The Real Class War

jeudi 28 novembre 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

De temps en temps, je découvre un article qui semble capturer l'essence de mes lectures récentes. The Real Class War de Julius Krein fait parti de ceux-là. Entre une reprise indirecte et grinçante des analyses de Louis Chauvel dans La spirale du déclassement et une touche ironique et désabusée piochée dans la newsletter de Matt Stoller, l'éditorialiste conservateur américain dépeint une Amérique coupée en deux entre les 10% et les 1% (les autres étant déjà marginalisés politiquement). Les prochaines présidentielles y seront fascinantes à regarder.

Ultimately, the question that will determine the future of American politics is whether the rest of the elite will consent to their contin­ued proletarianization only to further enrich this pathetic oli­garchy. If they do, future historians of American collapse will find something truly exceptional: capitalism without competence and feu­dalism with­out nobility.

Public Service Broadcasting régale en musique mes oreilles de nerd un temps londonien

dimanche 27 octobre 2019 :: perrick :: Connexe(s) :: un commentaire :: aucun trackback

Le costume-cravate n'est plus l'apanage des financiers de la City londonienne. Il orne aussi les pochettes d'album et les scènes de festival rock, à commencer par ceux de Public Service Broadcasting. Je les ai découvert cette semaine : un mélange de rock (guitare, basse, batterie), de samples (tirés de l'histoire industrieuse et industrielle du Royaume-Uni) et de cet humour pincé si anglais. Un régal pour tous les nerds... depuis 2013.

Sans oublier le passage aux BBC Proms pour fêter les 50 ans du premier atterrissage sur la Lune.

China’s New Cybersecurity Program: NO Place to Hide

lundi 14 octobre 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Au moins c'est clair : on ne parle plus de porte dérobée (à l'anglaise par exemple), mais de porte ouverte (à la chinoise donc).

This means intra-company VPN systems will no longer be authorized in China by anyone, including foreign companies. This in turn means all company email and data transfer will be required to use Chinese operated communication systems that are fully open to the China’s Cybersecurity Bureau. All data servers that make any use of Chinese based communications networks will also be required to be open to the Cybersecurity Bureau’s surveillance and monitoring system.

En jargon techno-chinois, cela s'appelle un Cybersecurity Protection Scheme. Au passage la campagne de la Quadrature du Net contre la techno-police prend toute sa valeur : ce sera l'occasion de découvrir jusqu'où nos élus souhaitent ajouter au modèle chinois des caractéristiques occidentales.

De l’anglais politique en contexte numérique

mercredi 9 octobre 2019 :: perrick :: Connexe(s) :: un commentaire :: aucun trackback

Avoir vécu à Londres pendant presque 10 ans et lire en anglais tous les jours (aussi bien des livres que des blogs et des sites d’actualités) ne me sont pas suffisants pour suivre les nouvelles outre-Manche et outre-Atlantique. Le contexte y est tellement particulier, électrique et inhabituel que je n’arrive plus à suivre les saillies des principaux protagonistes sans devoir me référer périodiquement à un dictionnaire de bonne taille. Des mots plutôt rares reviennent à la surface et accrochent les gros titres.

Dans la pêche récente, il y a le humbug (fumisterie) de Boris Johnson à propos du jugement de la cour suprême britannique, celui qui lui impose la reprise des sessions parlementaires. Plus tôt il y avait eu le flails (s’agiter dans tous les sens) d’un Donald Trump confronté à une carte météorologique. Et le ping-pong continue entre les bedlam (chahut) et autres trantrum (crise de colère) du président américain et les uncooperative crusties  (bourrus refusant de coopérer) ou fish puns (calembours à base de poisson) du premier ministre anglais. Visiblement cette exubérance stylistique fait partie d’un art consommé de la langue de Shakespeare. Mais comme mot de la fin, je vous laisse avec le toerag d’un sujet de sa Majesté

