatorien nobelisé en 1982 avec l’histoire tumultueuse de la famille Buendía à Macondo. Un mélange ébouriffant de fantastique, de tragique et d’épique. livres.onpk.net
  6. À quoi bon penser à l'heure du grand collapse ? de Paul Jorion
    Cette (auto)biographie intellectuelle montre à quel point la pensée et le gagne-pain de Paul Jorion se sont croisés, entremêlés et fécondés à un tel point qu’il en est devenu inclassable : économiste par la pratique de la finance, breton par l’étude des pécheurs de l’île d’Houat, psychanalyste par une proximité avec Lacan sans jamais devenir chercheur patenté dans une université. Avec deux compères universitaires, il fait le point sur sa « boîte à outils » et sur l’espoir qu’il fonde encore sur la capacité du genre humain à se sortir de l’ornière capitaliste dans laquelle elle s’est embourbée. Lucide. livres.onpk.net
  7. L'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar
    Comme avec Mémoires d'Hadrien, Yourcenar me donne le sentiment de sentir la grande littérature, d’en toucher la finesse et la grâce à travers ses mots. Cette fois-ci on suit les pérégrinations de Zénon, humaniste du XVIe siècle empruntant à Giordano Bruno, Léonard de Vinci ou encore Paracelse : tentant d’offrir au monde quelques onces de savoir, d’audace et de tolérance, il butte tragiquement sur les codes obscurantistes de son siècle. La plume classique, précise et épurée de la première femme élue à l’Académie française lui donne l’étoffe d’un héros antique, tellement humain, si proche du divin. livres.onpk.net
  8. Des hommes sans femmes de Haruki Murakami
    C’est dur de passer après Marguerite Yourcenar : même si Haruki Murakami est depuis longtemps sur les tablettes de bookmakers pour le prix Nobel, ce recueil de nouvelles fait la part belle aux hommes lâchées d’une manière ou d’une autre par leurs femmes. Une prose simple et limpide enrobe ces portraits en forme d’estampe : quelques traits brossent un personnage qui pourra toujours se réfugier dans le brouillard. livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la dix-septième vague

mercredi 20 septembre 2017 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. La Grande Transformation de Karl Polanyi
    A l’heure de notre « grande crise systémique », ce livre est effectivement un classique. Lionel Maurel - alias Calimaq de S.I.Lex - y a trouvé des réflexions sur le démantèlement des Communs et à l’avènement du capitalisme moderne. De la même manière, il est une référence régulière de la communauté d’intellectuels plus ou moins amateurs qui gravite autour du blog de Paul Jorion. Ce dernier cherchant très souvent les pistes de notre sortie du capitalisme dans les tentatives socialistes du XIXe siècle. C’est aussi un grand livre d’histoire que j’ai découvert : bien sûr il y a la lente mutation économique du trio terre, travail & argent sous les effets du libéralisme économique (libre-échange, société de marché & étalon-or). Mais il y a aussi les affres du prolétariat dans l’Angleterre victorienne, décrites par le menu. Mendicité, famine, grèves, combats politiques : des pans entiers dont je ne connaissais rien ou presque. Reste bien sûr à savoir où en sommes-nous dans notre « grande transformation ». livres.onpk.net
  2. La révolte des premiers de la classe de Jean-Laurent Cassely
    Un bon bac, une bonne prépa, une bonne école pour se retrouver derrière le comptoir d’un crèmerie ou aux fourneaux d’un restaurant quelques années plus tard. C’est ce parcours - encore rarissime il y a peu - qui est passé à la loupe : c’est argumenté, étayé et débordant d’exemples. Sans oublier, dans la veine d’un Louis Chauvel, le renversement qui peut faire mal : s’agit-il d’une véritable stratégie personnelle émancipatrice pour aller chercher du contact et de la matière ou des prémisses de l’adaptation sous contrainte d’une « élite » secoué par le mal-travail ? livres.onpk.net
  3. La culture expliquée à ma fille de Jérôme Clément
    Monsieur l’auteur a créé puis présidé Arte : si cette carte de visite était suffisante pour me donner envie de lire son livre, elle ne l’est pas pour propager cette inclination. Peut-être tout simplement parce que je ne suis plus dans la cible (j’ai largement dépassé l’âge de l’interlocutrice au moment de l’écriture). Peut-être. livres.onpk.net
  4. Antoine de Vinck - L’esprit des formes de Aude de Vinck et Ludovic Recchia
    Antoine de Vinck est céramiste-sculpteur et potier. Ou plutôt était. Et dans cette monographie, les textes de vieux amis, de critiques d’art ou d’élèves reconnaissants sont rassemblés avec soin et éclairent ses nombreuses facettes : artiste de la terre, humaniste profond, maître-artisan et chercheur passionné. Un portrait touchant réalisé à quatre mains, celles d’une de ses filles (par ailleurs artiste) et d’un historien de l’art. livres.onpk.net
