Lunch with Alan Kay: how to become educated enough to invent the future

lundi 29 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Steve Krouse évoque une longue discussion avec Alan Kay sur son blog :

Also like Bob Barton, Alan spent most of the lunch very kindly intellectually destroying me, smacking me around, and pointing out how much more I have to learn in order to do good work. I have met only a handful of people in my life who can give me such brutal criticism but in a way that feels supremely constructive.

C'est simple, dès que je vois le mot Alan Kay quelque part, je vais lire ou regarder la vidéo (la dernière, c'était The Best Way to Predict the Future is to Create It. But Is It Already Too Late?). Toujours avec grand plaisir. Cet extrait fait écho à une autre vidéo, celle de Nampachi Hayashi que j'ai regardée ce week-end. J'y ai retrouvé la même technique : toujours laisser son padawan sur un coup de pouce afin qu'il puisse reprendre le chemin de l'apprentissage.

The Future of the Zend Engine and the Zend Framework

vendredi 26 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Zeev Suraski dans son blog :

As all of us still care very much both about PHP as well as the Zend Framework ecosystem, one of the options we're evaluating is finding a new home for these contributions, to keep both our planned contributions to PHP 8 and beyond on track, and the ongoing development of ZF and Zend Expressive thriving. One of the reasons for this announcement - which is coming well ahead of our actual departure date - is to explore this possibility.

C'est une sacrée page de l'histoire de PHP qui va se tourner : Zend aura été une société pivot dans mon écosystème pendant de longues années. J'espère de tout coeur que cette fine équipe (dont Dmitry Stogov, Matthew Weier O'Phinney et Enrico Zimuel) trouvera un point de chute accueillant pour tous ses projets.

Nothing Fails Like Success

vendredi 19 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Jeffrey Zeldman dans A List Apart :

And internet investors don’t want a modest return on their investment. They want an obscene profit right away, or a brutal loss, which they can write off their taxes. Making them a hundred million for the ten million they lent you is good. Losing their ten million is also good—they pay a lower tax bill that way, or they use the loss to fold a company, or they make a profit on the furniture while writing off the business as a loss…whatever rich people can legally do under our tax system, which is quite a lot.

Retomber sur un article de Jeffrey Zeldman (via Tristan Nitot) après toutes ces années, se sentir vieux d'un coup (lui aussi faisait parti de mes lectures à l'époque où j'étais webmaster) et partager - encore une fois - l'amer constat de la pollution du gratuit par l'industrie financière. Constater au passage que Basecamp est encore la référence pour une entreprise du numérique qui montre un autre chemin. Se dire qu'on a de la chance de lire un bouquin sur Enspiral et de se projeter dans le prochain de Damazio.

MiniBigForest, forêts urbaines participatives

lundi 15 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Stéphanie et Jim parlent de leur MiniBigForest :

Inspirés par la méthode Miyawaki, nous concevons des forêts urbaines à haut potentiel de biodiversité, de captation carbone, et de lien social, que nous plantons avec des équipes bénévoles sur tous vos sites (friche, terrain vague, pelouse, parking, cours d’école, projets urbains, etc…).

Pour appuyer mon sentiment profond que que même la sauvegarde de la bio-diversité passera par les villes (et non par les campagnes). Comme à Budapest, à Melbourne ou à San Francisco...

Japan’s Economy Is Getting a Lot of Things Right

vendredi 12 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Noah Smith dans Bloomberg Opinion :

In Tokyo, 1-in-8 young people coming of age in 2018 was foreign-born. That’s a startling increase in diversity for a historically homogeneous nation. But so far, Japan is embracing the change -- in a recent Pew poll, Japan was the only country surveyed where more respondents said they wanted to increase immigration than wanted to decrease it. Without Abe’s leadership, it’s not at all clear this shift would have happened.

Un nouvelle éclairage sur le Japon et c'est une des idées pré-conçues que j'avais sur l'île qu'il faut revoir : la demi-vie de son homogénéité est en train d'expirer. À compléter par le très bon podcast du Nouvel Esprit Public : Derrière l'affaire Carlos Ghosn #83 (pendant lequel j'ai eu l'intuition que notre Toyota à nous était en fait Michelin).

