Extraits du journal de Arthur Young

lundi 15 octobre 2012 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Entre 1787 et 1789, Arthur Young - un anglais - effectua un tour de France. Pour le fun, l'équipe de No Parking a remis en forme ce journal : il est donc possible de suivre ces billets au fur et à mesure, avec 225 années de décalage.

Le billet du jour est particulièrement croustillant : L'opinion générale semble être que l'archevêque ne pourra tirer le pays de sa situation actuelle ; les uns prétendent qu'il lui en faudrait la volonté, d'autres, le courage, d'autres encore, la capacité. Certains ne le croient attentif qu'à son propre intérêt ; suivant les autres, les finances sont trop dérangées pour être rétablies par aucun système, hors la réunion des états généraux du royaume, et une telle assemblée ne peut se faire sans provoquer une révolution dans le gouvernement. Tous s'accordent à pressentir quelque chose d'extraordinaire, et l'idée d'une banqueroute est loin d'être rare. Mais qui aura le courage de s'en charger ?

Bien sûr toute ressemblance avec des personnes existants en ce moment même ne serait que fortuite !

Une grande divergence, de Kenneth Pomeranz

jeudi 16 août 2012 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Les chinois ont tout inventé : le papier, la poudre à canon, l'imprimerie et pourtant au tournant du XIXème siècle, ce sont les Occidentaux qui ont la main mise sur la planète. Kenneth Pomeranz fait un travail d'une très grand érudition essayer de comprendre les véritables raisons de ce basculement. Si sa thèse est vite énoncée (la proximité du charbon des grands centres industrielles en Angleterre et la conquête du Nouveau Monde), l'intérêt de l'ouvrage tient beaucoup plus dans la précision et l'envergure des thèses qu'il réfute : le régime marital et l'organisation économique des foyers, le marché de la terre et du travail ou même la consommation des produits de luxe (café, thé, sucre). Tout y est passé au crible avec moult références et précisions.

J'y ai découvert en outre d'une part l'impasse du monde proto-industrielle "où la production, en dépit d'un investissement croissant de travail, de la diffusion des meilleurs pratiques de production connues et d'une commercialisation croissante permettant une division du travail toujours plus efficiente, parvenait tout juste à devancer la croissance économique" (dans certaines régions de Chine et au Danemark en particulier); et d'autre part le succès de l'Angleterre - alors même qu'elle avait presque fini son déboisement - où "l'énergie nouvelle allait venir dans une large mesure d'un essor de l'extraction et de l'utilisation du charbon [...] et de l'injection de flux de diverses ressources du Nouveau Monde".

Nos contraintes du XXIème siècle ne sont finalement pas si éloignés, surtout quand on voit des méga-entreprises détruire littéralement des forêts entières en Malaisie. "A main gauche, la forêt primaire, le désordre, l'enchevêtrement, la succession de strates vertes [...] A main droite, rien. Rien que du rouge, la même plaie que j'ai vue la veille, dix ou vingt ou cent hectares de terre nue à qui l'on vient d'arracher la peau." (extraits du livre d'Erik Orsenna, Sur la route du papier - Petit précis de mondialisation III. Un triste rappel que finalement la contrainte écologique dépassée vers 1850 en Europe n'aura été que décalée de deux siècles à l'ensemble de la planète...

Venise 1500, une autre relecture

vendredi 11 mai 2012 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

A l'heure où Hollande prévoit peut-être encore de passer des contrats « un jeune - un vieux » (la proposition 33 : Je proposerai un contrat de génération), d'autres s'y sont déjà risqués avant lui. En particulier la Sérenissime : «une loi de 1402 prévoit l'embauche sur chaque chantier important d'un vieux maître à la retraite dans le but « de donner aux autres la possibilité d'apprendre le métier». On voit là à quel point les veilles marmites peuvent encore servir à faire de bonnes soupes.

J'ai trouvé dans Venise 1500 un autre fait intéressant pour les fans de la logistique : dès le XVIème siècle, les vénitiens ont adopté «un système de numérotation de tout le matériel à charger et des galères elles-mêmes, de manière à faire converger des ateliers de production vers les magasins prévus à cet effet […] tout ce qui appartenait à la même galère». Un système que les contemporains admireront très vite «le dispositif […] se déplace en ces lieux […] avec tant d'aisance et de bonheur qu'on n'en peut croire ses yeux». Ce dispositif aussi ingénieux soit-il entrainera déjà son lot de réticences, de conflits et de résistances des ouvriers et de leurs corporations.