  5. Le pays que j'aime de Caterina Bonvicini
    Une plongée dans l’Italie contemporaine avec ses errements capitalistiques et politiques. Cette fois-ci c’est l’histoire d’une riche héritière ballotée entre les années de plomb et celles de Berlusconi et du fils du jardinier emporté par les lâchetés de son ambition. Un récit facile et agréable pour retrouver des ambiances que j’avais humées dans la péninsule à la fin des années 1990. Avec une pointe de nostalgie au passage. livres.onpk.net
  6. Minority Report de Philip K. Dick
    Quelques soirées de délice pour se replonger dans la logique implacable d’une SF foisonnante : des robots tueurs, des rêves manipulés, des héros retournés, des extraterrestres rusés, des drogues puissantes, des sociétés hallucinées, etc. Une collection de nouvelles pas toujours si éloignées de notre présent. livres.onpk.net
  7. Du cinéma pour le dessert de Rémi Lucas
    Un dessinateur de bande dessinée raconte son parcours de cinéphile : humour et auto-dérision sont au programme. Tout comme les explications stylistiques et les flash-backs autobiographiques (ah, le cinéma pour adolescent des années 70). livres.onpk.net
  8. The Lean Strategy de Michael Ballé, Daniel Jones, Jacques Chaize et Orest Fiume
    Encore un livre sur le Lean donc : mon overdose avant l’été n’aura pas été trop longue. Et l’attente de la pré-commande n’aura pas été vaine : de l’explicitation du positionnement spécifique du penser Lean - qui commence par dénicher les véritables problèmes derrière les petits pas de l’amélioration continue au quotidien - à l’innovation de rupture - qui nécessite un véritable problème client et une direction claire pour les améliorations à explorer - en passant par la comptabilité ou le rôle du management, la dizaine de chapitres dépoussière les a-priori de la vulgate managériale. Et dans le Nord, ça se traduit par un objectif ambitieux pour l’usine de Toyota Onnaing : inventer l’usine propre, à zéro émission de carbone, d’ici 2050. Y'a plus qu'à... livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la seizième vague

vendredi 25 août 2017 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Chevaucher son tigre - ou comment résoudre des problèmes compliqués avec des solutions simples de Girgio Nardone
    Une revue des grands auteurs de l’ingéniosité et de l’astuce, des grecs de l’Antiquité aux sagesses de la Chine Impériale. livres.onpk.net
  2. The Lean Manager de Michael Ballé et Freddy Ballé
    Les héros du premier volume (The Gold Mine) ont passé la main. C’est désormais à Andrew Ward de faire ses preuves : son usine sera fermée ou sera lean. Des rebondissements, du rythme, des coups de théâtre; la fibre romanesque joue à plein, on en viendrait presque à aimer ces usines de plasturgie sous-traitantes dans l’automobile. De très belle facture pour approfondir le Lean. livres.onpk.net
  3. Lead with Respect de Michael Ballé et Freddy Ballé
    Il y est question d’une boîte d’informatique, éditrice de logiciel de surcroit : mes attentes étaient grandes. Malgré une entame haute en couleurs et une chute digne d’une nouvelle, le troisième volume de la série n’est pas à la hauteur de ses prédécesseurs : il manque de souffle et d’entrain. J’imagine qu’il s’étudie plus en brown bag lunch qu’il ne se dévore tard dans la nuit. livres.onpk.net
  4. Lean Selling de Robert J. Pryor
    Comment appliquer les techniques du Lean au processus de la vente ? L’écriture en « bullet points », les fausses précautions d’usage, les chapitres hyper courts : on est dans le business book sans saveur. J’y ai retrouvé les intuitions que j’avais présenté lors d’un barcamp lillois en 2008 avec une session « Tirez sur le commercial » (j’avais oublié que j’y parlais « lean » - déjà). Et j’ai maintenant une référence pour des trucs qu’on fait chez No Parking (dont la visualisation du processus commercial chez le client) et d’autres qu’on devrait travailler (comme le lissage du flux des leads entrants). livres.onpk.net
  5. Toyota Kaizen Methods - Six Steps to Improvement de Isao Kato et Art Smalley
    Un nouveau pas entamé avec l’équipe : le Kaizen individuel. J’en profite pour approfondir ma connaissance des outils historiques utilisés par Toyota (et d’autres) pour analyser ses processus industriels. Et pendant que chacun travaille sur son propre problème (technique, commercial ou ergonomique), j’explore les difficultés de la standardisation et de l’amélioration continue sur la génération quotidienne des factures : au bout de trois semaines et d’une dizaine de tickets clos, j’ai encore l’impression de ne pas être arrivé au bout (alors qu’on facture depuis bientôt 15 ans). livres.onpk.net
  6. Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson
    Je connaissais un peu l’auteur / personnage par son périple en Sibérie. Je le retrouve la gueule cassée dans une autobiographie (plus qu’un récit de voyage) au long cours sur les chemins, humbles et tortueux, qui traversent la France hyper-rurale. Au détour d’une page j’apprends le décès du père d’une ancienne colocataire : son visage me revient en mémoire, sa carrure, sa poignée de main… Puis le voyage reprend ses droits entre certains visages familiers et d’autres aperçus au bord d’une route. livres.onpk.net
  7. Le photographe de Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier
    Un appareil photo pour suivre une mission de Médecins sans Frontière en Afghanistan, des dessins pour raconter l’histoire au retour : tels sont les ingrédients de cette bande dessinée en 3 volumes. Toujours épatant, forcément poignant, malheureusement encore d’actualité vingt ans plus tard. livres.onpk.net
  8. Le lean au service du client de Jim Womack et Dan Jones
    Une entorse aux vacances : c’est quand même un livre pour le boulot. Heureusement il abord le lean d’un point de vue « macro » et s’autorise des accents prospectivistes. J’y pioche au passage quelques idées percutantes sur les conditions d’une relocalisation industrielle ou sur la stratégie de Carrefour (juste copier Tesco ou véritablement effectuer une démarche lean ?). livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la quinzième vague

dimanche 18 juin 2017 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Huit bouquins lus, la quatorzième vague

dimanche 19 mars 2017 :: perrick :: Livres :: 2 commentaires :: aucun trackback
  1. Contact de Matthew B. Crawford
    La suite de l’exploration du réparateur de moto philosophe : cette fois-ci M. Crawford nous plonge dans les affres de la modernité. L’évolution des aventures des personnages de Disney (de Mickey à Donald Duck en passant par Dingo) en est un marqueur : d’abord décontenancés par les objets d’un quotidien récalcitrant - et donc forcément très drôles - ils ont désormais une boîte magique avec des outils capable de répondre parfaitement à n’importe quelle situation. L’effet burlesque a disparu, la matière est escamoté et le réel perd toute aspérité. Cette quête d’un rapport désirable avec le monde, parce que formateur et enrichissant, le mènera à explorer la musique des salles de sport YMCA et Kant ou Kierkegaard, l’Américain statistiquement moyen et les tuyaux d’orgue de Taylor & Boody. Des allers-retours entre lecture de philosophie classique et analyse des gestes du travail ordinaire très féconds. livres.onpk.net
  2. Chez soi : une odyssée de l'espace domestique de Mona Cholet
    Fan de Mona Cholet depuis ses longs essais dans Périphéries, j’adore sa façon si particulière d’écrire des livres : un véritable papillonnage de références érudites en extraits éclairants pour défricher un terrain, la maison cette fois. Un battement de page m’a donné envie d’aller voir du côté de Christopher Alexander et de son classique A Pattern Language: Towns, Buildings, Constructionsi cher à tous les développeurs qui ont étudié nos fameux Design Patterns. Un autre nous mène à une comparaison entre les elfes d’Harry Potter et les travailleurs uberisés. Et toujours des références au féminin, comme ses pages autour du livre The Feminine Mystique : y entrevoir la chape de plomb, mortifère, glaçante et terrible, qu’on subit les Américaines avant 1963, effraie. Littéralement. Et visiblement elles ne veulent pas la voir revenir. livres.onpk.net
  3. Petite poucette de Michel Serres
    Un livre trop court et trop superficiel pour m’avoir intéressé durablement. livres.onpk.net
  4. Tout peut changer : Capitalisme & changement climatique de Naomi Klein
    Ce gros volume est alarmant : tout d’abord sur les méfaits de l’industrie extractiviste, mais aussi sur le combat idéologique mené des mécènes tantôt malveillants, tantôt opportunistes mais toujours fortunés. Eux ont choisir leur camp : ils veulent un capitalisme triomphant. Des habitants de la planète ne pourront le supporter et les années qui viennent seront décisives : ce sera eux ou nous, avec en première ligne les peuples autochtones et autres zadistes. Une démonstration implacables et très fouillée avec ce qu’il faut de touche personnelle pour sentir poindre la véritable humanité. livres.onpk.net
  5. C'est toi le printemps ? de Chiaki Okada et Ko Okada
    Un livre tout mignon avec des dessins magnifiques de simplicité et de douceur : l’histoire d’un lapin pressé de voir arriver le printemps. Et voilà qu’un grand ours blanc arrive… livres.onpk.net
  6. Le management Lean de Michael Ballé et Godefroy Beauvallet