L'abandon des territoires périurbains est une légende

jeudi 11 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Jacques Lévy interviewé dans La Gazette des Communes :

L’abandon des territoires périurbains est une légende. Une antienne des sénateurs et des élus des zones à faible densité qui bénéficient plutôt du système, mais trouvent que ce n’est jamais assez. Contrairement à ce que dit Christophe Guilluy, ce sont les contribuables des grandes villes qui paient pour les autres.

Un écho franco-français aux travaux de Strong Towns et d'Urban 3 qui montrent à quel point les banlieues périurbaines sont effectivement subventionnés par les centres urbains (riches et pauvres) via la puissance publique. A commencer par le réseau routier, absolument vital (ou pas) pour son mode de vie.

Filling a gap: the clandestine gang fixing Rome illegally

mercredi 10 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Giorgio Ghiglione dans The Guardian :

The seven clandestine pavement-fixers are part of a network of about 20 activists quietly doing the work that the city authorities have failed to do. Gap stands for Gruppi Artigiani Pronto Intervento, (“groups of artisan emergency services”) but is also a tribute to the partisans of Gruppi di Azione Patriottica, who fought the fascists during the second world war.

Une intervention de guérilla urbaine - cette fois-ci à Rome - dans la lignée du groupe Untergunther qui répare clandestinement le patrimoine parisien, du Guerrilla Groundsman qui officie autour de Cambridge ou encore de Liam Wildish qui nettoie les panneaux de signalisation de Retford (près de Nottingham) sur son temps libre. De belles illustrations de la défense des communs.

How I Eat For Free in NYC Using Python, Automation, Artificial Intelligence, and Instagram

mardi 9 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Chris Buetti sur Medium :

I’m going to explain to you how I’m receiving these free meals from some of the best eateries in New York City. I’ll admit — it’s rather technical and not everyone can reproduce my methodology. You’ll either need a background in Data Science/Software Development or a lot of free time on your hands. Since I have the prior, I sit back and let my code do the work for me. Oh, and you guessed it, you’ll need to know how to use Instagram as well.

Un hack dans toute sa splendeur...

“Birmingham isn’t a big city at peak times”: How poor public transport explains the UK’s productivity puzzle

lundi 8 avril 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Tom Forth dans CityMetric :

Our hypothesis is that, by relying on buses that get caught in congestion at peak times for public transport, Birmingham sacrifices significant size and thus agglomeration benefits to cities like Lyon, which rely on trams and metros. This is based on our calculations that a whole-city tramway system for Birmingham would deliver an effective size roughly equal to the OECD-defined population.

On peut probablement estimer que l'article confond causalité et corrélation ou même qu'il inverse cause et effet, n'empêche qu'il pose des questions qui fâchent aussi à Lille où on attend toujours une nouvelle ligne de métro ou de tramway... Peut-être y aurait-il un moyen de rattraper Toulouse ?

Bon vent, Monsieur Pierre Lazuly

mardi 26 mars 2019 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

J'apprends à l'instant la mort de Pierre Lazuly, Monsieur Pierre Lazuly. Je dis bien « Monsieur » parce que sa plume, à travers les Chroniques du Menteur et quelques articles au Monde Diplomatique, avait le don de toucher l'essence de notre réseau internet. Pierre angulaire du web indépendant de la grande époque (au tournant des années 2000) il l'aura marqué de son empreinte : SPIP, le manifeste du web indépendant, Rezo.net, Chronic'Art et tant d'autres blogueurs.

Si nous avions échangés quelques emails entre 1998 et 2003, c'est l'invitation que je n'ai jamais pu honorer (sa Bretagne n'était pas si loin de mes grands-parents à l'époque) qui reste coincé quelque part au milieu de la gorge. Il y a des voyages sans retour. Bon vent, l'ami. Tes chroniques nous restent encore un peu.

Audierne : un port en façade

samedi 23 mars 2019 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

En déambulant dans le port d'Audierne, je distingue bien les activités butinantes des passants et des riverains. Le long du quai alternent boulangeries, restaurants, boutiques déco, bar-tabac-presse et poissonnerie jusqu'à la mairie. L'office du tourisme et les halles complètent le paysage. Tout comme le grand marché du samedi matin.