Huit bouquins lus, la vingt-cinquième vague

lundi 30 septembre 2019 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. La France des territoires, défis et promesses par Pierre Veltz
    J’avais découvert l’auteur lors de sa campagne de promotion de son précédent ouvrage La société hyper-industrielle. Et je m’étais mis en tête de lire les suivants : loin d’appuyer sur les fractures de l’archipel français ou sur ses périphéries déchirées, il invite au changement de focal et à la complémentarité. Ainsi vue de Chine, la France avec ses 60 millions d’habitants se situerait quelque part entre l’agglomération de Shanghai (70 millions) et celle de Canton (50 millions avec les autres villes de la mégalopole du delta de la rivière des Perles) et bénéficie d’un réseau de transport en commun fiable qu’on appelle aussi le TGV. Quant à sa complémentarité elle peut s’exprimer par des écarts que la métropolisation n’exprime pas : Vitré ou Figeac ont vu des croissances d’emploi plus importants que Lille ou Nice (en pourcentage) alors que les électeurs du FN sont surtout présents dans les grandes villes (en valeur absolue). Reste à faire émerger le « produit-système » que la convergence locale et écologie implique et les nouveaux territoires qui peuvent les porter. livres.onpk.net
  2. Workplace Management par Taiichi Ohno
    Explorer le Lean par ses racines, un autre biais pour continuer mon exploration. A travers cette collection de mini-chapitres (38 au total), c’est toute la pensée managériale qui transparait : elle commence par démonter le fameux « bon sens », celui qui nous fait croire que le Lean ne serait que son application, quand bien même tous ceux qui le pratiquent évoquent ce changement radical qu’il faut faire sur soi-même. Le Gemba l’impose : il ne se plie que rarement à nos désirs, il n’est jamais acquis et présente toujours de nouvelles frictions. Un contexte transparaît aussi de l’ouvrage : le marché automobile japonais est saturé, il faut désormais apprendre à faire du profit sans passer par la case de la croissance facile d’un marché en expansion. Ne plus produire les voitures qu’on ne vendra pas, augmenter drastiquement la productivité et continuer à apprendre (même quand c’est une usine du Brésil qui maîtrise le mieux les contraintes d’une grande variabilité des pièces sur un petit volume). On en est loin dans le monde du numérique actuel où l’on se bat aussi (surtout ?) sur le montant des levées de fond et avec le super-argent. Toutes ces leçons peuvent encore attendre dans les livres qu’une nouvelle génération les explore. livres.onpk.net
  3. Plateform Scale par Sangeet Paul Choudary
    Dans le cadre du projet CMIS (Crédit Mutuel Inter-professionnel Systémique, ou chambre de compensation B2B sur la métropole de Lille), je m’attelle pour la première fois à un business-model de type « plateforme à deux faces ». Et comme c’est devenu un classique il y a bien longtemps (de CraigList à Uber, du Bon Coin à Blablacar), j’ai pioché un peu au hasard ce livre dans la littérature disponible sur le sujet. J’y ai découvert ce que je cherchais, c’est-à-dire un cadre théorique pour aller un peu plus vite et débroussailler un chemin possible pour aller au delà de la recherche simpliste de l’effet réseau (quand bien même il est évidemment le premier à creuser) mais surtout pour casser le dilemme de la poule et de l’oeuf. Reste à transformer l’acceptation du projet dans l’incubateur Fintech d’Euratechnologies en réussite pour l’écosystème économique local. Mais ça, c’est une autre histoire… livres.onpk.net
  4. Les furtifs par Alain Damasio
    Lire le dernier Damasio, c’est d’abord retrouver le travail de la langue et du verbe. Et de la typographie cette fois. Comme dans son formidable La horde du Contre-vent, chaque personnage s’exprime (et donc se lit) à travers une forme qui lui est propre, fruit de son histoire et de son tempérament. L’intrigue quant à elle nous plonge dans une France des années 2040 qui, sous le joug de multi-nationales toutes puissantes ou presque, laisse un escadron d’élites traquer des « furtifs », une espèce vivante, de chair et de sons, qui semblent se jouter des sens et de la technologie des humains. Comme toute bonne science-fiction, elle parle d’abord de notre présent (et l’auteur ne s’en cache pas du tout, au contraire). Et parfois le présent finit par rattraper l’anticipation : la disparition de Steve à Nantes prenant de cours la hantise du décès chez les forces de l’ordre sous le commandement du Ministre Gorner. Reste, encore et toujours, à « aller fracturer la croûte terrestre, là où c’est un peu fragile, un peu ouvert, et tirer avec nos bras dans la fissure pour faire sortir du magma en douce… »  livres.onpk.net