    J’avais découvert le Lean via les livres de Mary et Tom Poppendieck, probablement au milieu des années 2000 : j’en avais profité pour faire sauter les itérations « agiles » qui étaient devenu un véritable carcan pour Opentime. En effet une fois qu’un logiciel Saas est en production, il n’est plus question d’attendre une semaine pour livrer une correction à un client. Nous avions au passage remplacé l’appellation « post-it » par « kanban » et nous nous proclamions « Lean ». Dix années plus tard, il était plus que temps d’aller revisiter ces notions : visiblement le chemin vers l’excellence est encore long, y compris pour No Parking(et nous aurons l’occasion d’en reparler prochainement). livres.onpk.net
  7. Culottées de Pénélope Bagieu
    Cette série de portraits au féminin a été publiée par épisode en 2016 sur un blog du Monde.fr: le livre est réjouissant avec de grandes illustrations qui viennent avantageusement compléter les planches du blog. On y découvre une galerie de femmes hautes en couleur, en conviction et en courage. Je n’y connaissais que Joséphine Baker. Entre Clémentine Delait, Delia Akeley, Agnodice ou Wu Zetian, les découvertes sont nombreuses. livres.onpk.net
  8. Systems of Survival de Jane Jacobs
    Jane Jacobs continue de me surprendre : je la connaissais pour ces réflexions économiques et urbaines, je la découvre sur des territoires philosophiques et politiques. Dans ce livre, elle explore deux « syndromes » qui sont autant de manière de survivre : celui du gardien lié au territoire (éviter le travail, adhérer à la tradition, être loyal, dispenser des largesses, etc.) et celui du marchand lié à l’échange (éviter la force, respecter les contrats, être honnête, être ouvert à l’inventivité et à la nouveauté, etc.). Elle montre combien ces deux systèmes sont mutuellement exclusifs : on ne peut pas à la fois être prompt à la vengeance ou prodigue en loisirs (d’autres aspects du gardien) et être économe ou promouvoir le confort et la commodité (ceux du marchand). Les combats à droite pour la présidence de la République en donnent des échos navrants : Mme Le Pen et M. Fillon, tous les deux figures sévères, autoritaires et nationales (des gardiens) sont rattrapés par des affaires financières (très marchandes donc); M. Macron, ancien banquier qui rêve d’une France de milliardaires habillées en costard (un marchand), se cherche une posture contre-nature à travers les grosses ficelles du service militaire(fétiche de gardien). Ces mélanges de genre sont - d’après elle - à l’origine de nombreux problèmes, quand bien même les uns ont besoin des autres (et réciproquement). Cherchez une organisation qui, d’une part, exige une loyauté à tout épreuve et sait être fataliste, et qui, d’autre part, fait preuve d’esprit d’entreprise, respecte scrupuleusement les contrats et sait investir à des fins productives; vous trouverez peut-être la Mafia sicilienne et sûrement un monstre. Si on veut éviter le système des castes (la France de l’Ancien Régime, mais encore l’Inde du XXe siècle) qui figent les personnes dans des rôles et qui bloquent les mélanges, il reste la « flexibilité bien informée » : elle permet aux uns et aux autres de passer successivement de l’un à l’autre de ses syndromes au gré des activités, sans les confondre. livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la treizième vague

lundi 9 janvier 2017 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Cities and the Wealth of Nations de Jane Jacobs
    Pour le fan que je suis devenu, ce livre a fait son office : très bien écrit, il se permet d'égratigner des grands penseurs classiques de l'économie avec brio. On y retrouve ses grands concepts économiques : la croissance par le remplacement des importations (pour permettre la montée en gamme), l'importance des échanges entre villes de même niveau (ou pourquoi Lille, Lyon, Nantes ou Marseille doivent se comparer entre elles et pas avec Paris), l'impossibilité de "sauter" des étapes sur l'échelle du développement économique (sous peine de perdre de précieux capitaux avec des usines que personne ne peut faire tourner localement), l'incapacité de la macro-économie de compter (et donc de réfléchir) en deçà de l'échelle nationale, la puissance de la curiosité esthétique et récréative (ou Taïwan, de l'agriculture - 1950 - aux composants hi-tech - 2000 - en passant par les jeux électroniques - 1980), etc... Tous les citer vous priverait d'une bonne lecture, je m'arrête là. Je me permettrai juste un rapide retour en arrière sur une autre lecture - historique celle-là - qui m'avait marqué : Une grande divergence où Kenneth Pomeranz cassait lui aussi le carcan étatique pour faire apparaître une histoire plus fine et plus précise du grand décollage de l'Europe, en commençant par les régions sans arbre mais avec du charbon de l'Angleterre. livres.onpk.net
  2. Archives du Nord de Marguerite Yourcenar