Seule tache sur le tableau, un ancien Gitem attend son repreneur : probablement trop grand pour le démarrage d'un indépendant, certainement trop petit pour attirer un concurrent au Leclerc et au Lidl quelques centaines de mètres plus loin. Il attend sûrement que les années passent et qu'un repreneur ait enfin la sensation de faire une bonne affaire en divisant la surface commerciale pour y placer plusieurs échoppes ou services. Je ne suis pas certain qu'une crèche puisse y trouver son compte : les naissances qu'on fête dans le coin viennent plutôt de l'Aquashow et la crèche itinérante peine à continuer vaille qui vaille.

Derrière ce rideau alléchant, les boutiques ont déjà fermées : dès que l'océan se retrouve caché par une bâtisse, l'activité économique disparaît. Et comme les résidences secondaires veulent aussi leur panorama imprenable, la petit ville continue de s'éteindre et de se diluer. Et de se plaindre qu'on n'avance plus, qu'on n'arrive plus à se garer, etc.

Restent aux urbains l'opportunité de reprendre la capitainerie pour en faire un espace de co-working & surf et de transformer de vieux hangars en magasin bio (avec ses 60 places de parking).

Les résidents permanents préfèreront sans doute investir dans un lotissement gagné sur des terres agricoles : les médecins y sont déjà, la pharmacie s'implante bientôt. Les concessionnaires automobiles sont à deux pas. Et les vélos, tout juste tolérés, tant qu'ils n'empiètent pas sur l'entrée du lotissement en question. La voie verte, c'est pour les touristes : elle passe le long de l'océan, pas sur les hauteurs.

Saint Malo : une modernité en cours de ré-invention

mardi 12 mars 2019 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Si la ville de Surcouf ou de Cartier a été à la pointe de la technologie, c’était il y a bien longtemps, quand l’argent du Pérou arrivait par l’intermédiaire de Cadix. Reste désormais une vieille ville de pierre qui fait la joie des touristes : dans ce dédale tracé au XVIIIe siècle, rares sont les bâtiments contemporains. A peine une extension deci delà. La reconstruction a bien eu lieu « à l’identique » après les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

Le XXIe siècle s’installe tout de même avec son cortège de restaurants et de petits producteurs (bio, locaux, végétariens, sans gluten, etc.).

Pour les autres commerçants, c'est beaucoup plus mitigé. S'il y a bien trois magasins de jeux pour enfants en plus des enseignes classiques de la mode, les coiffeurs partent les uns après les autres laissant une place au barber shop. Et pour l'informatique, des nuages aussi sont arrivés. Le livre tient un peu plus longtemps. Reste à savoir comment le Village des Marques qui semble pointer le bout de son nez pourrait rebattre l'équilibre précaire entre touristes et locaux.

L’ « Intra-Muros » a vu les services publics le quitter : de la Banque de France ne survit que les plaques derrière une grille et la grande Poste a été transformé en appartements. Pour les colis, c’est le tabac qui a pris le relais. Tandis que le nouveau poste de police s’est installé en face d’un supermarché et de ses parkings, les habitants se plaignent de voir migrer les commerces de proximité vers la gare TGV et son pont vers Paris. C’est bien sûr là-bas que s’est installé Digital Saint Malo.

Et si les voitures n’ont pas encore été exclu formellement de la ville (on les préfère quand même en dehors de l'hyper-centre, sauf pour payer des contraventions), les piétons sont rois et les cyclistes invités à laisser leurs montures à l’extérieur des remparts. D’ailleurs les rares vélos cargos ressemblent plus à des totems publicitaires qu’à des moyens de déplacement.

Les aspirations de nos contemporains (plus de santé, plus de vert, moins de pesticides, moins de béton) transparaissent aussi bien au bord de la piscine de mer - vive le bain du 24 tous les jours de décembre - qu'au gré des fenêtres.

Le port s’est construit une niche : loin des méga-porte-conteneurs, ici débarquent du bois de Finlande ou de Russie, du minerai et du phosphate en vrac. On ne pourra pas faire plus de toute manière : les quais sont encastrés entre l’ « Intra-Muros » et les quartiers plus récents. Par contre il faudra peut-être dans pas si longtemps faire autre chose : ce fameux phosphate, si utile pour l'agriculture intensive, commence à faire parler de lui.

