Huit bouquins lus, la vingt-deuxième vague

mercredi 31 octobre 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Des larmes sous la pluie de Rosa Montero
    Des replicants qui se suicident, des extra-terrestres qui fuient leur planète, une Terre où l’air est devenu payant et bien sûr une conspiration ! Tous les ingrédients pour retrouver de la SF, classique et sobre. Celle qui parle d’amour, de l’intérêt général, de l’amitié, de la cupidité et de la mesquinerie. Du machisme aussi. Bref de la vie de tous les jours, ou presque. livres.onpk.net
  2. Small Arcs of Lager Circles de Nora Bateson
    Nora Bateson a un grand-père célèbre, William, qui traduira en anglais Mendel et introduira le terme de génétique; son père a participé à la création de la cybernétique et fondera l’école de Palo Alto. Forte de ce patronyme, elle explore dans ce recueil hétéroclite (entre papiers universitaires, essais plus intimes et poèmes) des questions sous l’angle systémique : j’y ai retrouvé sa proposition d’appeler « symmathésie » tout système vivant et apprenant. J’y ai aussi découvert des notions fécondes - telle « warm data » qu’elle oppose à « big data »), des définitions originales - comme « zombie » : une personne qui ne pense pas par lui-même et veut contraindre les autres à lui ressembler - et des réponses à ce qui viendra après. Pour l’instant les 1% ont déjà posé leurs jalons et nous attend (ou pas) de l’autre côté. Eux se préparent à nous accueillir dans le monde qu’ils construisent dès à présent. La question de la préservation de l’existant pour les 99% nous oblige à nous concentrer sur les parties sans importance : Nora Bateson utilise la très belle image du bol de soupe qu’il ne faut pas renverser tout en l’amenant de la cuisine à la salle à manger. La concentration nécessaire à l’effort bloque toute tentative d’anticipation du repas. Le paradoxe voulant que ceux qui acceptent cet « effondrement » passe pour des oiseaux de mauvais augure alors qu’ils se déchargent des tensions et blocages du moment et préparent l’atterrissage le plus souhaitable. livres.onpk.net
  3. Le serment des barbares de Boualem Sansal
    L’Algérie est sortie de mon univers avec l’Émir Abdelkader el-Djezairi quelque part dans un livre d’histoire de CE2 ; les années 1990 - quand elle s’est rappelée tristement à la France - n’auront pas suffi à la faire remonter dans mon esprit (je créchais à Londres, déclenchant à l’occasion une alerte à la bombe sur la District Line avec mon sac de sport). Pendant ce temps, les touristes ont profité des plages de Djerba et des riads de Marrakech, avant d’abandonner Tripoli à son triste sort. Pour refaire mon retard, et en parallèle de l’émission du Nouvel Esprit Public avec Akram Belkaïd ou de Matière à Penser avec Mohammed Hachemaoui, je me suis plongé dans une épopée truculente : celle de d’un policier en fin de carrière, Si Loubi, qui remonte peu à peu les fils emberlificotés qui lient deux assassinats dans le village de Rouiba. Les 50 dernières années de l’Algérie en profitent pour déborder de partout. livres.onpk.net
  4. Le transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette
    Difficile de lire cette bande dessinée « post-apocalyptique » des années 1980 autrement que comme une préfiguration de notre quête radicale à rendre la Terre inhabitable. Le trait noir sur fond de neige permet une expressivité remarquable à la lutte des classes qui prévaut dans ce train roulant désespérément seul sur une Terre gelée. livres.onpk.net
  5. J’ai fini ma journée de Hyacinthe Dubreuil
    Hyacinthe Dubreuil est ouvrier et syndicaliste entre les années 1920 et 1960. Très curieux du monde qui l’entoure, il apprendra l’anglais et choisira d’aller travailler outre-atlantique pour comprendre (juste avant la crise de 1929). En 1970, il écrit son seizième et dernier livre : une autobiographie. Comme dans les Solutions sociales de Godin, la qualité du témoignage prime sur les idées de prospective (l’Histoire intellectuelle et sociale se révélant souvent très cruelle avec ceux qui tente de la saisir). Pour un mitron Lean, le livre regorge de scène à méditer : ainsi de la différence entre le patron « parvenu » et le fils « à papa ». Le premier connait (et reconnait) le travail de chacun de ses ouvriers dans son atelier pour y avoir œuvré et pour y faire encore une visite régulière (son Gemba) tandis que l’autre