    Une très belle plume prend le temps d'évoquer ses souvenirs et ceux de sa famille paternelle - les Cleenewerck de Crayencour. Une mémoire qu'elle attrape au vol au grès de sources disparates. Et qu'elle retranscrit affectueusement et délicieusement. Pour l'anecdote, au même moment j'ai écouté un épisode de la Fabrique de l'Histoire Second Empire : Qu’est-ce que la fête impériale ?, quel ne fut pas ma surprise de découvrir que cet esprit de fête, flamboyant et fastueux, était largement partagé en province (au moins à Lille et aux alentours) à l'époque ! livres.onpk.net
  3. Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar
    Un vieil empereur - Hadrien - qui écrit à son petit-fils adoptif - Marc-Aurèle - qui finira lui aussi empereur : la trame est tenue. Et pourtant quelle belle oeuvre ! Car c'est bien un grand livre que j'ai eu le privilège de lire : de la poésie, du souffle, des sentiments, de la philosophie, bref de la Littérature. Pas de psychologie mais de la réflexion introspective à l'état brut. Pas de grandiloquence mais de la subtilité humaine. Mes flâneries épisodiques au Mont Noir prendront désormais un relief particulier, entre remerciement et gratitude à cette grande dame de la langue française. livres.onpk.net
  4. Les silences du Colonel Bramble de André Maurois
    En ces temps de Brexit, j'ai pris ce livre à la bibliothèque de mon quartier sur un coup de tête : André Maurois me disait très vaguement quelque chose (merci Wikipedia pour la confirmation qu'il a été académicien et pour la découverte de ses relations avec Pétain teintées de proximité mondaine et de méfiance). J'ai goûté avec jubilation aux us et coutumes des officiers britanniques pendant la Grande Guerre (qu'il a connu en tant qu'interprète militaire et officier de liaison) : ça sent bon le charme surannée des élites passées par les colonies, ce mélange étonnant de sportsmanship, de suffisance et de loyauté, toujours accompagné d'un verre de sherry / brandy / scotch. Comme avec Blake et Mortimer, on y retrouve des facettes de ce Royaume-Uni qui n'est plus (si tant est qu'elles ont dépassé un jour le cercle restreint qui commence avec son Upper middle class). livres.onpk.net
  5. Génération Erasmus de Sandro Gozi
    Je suis français, j'ai fait Erasmus en Italie (au départ de Londres). J'ai pensé que ce serait intéressant d'aller creuser une vision politique portée par ma génération de l'autre côté des Alpes. Quelques anecdotes politiques (mais pas tant que ça) et quelques idées fortes (migration gérée en commun / partis transeuropéens / réformes structurelles du marché du travail et relance économique) parcourent ce livre d'un européen convaincu et visiblement sincère. Le hic, c'est que finalement Renzi a laissé sa place en Italie avant de gagner des galons au niveau européen (même si sa jeunesse fait qu'il pourra revenir); et le re-hic, c'est qu'il y a entre la génération des "Pères fondateurs" et celle des "Erasmus", une génération - celle qui a entre la cinquantaine et la soixantaine en 2017 - dont la conviction européenne n'est pas aussi chevillée au corps, une génération à l’égoïsme forcené qui refuse de considérer qu’elle n’a pas “mérité” l’intégralité des avantages et privilèges collectifs dont elle bénéficie et dont beaucoup sont “revenus” de la politique sans jamais y être allé autrement qu’en jouant aux révoltés post-pubères lors de Mai 1968 (dixit Frank Biancheri, initiateur du programme Erasmus). Vivement 2020, qu'on sorte du monde des babyboomers... livres.onpk.net
  6. Diabou Ndao de Mamadou Diallo
    Le conte gourmand d'une petite fille qui aimait manger des gnioules et d'un lion qui rode autour de son village. Fou rire assuré pour toute la famille. livres.onpk.net
  7. La spirale du déclassement de Louis Chauvel
    Sociologue et professeur d'université, Louis Chauvel livre dans cet ouvrage un portrait tout en dynamique de la société française. L'utilisation des cohortes (plutôt que la moyenne a une date donnée) permet de mettre en lumière de nouveaux éléments-clé et de bien comprendre les mécanismes à l'oeuvre au sein des classes moyennes : repatrimonialisation, chômage, dépréciation du niveau des diplômes entrent en résonnance et mettent en difficulté notre pacte social. On trouve aussi un bel exemple de modèle non-linéaire dans son interprétation de la relation entre inégalités et mouvement social : les plus matheux y reconnaîtront sûrement la modélisation "classique" de Lotka-Volterra (les proies et les prédateurs prenant le dessus à tour de rôle). livres.onpk.net
  8. Le paradis des femmes et l'enfer de chevaux de Idriss al-'Amraoui
    Un tout petit livre écrit en 1860 par un émissaire du Sultan marocain de passage en France : le périple étonnant d'un grand lettré qui traverse la France en chemin de fer pour s'entretenir avec Napoléon III. Ce mélange d'admiration et d'attachement sincère à ses valeurs propres en fait un anti-Lettres Persannes. livres.onpk.net

Des livres, douzième série