Reste à voir si la météo de long terme ne mettra pas tout le monde d’accord : les quelques centimètres de mer à venir laisseront bientôt leurs traces. Pour l'instant on prend des mesures, sur du matériel américain.

Huit bouquins lus, la vingt-troisième vague

mercredi 27 février 2019 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. The secret behind the success of Toyota par Takao Sakai
    Un best-seller japonais mal traduit pour aller un peu plus loin dans ma compréhension du Lean : c’était une belle perspective pour passer les vacances de Noël. Si le livre commence par la phrase bien connu du TPS (Toyota Production System), making only what is needed, when it is needed, and in the amount needed, c’est que le Lean Manufacturing a été la porte d’entrée pour les premières générations d’industriels qui se sont penchés sur les succès de Toyota depuis les années 1970. Mais derrière ces processus le plus souvent en usine, il y a ce what : cette chose qui se vend et qui se décide très largement en amont, dès la conception. Takao Sakai propose d’explorer ces chemins moins explorés : le TPD (Toyota Product Development) ou Lean Product Development. Et à son coeur, il y a ce fameux Chief Engineer ou Shusa. Il a la charge de concevoir l’ensemble du produit, depuis la note d’intention jusqu’à la chaîne de montage. Et sur ce long chemin, les équipes autour de lui changeront : d’abord la direction générale, le marketing ou les équipes commerciales, des « talents » capables d’effectuer analyses et synthèses, puis ce sera le tour des équipes de conception des différents départements (chez Toyota, motorisation, châssis, carrosserie, etc.) avant qu’interviennent les équipes spécialisées de ces même départements, puis les équipes de prototypage et de tests, avant qu’il ne se déplace à l’usine pour l’industrialisation (avec peut-être de nouvelles machines) et que l’y rejoignent de nouveau des vendeurs et communicants. Car les documents de conception ne sont pas juste transmis d’un département à l’autre, le Shusa les accompagne tout au long du développement de « son produit » : il a la main sur chaque décision. En outre si le lieu où il travaille est désormais mieux identifié (i.e. le fameux Obeya), la question demeure ouverte sur comment il advient. Takao Sakai donne quelques indices : de formation technique, le Chief Engineer doit être capable de déployer des connaissances et des accointances en économie, en design et en culture générale (du marketing au droit). Et en creux dans le texte, il transparaît qu’il bénéficie aussi d’une forme de cooptation. livres.onpk.net
  2. Hors des décombres du monde de Yannick Rumpala
    Abonné de longue date au blog de Yannick Rumpala, j’ai suivi de loin l’écriture de son dernier livre, avec la ferme intention de le lire dès sa parution. Il m’avait en effet ouvert à des modèles intéressants pour penser la politique au XXIe siècle et il m’avait aussi guidé vers des champs entiers d’une littérature stimulante (à commencer par le solar punk). Malheureusement ce livre est le fruit d’un travail caricaturalement universitaire : montrer qu’on a lu un maximum de références, présenter une thèse, motiver la thèse, expliquer la thèse et conclure en rappelant la thèse. Puis recommencer la boucle à chaque chapitre. Dommage. Heureusement qu’il reste des livres de SF à découvrir ou à relire, puisque c’est bien elle - la SF - qui invente des mondes possibles. livres.onpk.net
  3. Défions l’augure de Hélène Cixous
    Naviguer entre les lieux, les temps et les affects : le privilège de l’écrivain est immense. Entre New York et Osnabrück, Hélène Cixous nous emmène dans odyssée familiale au long cours, pleine de raccourcis et de poésie. livres.onpk.net
  4. Remote: Office Not Required de David Heinemeier Hansson et Jason Fried
    En février 2018, lors du Lean Tour à Lille, tous les membres présents de l’équipe No Parking avaient participé à une session improvisée sur le travail à distance. Quelques mois plus tard, c’est un ancien stagiaire qui fait le choix « radical » de préférer un poste en full-remote pour son premier poste. Et enfin en septembre de la même année, Matthieu - en déménageant en Flandres belge - inaugure le télé-travail quotidien chez No Parking. Il était temps que je me fasse une culture sur le domaine. Et même si mes contributions à SimpleTest il y a quelques années avait permis de dégager le terrain, les cours chapitres écrits en grand et largement illustrés de DHH et Jason Fried permettent de re-baliser les pratiques. Et de déceler des outils & techniques Lean par endroits. livres.onpk.net
  5. The Value of Everything de Mariana Mazzucato