  5. The Entrepreneurial State: Debunking Public vs. Private Sector Myths par Mariana Mazzucato
    Quelle erreur d’avoir commencé l’oeuvre de Mariana Mazzucato par The Value of Everything. Celui-ci est autrement plus accessible et stimulant. En explorant en détail l’impact déterminant des financements publics sur toutes les technologies de l’iPhone, elle démonte la vulgate qui voudrait 1) que l’État soit un frein à l’innovation et 2) qu’il ne soit même pas capable d’accompagner des sociétés vers le succès. Au passage elle propose enfin des pistes pour socialiser les bénéfices - parfois astronomiques - des sociétés privées sous la forme de royalties ou celle de prêts & garanties liés au résultat (pas si éloignés des « success fees » des juristes). Pas certain que ce soit suffisant dans l’état actuel du capital-risque mais c’est toujours bon à avoir sous le coude au moment où Euratechnologies annonce son propre fond. livres.onpk.net
  6.  Antifragile par Nassim Nicholas Taleb
    Derrière un mot - antifragile donc - Nassim Nicholas Taleb propose une véritable philosophie de la vie : éviter le confort lisse d’une vie sous contrôle et chercher la volatilité qui permet à cette vie de croître et de se régénérer. Véritable franc-tireur (il se permet de critiquer ad-hominem certains économistes en vue et d’autres universitaires bon teint), il distille son érudition protéiforme à travers plus de 400 pages très vivantes entre anecdotes personnelles, aphorismes antiques et lectures savantes. Et ce sont l’économie, la médecine, l’architecture ou la technologie qui passent à la moulinette de son détecteur à bullsh*** avec Thalès de Millet comme totem (ça nous change du récurrent Platon v. Aristote). Et des options, toujours des options, pour tirer le maximum de profit de ce que la vie peut nous apporter. livres.onpk.net
  7. Chronic City par Jonathan Lethem
    Les éditions de l’Olivier sont une des très rares maisons d’édition qui a toute ma confiance : je peux prendre un de leurs livres sans même lire la quatrième de couverture. Le volume de Jonathan Lethem, je l’ai débusqué dans une ancienne cabine téléphonique de Lechiagat devenue boîte à livres. On y suit une vieille vedette de cinéma : enfant-star, Chase Insteadman vit désormais de ses rentes entre paillettes people et désoeuvrement personnel, au coeur de la faune new-yorkaise. Quand il croise Perkus Tooth, un critique rock aux affiches underground placardées il y a bien longtemps, sa vie dérive peu à peu. Et le livre nous entraîne un peu plus loin que la réalité, tellement doucement qu’un univers étrange s’est déjà bien installé quand la neige continue de tomber drue au mois de mars. Un régal pour replonger dans l’atmosphère de Manhattan que j’avais senti en juin pour la première fois. livres.onpk.net
  8. Je suis breton mais je me soigne par Yann Lukas
    Avec une famille maternelle qui répond au nom de Boulic, il est bien difficile de cacher une part bretonne; d’autant plus qu’il n’aura échappé à personne que mon prénom est de la même origine. De tous mes étés dans le Finistère nord, il reste bien sûr le parfum iodé du vent, les crevettes dans l’épuisette et les grains de sable dans le maillot de bain. Un slogan aussi, longtemps collé sur les voitures du quartier de mes grands-parents, « Pas de Bretagne sans Loire-Atlantique ». Une poignée de recettes (Kig ha Farz) et quelques mots (Ma Doué ou Kenavo). Et pour la langue des mes aïeux, elle ne se maintiendra dans la famille que si le cousin (parmi les 11 petits-enfants) qui la parle encore, fruit de sa complicité avec mon grand-père, la transmet à ses enfants. Il faut dire que je ne me sens pas breton : si j’ai goûté à mon premier Kouign-amann, ce fut à 16 ans grâce à des parisiens; si j’ai chanté l’Angélus breton lors de mon mariage, ce fut en français et en latin; si j’ai dansé mes premiers « Andro » et « Hanter dro » dès 12 ans au Cercle des Bretons du Nord, à 42 ans je n’ai pas encore participé à un fest-noz en Bretagne. Je suis un breton folklorique. Et pourtant si cette âme n’est pas la mienne, bravo à eux pour le label Produit en Bretagne et pour leur terre si douce en été, quand la finance mondialisée sera sur le point d’achever le climat, ils auront peut-être entre leurs mains une terre hospitalière, même au coeur du mois de juillet. livres.onpk.net