mardi 25 octobre 2016 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Huit bouquins lus, la douzième vague

  1. Technological Revolutions and Financial Capital de Carlota Perez
    En commençant ce livre, mes attentes étaient fortes : elles avaient été largement cajolées par les essais de Nicolas Colin et d'autres. Sauf que finalement le livre n'apporte pas beaucoup plus que le graphique (déjà relayé plus tôt). Une précision - et de taille quand même : quand Carlota Perez parle d'un Âge d'Or, elle fait référence à une étroite accointance entre le "Capital financier" et le "Capital productif". Et si les exemples mis en avant par ses commentateurs évoquent un passé flatteur (à commencer par celui des 30 Glorieuses), il peut aussi correspondre - toujours dans son ouvrage - au Reich nazi ou Communisme soviétique : deux territoires où la "puissance d'innover", les capitaux et le pouvoir d'état ont été largement alignés au sein ce fameux paradigme de la "production de masse". livres.onpk.net
  2. The Economy of Cities de Jane Jacobs
    Le genre de livre que je n'ai pas envie de finir : si seulement son nombre de pages pouvait augmenter au fur et à mesure de sa lecture ! J'avais découvert il y a plusieurs mois déjà une courte introduction à sa pensée - It's the cities, stupid - et j'ai enfin pris le temps d'acheter l'ouvrage (édité dans les années 1960). La claque ! L'argumentaire est précis, iconoclaste tout en étant léger : l'utilisation d'anecdotes fouillées permet de toujours s'ancrer dans le réel et d'appuyer les raisonnements économiques qui vont parfois à contre-courant de la doxa ambiante. Ses réflexions sur la Monnaie (nationale et/ou supra-nationale désormais) sont en particulièrement stimulantes. Mais bien sûr, c'est son concept de "remplacement des importations" (plus facile à mettre en place que l'innovation finalement) qui a intrigué ma curiosité et donne des billes à ceux qui pensent qu'il est vain d'essayer de reproduire une Silicon Valley "à-la-française". En filigrane, j'ai aussi découvert une femme authentique et non-conformiste : non-universitaire, pacifiste, désobéissante civile, maternelle, tenace, pas étonnant que Montréal (la ville qui l'a apprivoisée finalement) continue à rendre hommage à la fécondité de ses idées à travers les promenades de Jane. livres.onpk.net
  3. Ainsi soit-elle de Benoîte Groult
    Le 20/07/2016, j'avais évoqué rapidement un livre "plus intéressant" sur la condition féminine : c'est donc celui-ci ! Avec une pointe d'humour et beaucoup de panache, Benoîte Groult faisait le point en 1975 sur la condition des femmes en France et un peu plus loin (à la fois géographiquement et historiquement). Et si les choses bougent, elles bougent lentement : les exemples récents sont encore criants; et pour ceux qui pensent qu'on a fait bien du chemin depuis, un petit rappel : On voit bien que ces hommes vivent comme une provocation le fait que leur femme puisse leur demander une participation aux tâches de la maison. Ils sont allés à l’école mais aucune institution n’a réussi à leur donner la moindre éducation en ce domaine. Certaines n’ont même fait qu’empirer les choses. S’il s’agit de militaires, d’hommes du bâtiment ou de la police, tous les métiers très masculins où il n’existe pratiquement pas de contacts avec des femmes, les stéréotypes sont renforcés. (extrait d'un article sur la prise en charge des agresseurs)... livres.onpk.net
  4. Sapiens : une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari
    Une vaste fresque sur l'évolution de l'humanité qui fait d'ores et déjà date (visiblement c'est un énorme best-seller). Pas mal de points saillants qui viennent à rebours d'une "pensée classique". Bref un bon livre pour vérifier la demi-vie de nos acquis scientifiques. livres.onpk.net
  5. Jules César de Shakespeare
    L'histoire de Brutus vu par le grand dramaturge anglais avec du Préférez-vous César vivant, et mourir esclaves, ou César mort, et tous vivre libres ? de du Toi aussi, Brutus !... Tombe donc, César ! dedans. Mais aussi - et surtout - des conjurés qui finiront bien tragiquement pendant que Marc-Antoine et Octave prendront la tête des légitimistes avec succès... livres.onpk.net
  6. The Nature of Economies de Jane Jacobs
    Peut-être moins percutant comme deuxième lecture - après The Economy of Cities, ce livre prend une forme toute différente : une suite d'échanges entre plusieurs "amis". Les concepts de Jane Jacobs y sont cette fois présentés avec plus de légèreté et moins d'exemples, ou de densité. livres.onpk.net
  7. Travailler deux heures par jour de Adret