    Si le PIB est l’alpha et l’oméga de nos politiques publiques, il n’en reste pas moins une création humaine. Il a donc une histoire : c’est celle-ci que Mariana Mazzucato explore et questionne dans son livre. Au delà des approximations des XVIIIe et XIXe (de François Quesnay à Simon Kuznets en passant par Adam Smith ou Karl Marx), c’est l’évolution après la Seconde Guerre Mondiale qui saute aux yeux : la difficulté qu’il y a à calculer l’impact des dépenses de l’Etat fait qu’on préfère en oublier les bénéfices pour l’ensemble de la société et - plus significatif encore - la bascule inverse opérée par le secteur financier quand il intègre le calcul du PIB au tournant des années 1990. D’un secteur qui capture de la valeur en se positionnant comme intermédiaire entre des prêteurs et des emprunteurs, il devient capable d’en « créer » même en faisant de la vente à découvert. Pour contrer cette extraction de valeur via la financiarisation de l’économie, la professeure de UCL invite les Etats à repenser la « valeur publique ». Vaste chantier. livres.onpk.net
  6. L’Arbre-Monde de Richard Powers
    Une dizaine de personnages se relaient dans cette éco-fiction afin de prendre soin des arbres, de les défendre désespérément ou de les étudier humblement. Au passage Richard Powers nous entraîne dans la vie : celle qui craque sous les pas dans une forêt ou celle qu’on oublie sous le poids du système capitaliste. Car les véritables héros, séquoias, ifs, hêtres, châtaigniers, ginkgos, noyers blancs, tilleuls et autres érables ou dragonniers, ont la patience nécessaire pour contempler de notre agitation. Ils ont déjà traversés plus de 350 millions d’années, bien loin de nos maigres 2,5 millions. Alors bien sûr cette fresque est un vibrant appel pour notre espèce humaine, à notre humanité : « quel est le meilleur moment pour planter un arbre ? Vingt ans plus tôt. Et à défaut ? Aujourd’hui. » Le futur s’écrit bel et bien en fiction. livres.onpk.net
  7. Voir le voir de John Berger
    Admirer des œuvres archi-connus et se laisser surprendre par le regard d’un autre. Cet autre s’appelle John Berger, écrivain, poète et critique anglais. Il nous invite à penser avec ses mots ce que la reproduction de masse fait aux tableaux, ce que la critique nous impose, ce que la publicité utilise de l’histoire de l’art, ce que les mécènes - puissants ou riches - façonnent à travers les traces qu’ils commandent aux artistes (et que seuls les meilleurs d’entre eux arrivent à sublimer). Et ses rapprochements d’images, de tableaux et de publicités, parviennent eux aussi, souvent encore plus directement que les mots, à nous faire voir ce voir. Un livre hybride et détonnant qui tire sa source dans une série télévisuelle de la BBC. livres.onpk.net
  8. Designing the Future de James M. Morgan et Jeffrey K. Liker
    Une très grosse entreprise - Ford en l’occurence - qui passe tout près du dépôt de bilan en 2008 mais qui, grâce à son PDG - Allan R. Mulally - retrouve le chemin de la croissance quelques années plus tard. Wikipedia retient de cette histoire les ventes (de Jaguar, de Land Rover, d’Aston-Martin et de Volvo), les baisses de salaire (de 76$ à 55$ de l’heure pour les ouvriers), la proximité entre le siège sociale de l’entreprise et le domicile de son dirigeant (moins de 5km) et bien sûr sa rémunération (178 millions de dollars sur 6 années). De la même histoire, Designing the Future tente de tirer des leçons Lean : car si la stratégie de Allan Mulally avait des aspects très financiers, elle était aussi centrée autour du leitmotiv « One Ford » et sur le choix audacieux de produire de nouveaux véhicules. Et si les exemples sont nombreux et divers (y compris en dehors de l’automobile), les directions ne sont plus inexplorées : un Chief Engineer, une organisation apprenante, une conception « set-based », une articulation fine entre standards et kaizen, une Obeya, un contexte tendue vers un objectif commun et partagé. Cela a marché pour Ford sur son marché nord-américain, cela a aussi fonctionné pour une société qui exploite des hydrocarbures au fin fond des océans (à 3km en dessous du niveau de la mer) sans qu’une intervention humaine ne soit possible en cas de gros pépins. On évitera donc soigneusement les questions fâcheuses de l'impact écologique pourtant si centrales chez Toyota. Plus gênant pour un livre de théorie managériale, le pourquoi ça marche ? est lui aussi passé sous le boisseau des retours d'expérience (mais peut-être aurait-il fallu commencer par The Toyota Way d'un des auteurs). En attendant je reste sur un goût de superficialité avancée. livres.onpk.net