Habiter les interstices

vendredi 30 août 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

De l'importance du rêve et de l'imaginaire dans la construction d'un futur souhaitable... Une illustration avec un échange entre Frédérique Triballeau et Luc Schuiten sur le blog de Dixit.net :

Frédérique Triballeau. Une petite question technique. J'ai pu voir que vous parliez de biobéton fabriqué par les coquillages et de bioverre par les insectes. Mais qu'est-ce que c'est ? Je ne connais pas du tout.
Luc Schuiten. Mais moi non plus ! Cela fait partie d'une réflexion biomimétique. Le coquillage est un biobéton magnifique : il prend le sable qu’il lui faut autour de lui, en absorbant du CO2 plutôt que d’en produire. Le coquillage est un exemple remarquable et si lui le fait, alors pourquoi pas nous ? Il crée du béton sans haute température, sans haute pression, sans usine, simplement avec son organisme. Nous aussi avons appris des technologies incroyables, mais elles sont toujours liées à l’industrie, voire à l’industrie de la guerre. Nous ne sommes pas suffisamment allés chercher du côté des voies douces, biologiques et biomimétiques. Il y a maintenant des laboratoires qui y travaillent, car on sait que cela pourrait permettre de découvrir de vraies solutions pour la planète. Mais cela n’avance pas très vite, car les capitaux n'affluent pas autant que si le projet était de faire une super bombe atomique.

50 ans après Armstrong, 15 auteurs de SF imaginent l'avenir de l'humanité dans l'espace en 2069

mercredi 24 juillet 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Quand un de mes auteurs contemporains favoris - Alain Damasio - met les pieds dans le plat :

Je pense qu’il ne se passera rien d’ici 50 ans. Je pense qu’on s’est totalement gouré là dessus. C’est comme la robotique et le cycle des robots d’Asimov, c’est une catastrophe totale. Je pense que sur la conquête spatiale, on n’a rien fait depuis 1969. On envoie des sondes et des petits rovers sur Mars, mais honnêtement c’est purement dérisoire, ça n’a aucun intérêt, c’est pour ramasser des morceaux de cailloux.