Un autre article très intéressant dans cet ouvrage retrace l'histoire de l'imprimerie à Venise vraisemblablement à partir de 1469. Pour rattraper son retard, la cité-république fait d'abord appel à des étrangers : un premier monopole est octroyé à Johannes de Spire (trouver son origine). Il meurt très vite et la deuxième vague arrive. Quatre nouveaux imprimeurs existent dès 1471 : sauf que la jeune industrie traverse crise sur crise. Le marché est tout petit (un livre vaut un mois de salaire d'un artisan) et les besoins en capitaux sont importants. Re-crise en 1474 : de 12 imprimeurs, on passe à 3. Re-bond en 1476 : une douzaine apparaissent. Puis une dizaine l'année suivante... C'est le temps des capitaux qui affluent de Florence, de Brescia, de Francfort, de Cologne, etc. On invente même le livre des livres à vendre ! Re-re-crise en 1478 avec la peste noire qui met tout le monde au tapis. C'est aussi le temps des consolidations d'entreprises fragiles et sous-capitalisées. La bascule définitive commencera dans les années 1480 : les volumes augmentent (entre autres grâce aux manuels universitaires « obligatoires » ), les prix baissent (jusqu'à 80% en 4 ans), des pseudo-monopoles s'installent (Venise détient 65% du marché des livres de droit en Europe avant 1500). Et les innovations s'enchaînent : des illustrations viennent compléter les ouvrages, la musique s'imprime avec l'invention des notes sur une portée (pour les livres de messe), d'autres alphabets permettent de viser l'export, etc. Jusqu'au Songe de Poliphile qui marquera le triomphe absolu de la culture vénitienne avec son langage précieux, sa typographie admirable et ses illustrations maniérées : la censure veille, le public adore.

Eiffel, une relecture à la mode startup

lundi 23 avril 2012 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Lors de la formation "Entreprenariat & Innovation" à Stanford l'année dernière, une seule société française avait été cité par les intervenants américains : les établissements Roquette. Les modèles français pour développer son entreprise se sont donc très mal exportés ces dernières années. En passant par la bibliothèque de mon quartier, j'ai emprunté il y a quelques semaines sur une biographie de Gustave Eiffel : au delà du personnage génial, tyrannique, ambitieux, orgueilleux, exigeant, précieux et obstiné, j'ai trouvé quelques pépites à méditer.

Gustave Eiffel, de Daniel Bermond

Read next

Fréquences, livre pour Iphone

dimanche 20 février 2011 :: perrick :: Livres :: un commentaire :: aucun trackback

Quel surprise ce matin en lisant Libération : une pleine page sur "Fréquences", une oeuvre littéraire pour Iphone de Céline Houdar, Sébastien Roux, André Baldinger et Martin Blum.

Cela fait longtemps que je travaille avec Martin Blum sur divers projets web. Il m'avait même proposé à l'époque de travailler sur ce projet Iphone de livre hybride : malheureusement, ce n'est pas le champ de nos compétences. Reste que le projet est ambitieux et que cet article vient marquer une nouvelle étape de ce "machin" à la fois livre, objet interactif et sonore. Une ambiance originale à faire résonner dans ses écouteurs.

Livre : Programming Collective Intelligence

vendredi 4 avril 2008 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Il y avait longtemps que je n'avais pas lu un bouquin technique aussi décapant (peut-être ma découverte de l'Extreme Programming). : Programming Collective Intelligence par Toby Segaran vaut son pesant de cacahuètes. Rempli d'algorightmes intéressants - faciles ou complexes. Avec des exemples en Python (qui a le vent en poupe si j'en crois le reddit/programming du moment). Depuis certains s'en sont inspirés pour écrire les exemples en Ruby : il y a là de la matière pour un écrivant / développeur PHP ;-) Vous aurez compris : je recommande fortement !

Programming Collective Intelligence

Et sinon la question à 0,02 centimes d'euros : pourquoi avoir mes des grands pingouins et pas des fourmis ? Est-ce tout simplement que c'est de l'Open Source qui permet ces avancées ??

Livre : Information, parole et délibération -- Eric Faÿ

mercredi 1 septembre 2004 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback

Parmi mes lectures de cet été : "Information, parole et délibération" par Eric Faÿ.

Le résumé sur la quatrième de couverture m'avait fait bondir : À l'heure d'Internet, plus les moyens de communication se multiplient, plus il devient difficile de trouver quelqu'un à qui parler et qui vous écoute. Alors qu'en ce moment, je suis plongé dans les blogs : des bonnes vieilles TAZ (ou ZAT en français) où des voix véritablement personnelles peuvent naître. Et que dire du Cluetrain Manifesto.

Une fois cet accroc passé -- je n'ai pas la prétention d'affirmer que tout le monde doit connaitre ce phénomène assez geek sur les bords -- le bouquin est très pertinent, même si c'est parfois hardu. Parmi les points forts : une ré-évaluation du mot délibération qui a beaucoup résonné chez moi.

J'y aussi ai trouvé beaucoup de contiguïtés avec des principes ou techniques de l'eXtreme Programming. Certaines sont assez évidentes à propos des valeurs -- la communiation, le courage -- ou des pratiques -- la proximité physique des personnes (via le client dans l'équipe de développement ou la scéance de planification par exemple) en particulier. D'autres moins : en particulier le rôle crucial de la métaphore dans les échanges qui y trouve une mise en avant très singulière.

Et comme vous n'en verrez pas beaucoup de pub : chez Amazon, à la Fnac ou à la librairie "A Plus d'Un Titre" de Lyon.