Le Guilvinec, au rythme de la pêche

mercredi 9 janvier 2019 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

En face de la commune de Treffiagat et de son quartier portuaire Lechiagat se situe Le Guilvinec fait office d’exception dans le paysage local : la ville vit encore à un rythme industriel, celui de la pêche. Ainsi quand Furic Marée, Pêcheries de Cornouaille et la Maison Stéphan-Le Cleac’h décident de fusionner, c’est relayé sur leur page Facebook.

Le ballet de la pêche est même devenu l’attraction touristique majeure du coin : l’arrivée des bateaux (poissons frais et langoustines en particulier) attire plusieurs centaines de personnes chaque jour en saison tandis qu’Haliotika permet la visite d’expositions et de la criée ou de ses coulisses.

Si cette activité génère encore de l’emploi, les difficultés transparaissent vite, surtout si on se rapproche des devantures ou si on tente de percer le regard à travers le dos des hangars.

Un peu plus loin, le cimetière marin fournit même de très beaux rappels « memento mori ».

Sur la terre ferme, par contre nul doute que la voiture continue d’étendre sa main-mise. La rue principale du petit centre historique atteint avec impatience que le marché lui redonne de la vie. Et charge à une exposition de photos de fournir la continuité visuelle autrefois garantie par des magasins achalandés.

Sur le rond-point à l’entrée de la ville, un boulanger s’est construit un parking qui n’est jamais plein : j’y aurai passé une heure pleine à bouquiner sans jamais voir plus de deux places occupées en même temps. Juste à côté, un parking spécialisé pour les camping-cars et un autre qui se languit lui aussi du marché hebdomadaire et d’un regain d’activité. Il paraît que la bagnole a encore de beaux jours devant elle, il paraît.

De la diversité des aménagements cyclistes à Londres

dimanche 16 décembre 2018 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

En trois en jours à Londres début décembre 2018 (et plus de 6h de marche active) j’ai eu le temps d’arpenter des coins que je connaissais bien moins que l’axe Camberwell / Lambeth / Victoria / South Kensington de mes années de lycée puis d’université. Entre King’s cross, Holborn, Blackfriars et Shoreditch, l’atmosphère a été largement transformée.

Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est la déprise des voitures et l’importance grandissante des vélos avec deux marqueurs très forts : le péage urbain d’une part et les autoroutes cyclistes de l’autre.

Moins remarquables mais peut-être tout autant efficaces, les poteaux qui coupent régulièrement les rues aux voitures dans le centre où les voitures ont déjà payé £11.50 le droit de s’aventurer.

D’ailleurs on trouve de nombreux marqueurs de ce succès dans les écriteaux éparpillés de ça de là et qui dictent aux cyclistes les nouveaux usages à respecter, de l’injonction à mettre pied à terre à celle de ralentir, de l’interdiction d’accrocher son vélo à celle de traverser tel ou tel parc.

Sans compter les aménagements effectués par les usagers directs ou indirects : des vélos sont stockés dans les coursives des anciens « councils estates », sont laissés à l’abandon au bord d’un square, sont privilégiés sur la voirie, sont exhibés dans les bureaux, sont garés sur les anciens jardinets, sont déviés vers d’autres parkings plus loin, etc.

Et visiblement ce n’est pas fini…

PS : avez-vous vu le nombre de voitures garées sur ces photos ?