Huit bouquins lus, la vingt-quatrième vague

mardi 16 juillet 2019 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Thinking fast and slow par Daniel Kahneman
    Il y a des livres qui ont tellement marqués leur époque qu'ils sont passé dans la vulgate quotidienne : c'est le cas du Thinking fast and slow. Ses systèmes 1 et 2, le premier instinctif et émotionnel, le second plus lent, plus logique et réfléchi, sont devenus monnaie courante. Et ce succès - avec le cortège de prix qu'il a reçu - le précède désormais : les thèses ont été acceptées et digérées, le livre a perdu au passage sa puissance et la collection de biais s'est transformé en un catalogue tantôt amusant, tantôt tragique. livres.onpk.net
  2. Nous n'avons jamais été modernes de Bruno Latour
    Penser les hybrides, voici la grande tâche à laquelle Bruno Latour s'attèle dans ce court (et hardu) essai. Sur la route des vacances, ces hybrides sont partout : les fameux climats de Bourgogne, parcelles viticoles fruit du travail des hommes et de la nature sur plus de 2000 ans; un peu avant sur l'autoroute, un champ d'éoliennes encastré au milieu du colza ou du blé; ailleurs une coupe rase au cœur d'une forêt, l'invasion d'une voiture par des abeille ou encore des fleurs sauvages au beau milieu d'un terrain de foot. Qui est encore « naturel », « artificiel » ? Une histoire de réseaux explorés par des tiers-instruits (encore des concepts à explorer). livres.onpk.net
  3. Les Lames du Cardinal par Pierre Pevel
    Hasard d’un cadeau, je me suis plongé dans l’univers fantastique du Paris au temps des dragons, dracs et autres vyvernes. Un temps où Richelieu règne en maître et confie à ses Lames les missions les plus délicates et secrètes. De quoi me tenir en haleine de longues heures consécutives. Et si j’en crois le succès internationale de la trilogie, j’ai encore quelques autres passionnantes devant moi. livres.onpk.net
  4. Better Work Together par En Spiral
    Je connaissais Loomio, j’ai découvert En Spiral. Le premier est un logiciel de prise de décision collaborative, le second est un collectif de programmeurs, d’activistes, de facilitateurs, de catalystes et d’entrepreneurs. Ce livre est une restitution polyphonique de l’expérience accumulée sur dix années à Wellington (en Nouvelle-Zélande donc) et ailleurs entre mutations juridiques, open spaces, retraites au coin du feu et communautés professionnelles. Une bouffée d’air frais à croiser avec les quelques coopératives numériques que je connais (/ut7, Scopyleft, les Tilleuls ou Hygéos). J’y ai glané au passage le concept de « followship » : l’art d’offrir un soutien visible et actif à un porteur de projet (par exemple en annonçant publiquement et rapidement sa participation à un événement émergeant pour une première fois). Et surtout leur volonté de permettre à plus de gens de travailler sur des trucs importants. livres.onpk.net
  5. Les Lames du Cardinal - L’Intégral par Pierre Pevel
    J’ai cru quelques jours que j’allais pouvoir distiller le plaisir de la suite au premier tome en intercalant d’autres ouvrages, plus académiques et moins fantastiques. Peine perdue : j’ai dévoré le reste encore plus rapidement. Tous les personnages sont en place, l’histoire peut se livrer à bride abattue. Et Notre-Dame de Paris qui se retrouve au cœur d’une actualité terrible au moment même où elle était attaquée par l’Archéen et l’Hérésiaque. Impossible d’avoir autre chose en tête pendant quelques temps… livres.onpk.net
  6. De la programmation considérée comme un des beaux-arts par Pierre Lévy
    Être observé par un ethnologue : tel est le rôle du programmeur dans ce petit livre du début des années 1990. Il devient alors un urbaniste de symboles et quitte ses oripeaux de simple technicien. Visiblement le vœu de Pierre Lévy et de quelques autres n’aura pas été exaucé. Ainsi si Paul Graham a repris et popularisé la métaphore dans Hackers & Painters, son statut d’investisseur à succès via sa première start-up (Viaweb) puis son incubateur (Y Combinator) l’a largement éloigné de la cherche du geste si caractéristique de l’artiste. Et pour un John Maeda, combien de cohortes de développeurs transformés en machine à produire du clic. Mais les descriptions sur les ressorts profonds de l’écriture informatique ou de l’intelligence artificielle restent d’une saisissante contemporanéité. « Parce qu’elle propose des machines signifiantes inédites, l’informatique dote les groupes humains de pouvoirs expressifs qu’ils n’ont pas fini d’explorer », à commencer par les trolleurs les plus en vue. Ou plus loin une anticipation des travaux d’Antonio Casili : « pour chacun des milliers de titre dont disposait la radio, un opérateur humain devrait déterminer la fin ou le début exact de chaque morceau, puis assigner cette fin ou ce début à l’une des seize catégories d’extrémité ». livres.onpk.net
  7. The Lean Senseï par Michael Ballé, Nicolas Chartier, Pascale Coignet, Sandrine Olivencia, Daryl J. Powell & Eivind Reke
    A nouveau livre sur le Lean, nouvelle facette : le « Senseï ». Ni formateur, ni coach, il tente de braquer la lumière sur des zones d’ombre et de méconnaissance dans le travail. Celui qui se fait dans l’atelier ou au bureau, tous les jours. En 150 pages faciles à lire, Michael Ballé et ses co-auteurs offrent une plongée dans le quotidien de ce personnage parfois mystérieux qui pose tellement plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Pour avoir travaillé avec deux d’entre eux (Régis et Sandrine), l’ouvrage reflète très bien mon expérience personnel. Ainsi du Gemba walk qui est réussi quand on a l’impression de tenir une nouvelle pépite entre les mains, de celles qu’on a dans une mine d’or. Ma dernière ? Le stock de tickets d’évolution en cours sur le tableau de kaizen d’un développeur chez No Parking que mon senseï me montra en explorant notre management visuel. Une belle source de muda qui était « masqué » dans mon esprit puisqu’il ne s’agissait pas de son tableau de production principal. Et qu’on retrouve aussi dans la bouche de Nampachi Hayashi - apprenti direct du premier Senseï chez Toyota : « one piece-flow is the principle for giving challenge to people as well as production ». Une maxime que je n’ai pas fini de méditer… livres.onpk.net
  8. Shikasta par Doris Lessing
    Une planète sur le point de basculer vers l’effondrement et pourtant tellement attachante, fruit du travail patient et obstiné d’émissaires de Sirius et de Canopus. Leurs lettres, archives, documents retracent son histoire tragique. Et bien sûr ce sont notre planète et notre humanité qui transparaissent dans ce texte que je n’ose pas appeler roman tellement la forme est singulière. Et comme de par hasard, c’est La Volte, la maison d’édition d’Alain Damasio, qui a relancé son édition en 2016. Un très beau récit de science-fiction donc, par une écrivaine sanctionnée du prix Nobel de littérature en 2007. livres.onpk.net