    Bientôt 40 ans que le livre a été écrit et pourtant on n'a pas avancé d'un poil : les témoignages d'ouvrier ou de secrétaire font toujours aussi mal. Ainsi j'ai re-découvert ce que passer au 32h veut dire quand on travaille en 3 x 8 : le goût de la politique, les échanges avec les amis, la sexualité dans le couple, le moral plus haut que les chaussettes. Avant de tout reperdre parce que les commandes reviennent. Notre salut passera par l'imagination : la seconde partie du livre en fait la démonstration. Les boulots à la con (chers à Graeber) n'ont pas encore fini de nous étrangler. livres.onpk.net
  8. Comment la France a tué ses villes de Olivier Razemon
    Dans ma quête d'urbain, j'avais précommandé ce livre auprès de l'éditeur Rue de l'Echiquier. Et puis Gisèle est arrivée : il est resté de longues semaines sur la table de chevet. C'était pour être dévoré plus rapidement encore... Le journaliste-bloggueur y fait un portrait sans concession de l'impasse dans laquelle se sont mises toutes les villes françaises (hors peut-être Paris et nos grandes métropoles, dont Lille) grâce aux voitures. Avec la mise en place cet été d'un nouveau plan de circulation à Lille (plus de double-sens et moins de deux voies, plus de sens unique et encore plus de contre-sens vélo) et de son opposé à Tourcoing (avec un maire qui remet du parking gratuit en centre-ville), nous aurons l'occasion de voir le résultat d'ici quelques années. J'ai peur pour les Tourquennois. livres.onpk.net

Des livres, onzième série

mercredi 20 juillet 2016 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Onzième vague de huit bouquins lus.

  1. Fondation et Empire de Isaac Asimov
    Rien de tel qu'un petit livre de SF pour sortir des débats de notre bien maigre société de tous les jours. Ici c'est l'Humanité qu'il faut sauver, et dans toute la Galaxie par dessus le marché : un grand bol d'air frais pour voyager par delà le temps et l'espace. livres.onpk.net
  2. Comment vivre avec les autres sans être chef et sans être esclave de Yona Friedman
    Ce plaidoyer pour la sobriété, l'autonomie et l'articulation entre les différentes échelles humaines nous vient du passé récent (40 ans). Et ce qui saute aux yeux, c'est la puissance qu'a acquise internet pour coordonner ces tailles de groupes humains. Les nouvelles réponses empiriques sur la taille de ces groupes dans le cadre d'une coopération sont sans commune mesure avec les intuitions de Yona Friedman : Jean-Michel Cornu, dans un billet sur InternetActu, fait le point sur cette révolution dans A combien peut-on coopérer ?. livres.onpk.net
  3. Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig
    Après les lectures scolaires, je redécouvre la plume de Stefan Zweig : gracieuse, délicate et précise. Alors même que l'histoire pourrait être si banale (homme, femme, passion, amant, etc.), le "monologue" de Mrs C. prend du relief, du corps au fur et à mesure des pages. Un travail de dentelle dans les sentiments. livres.onpk.net
  4. L'aleph de Jorge Luis Borges
    Retrouver Borges, de l'intelligence érudite à l'état brut : un dédale de chemins, de pistes et de traces pour se perdre dans les mots, le temps et l'espace. Et finalement être repris par le col à la dernière page de chaque nouvelle. livres.onpk.net
  5. Spinoza. Philosophie pratique de Gilles Deleuze
    Dur dur de comprendre plus qu'un paragraphe par ici et un par là. C'est dense, technique et très philosophique. Et même si je me suis accroché pour aller jusqu'au bout, j'ai l'impression d'être passé à côté : les lettres, mots et phrases ne sont pas suffisants, il me manque un bagage philosophique. Même en vivant avec une philosophe pédagogue. livres.onpk.net
  6. L'amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez
    J'ai retrouvé un Garcia Marquez sans la truculence échevelée dans ce roman d'amour contrarié aux Caraïbes, de l'incandescence adolescente au crépitement réchauffé des vieux jours. Une grande plume comme à chaque fois, cette fois-ci dans un cadre plus fin et ciselé. livres.onpk.net
  7. La Légèreté de Catherine Meurisse
    Vivre. Vivre après une attaque terroriste. Devenu le quotidien des familles et proches de 17 + 1 + 1 + 130 + 2 + 84 personnes en France depuis janvier 2015, c'est cette vie tordue que nous partage Catherine Meurisse - dessinatrice à Charlie Hebdo. Une vie en apesanteur, aux champignons, en pointillé, en quête de beauté, en Italie, au Louvre, etc. dans un très bel album autobiographique. livres.onpk.net
  8. La Domination masculine de Pierre Bourdieu
    Dans son exploration récente de la pensée féministe, Peggy m'a laissé lire en premier ce petit ouvrage sur le sujet. Et finalement quand un homme (ou au moins celui-là) parle du féminisme, ça sonne un peu creux. J'ai lu depuis celui de Benoîte Groult (récemment décédée), on en reparlera dans la prochaine série : il est largement meilleure ! livres.onpk.net

Des livres, dixième série

lundi 7 mars 2016 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Dixième vague de huit bouquins lus.