Landscape with Beavers

mercredi 10 juillet 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Stacy Passmore explore l'impact des castors sur les zones humides aux Etats-Unis (au Colorado et dans l'Utah en particulier) et c'est tout à fait passionnant de découvrir l'impact de ces castoridés et de leurs barrages sur notre propre environnement à l'heure du réchauffement climatique.

Impact de castors
Beavers have specialized knowledge, not only about water and its storage, but also about how to adapt and thrive in degraded environments, and how to nurture habitat for fellow species. Could the beaver’s low-tech, idiosyncratic building techniques make a comeback in an era dominated by parametric algorithms and modular design systems?

The Slow Death of Hollywood

:: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Peter Thiel a popularisé le concept de vainqueur qui rafle tout avec son fameux From 0 to 1. Matt Stoller - dans sa newsletter Big - décortique ces jeux de puissance monopolistique et appuie là où ça fait mal en prenant cette fois le cas d'Hollywood (entre Netflix et Disney).

It’s becoming increasingly clear that the only goal now in Hollywood is to become gain market power in distribution or must-have content production, and then use that monopoly power to reduce the quality of output and reduce the bargaining leverage of artists. Even the agents, who are supposed to represent artists, are getting into the vertical integration game. The net effect is higher prices, less paid to artists, a less creative industry, and ultimately, the death of the Hollywood ecosystem of storytelling. Such a dynamic isn’t just a problem in terms of a more arid artistic world, but is in fact a political and national security problem.

Du consensus vacillant sur le libre-échange et de ses conséquences pour Euratechnologies

vendredi 7 juin 2019 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

En début de semaine, j'ai participé à un échange avec Pierre Moscovici : le commissaire européen faisait un tour dans le Nord et le Pas-de-Calais pour parler Brexit (entre autres). Dans cette discussion, forcément convenue et hyper-calibrée, j'ai été marqué par un aveu de la part d'Euratechnologies via la voix de son directeur Raouti Chehi : il n'y a aucun partenariat avec d'autres structures - incubateur, accélérateur ou autre - en Europe. Alors qu'il y en a avec le Brésil, les Etats-Unis, le Canada, la Chine et la Corée du Sud.

Pendant ce temps, Noah Smith - ancien chercheur en économie à Stony Brook University et récent fan de Elizabeth Warren - qui écrit régulièrement chez Bloomberg et encore plus sur Twitter, note en particulier :

Je me dis - et je ne suis pas le seul - qu'il va y avoir un grand besoin de faire évoluer quelque peu la stratégie de ma zone d'activités favorite. Celle qui ne se donne pas de limites pour créer des entreprises et des emplois, et les bâtiments qui vont avec.

D'autres bureaux presque finis, toujours à Euratechnologies
Des bureaux en chantier à Euratechnologies

Public Seating On Top Of Parked Cars

mardi 4 juin 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback Zoé Chantreau découvre la dernière oeuvre de Bufalino : une grande terrasse en palette, au dessus de voitures garées au bord d'une rue.
Car Parklet
Bufalino has done it again. His past projects have been notorious for their creativity and abnormality. He has already transformed a car into a ping pong table, and has created a fully-functioning pizza oven from an old car, just to name a few. But this time, Bufalino has taken his imagination to new heights, by conceptualising a wooden terrace parklet. But it’s not just any traditional parklet. Staying true to his poetic style, he has imagined the parklet in the most unconventional setting, by placing it on top of the cars parked.

Que j'aime quand les artistes rendent palpables les questions du moment ! Celui du droit à une ville sans pollution bat son plein. Entre la poussée des Verts aux dernières élections européennes et la piétonnisation de Bruxelles, entre le baroud d'honneur des deux roues motorisés à Amsterdam et le recul de la mairie de Madrid sur sa zone à faible émission, il y a de la matière.

La liberté d'entreprendre, sens et non-sens d'un slogan

vendredi 31 mai 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Une exploration des concepts de liberté et d'entreprendre par Peggy Avez sur le blog d'Opentime :

Mais y a-t-il une liberté propre à l'entrepreneuriat ? La direction d'entreprise n'est-elle qu'un secteur d'application parmi d'autres d'une liberté dont la définition doit bien valoir universellement ? Si oui, laquelle ? Ou bien la liberté de l'entrepreneur constitue-t-elle une catégorie « à part », voire un modèle à défendre, une utopie sous-jacente au fameux « tous entrepreneurs ! » ? In fine, en quoi consiste cette liberté – réelle ou espérée – de l'entrepreneur·e ?

Rien de tel qu'une petite dose de philosophie pour prendre un peu de recul et cogiter à froid pendant un long week-end. Avant de se replonger dans les méandres de l'ère des entreprenants...

David Epstein Makes the Case for Being a Generalist

vendredi 24 mai 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Brad Stulberg s'entretient avec David Epstein sur son livre Range: Why Generalists Triumph in a Specialized World dans le blog Outside

Outside of sports, I think there is still tremendous untapped value for the kind of coaching that already occurs inside of sports. I would love to have a coach walking hand-in-hand with me as I try to learn about myself and improve my writing, the same way I did when I was running. I think there is a grand total of zero professions that couldn’t benefit from coaching. I think most of us, when we become competent, keep doing the same things over and over. We get stuck in a rut of competence because we gravitate toward ease and convenience. We have to vary up our challenges to avoid plateaus, and I think coaches can really help with that.

Entre Peggy qui a longtemps cherché quelqu'un pour l'accompagner dans son projet d'écriture (et qui l'a fait pour d'autres d'ailleurs) et la communauté Lean qui insiste très fortement sur le rôle du Sensei (à explorer dans le très bon petit livre The Lean Sensei), cela résonne très fort avec ma pratique du quotidien.

Report Idling Vehicles, Get A Cut Of The City's Profits

jeudi 23 mai 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Paula Mejia raconte l'histoire d'un citoyen de New York traquant les véhicules à l'arrêt avec le contact allumé dans The Gothamist :

Some New Yorkers, such as George Pakenham, have taken it upon themselves to submit thousands of Citizen’s Air Complaints to the city's Department of Environmental Protection, alerting them when vehicles idle their engines for longer than three minutes or for longer than a minute next to a school. Pakenham, an environmental activist who works in finance, has been a vigilante submitting complaints for over ten years—and, as he recently told Vice News, he's made a staggering $9,000 from submitting 120 reports on idling vehicles.

Je me demande au passage ce que ça donnerait pour toutes ces vidéos...