  1. Rue des Boutiques Obscurs de Patrick Modiano
    Un prix Goncourt donc. Et surtout un chemin gris et flou dans un Paris rêvé ou évasif, tout comme ces personnages qu'on croit attraper régulièrement mais qui s'échappent subrepticement. livres.onpk.net
  2. Lettres Persanes de Montesquieu
    Je suis retombé sur ce "classique" à la maison : j'en ai profité pour retrouvé des croquis délicieux des français sous Louis XIV et cette forme si particulière du roman épistolaire. livres.onpk.net
  3. Tous mes amis de Marie Ndiaye
    Quelques nouvelles au détour d'une bibliothèque : j'avais retenu ce nom "Ndiaye", cela a suffit pour tenter l'expérience. Une écriture très classique pour - là encore - des personnages qui se dérobent au fil des pages. livres.onpk.net
  4. L'incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique de Gabriel Garcia Marquez
    La première claque de cette série : je ne connaissais pas du tout les textes de Gabriel Garcia Marquez, j'en ai été tout chamboulé. Des personnages bruts, des scènes qui débordent d'imagination, un rythme tourbillonnant et les pages qui défilent à tout allure. Bref j'ai été époustouflé par cette écriture qui ne ressemble qu'à elle même. Et tellement désolé de l'avoir découvert si tard : foncez si vous êtes encore plus en retard qui moi ! livres.onpk.net
  5. The Dream Team Nightmare - Boost Team Productivity Using Agile Techniques de Portia Tung
    Sous la forme d'un livre dont vous êtes le héros, Portia Tung nous offre un condensé de techniques et de recettes "agiles". C'est plutôt bien fait : la mécanique du jeu se met rapidement en place, il va falloir survivre et je ne vais pas y arriver (je suis mort une fois ;-). Visiblement pour moi aussi il y a des techniques à apprendre dans ce livre. livres.onpk.net
  6. La force de gouverner. Le pouvoir exécutif en France, XIXe-XXIe siècles de Nicolas Roussellier
    J'ai évoqué plus haut la "première claque", c'est qu'il y en a une seconde : cet essai de Nicolas Roussellier est une grande oeuvre d'Histoire pour décortiquer les petits pas réguliers que le pouvoir exécutif français, ceux qui mènent à une concentration ultra centralisé autour de la Présidence / Matignon. Du pouvoir uniquement symbolique des premiers présidents de la République fin XIXe aux innovations forcées des deux guerres mondiales, en passant par les longs débats parlementaires de la grande IIIe République (et les lois de 1881, 1884, 1901 ou 1905), ce maître de conférences s'appuie sur une grande érudition pour partager "ce qui n'était pas obligé d'arriver" : comment la République est devenue présidentielle. livres.onpk.net
  7. Les émotions démocratiques : Comment former le citoyen du XXIe siècle ? de Martha Nussbaum
    Au delà d'une découverte d'autres pédagogues (indiens ou américains : Tagore, Alcott et Dewey), j'ai été finalement déçu par cet ouvrage : bien sûr il appuie là où ça fait mal, le recul des humanités et de la culture artistique et littéraire en général (des arts libéraux à la pratique de l'imagination narrative). Mais se limiter à l'appui des riches fortunes capables d'aider financièrement leur(s) ancienne(s) université(s) me semble un peu léger pour ouvrir les citoyens à la démocratie de demain. livres.onpk.net
  8. Une chambre à soi de Virginia Woolf
    Le travail de l'écriture d'une femme : un long et lent combat que Virginia Woolf déconstruit avec simplicité et fluidité, une implacable démonstration qui malheureusement sonne encore trop juste en ce début du XXIe siècle. livres.onpk.net