s’y pavane avec une jacquette violette. Plus loin, il s’attache à montrer l’importance des « faits précis et établis » qu’offre cet atelier quand il s’agit de parler « des procédés et des conditions de travail ». De même qu’il invite la direction à utiliser de son personnel sa « compétence particulière pour intervenir dans l’organisation de son travail » (c’est à dire les suggestions). En point d’orgue il demande un effort particulier à ceux qui sont dignes du nom de chefs : « au-delà des produits de vos fabrications, vous devez aussi vous proposer de faire des hommes ». Toyota - avec son Good Thinking, Good Products l’a bien compris. Au passage, Nicolas Colin y retrouvera aussi deux de ses idées 1/ le syndicalisme « de l’exit » (celui qui gère une caisse de chômage et cherche à trouver au plus vite un nouvel emploi à ses membres sans travail) et 2/ l’importance de louer sa maison quand on ne travaille plus la terre et qu’on est attaché à un métier (l’accession à la propriété devenant pour les ouvriers un poids lorsque l’entreprise locale ferme). livres.onpk.net
  6. La fée des renards de Komako Sakai et Kimiko Anan
    Dans les livres pour enfants japonais qui ont trouvé un chemin jusque nos contrées, je retrouve souvent un dessin très délicat et une poésie tout aussi légère. La fée des renards ne fait pas exception ! livres.onpk.net
  7. Où atterrir ? de Bruno Latour
    Si le front de la modernité permettait à la gauche et à la droite de se chamailler (cette dernière invoquant la liberté pour l’économie et la protection pour les territoire tant que l’autre privilégie la liberté pour le sociétal et la protection pour le social), Bruno Latour nous invite à donner toute sa place à un nouveau front : celui qui sépare les « terrestre » sensibles aux réactions de leur environnement (cette Zone Critique où l’on peut vivre) des « hors-sols » prêts à suivre Trump et sa cohorte de 0,1% qui ne sacrifieront rien de leur way of life. Il faudra bien attacher ses ceintures parce que ce changement de paradigme se fera avec de nouvelles alliances, parfois surprenantes. L’appel à candidature de Y Combinator pourra servir de révélateur : la célèbre société de capital-risque californienne vient de lancer son dernier Request for Startups œuvrant dans les technologies capable d’éliminer ou séquestrer le carbone. Considérant que la phase 1 est terminée (c’est à dire qu’une stabilisation du climat par une baisse de notre consommation de CO2 est désormais impossible), il serait grand temps de lancer la phase 2 avec la nécessité de retirer du CO2 de l’atmosphère en prenant des « big swings ». Alors « hors-sol » ou « terrestre » ? livres.onpk.net
  8. Systemantics de John Gall
    En utilisant humour et axiomes, John Gall nous offre des pages tout à fait réjouissantes sur ces systèmes (surtout les grands) qui nous entourent, nous encerclent et nous gouvernent. Si les informaticiens sont bien conscients de certaines de ces « lois » comme celle qui veut que « derrière tout système complexe qui marche, il y a un système simple fonctionnel qui a évolué », la liste que contient ce petit essai complètera avantageusement l’escarcelle du développeur aguerri. Ainsi « un système efficient est dangereux pour lui-même et pour les autres » (faut-il encore parle de HAL ?) ou « en installant un nouveau système, aventurez-vous avec précaution, vous pourriez déranger un autre système en train de bien fonctionner ». Quant aux praticiens Lean, ils pourront souffler de soulagement en découvrant que leur méthode (supprimer les points bloquants au fur et à mesure qu’ils avancent dans la compréhension du machin) a assez de grâce aux yeux de l’auteur pour avoir son petit nom, « manageur catalyseur ». Cette fois encore, l’exemple du RFS Carbon Removal Technologies pourra servir d’exemple aux lecteurs pour de fructueux travaux pratiques. What Could Possibly Go Wrong? livres.onpk.net

Huit bouquins lus, la vingtième-et-unième vague

lundi 17 septembre 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Tokyo Vice de Jake Adelstein
    Loin des images d’Épinal d’un Japon à la politesse légendaire et à la ponctualité éclatante, Jake Adelstein, juif américain devenu journaliste pour le plus grand quotidien nippon, enquête sur la mafia locale (les fameux yakusas), la corruption, le trafic d’êtres humains. En côtoyant flics et hôtesses, petites frappes et caïds ambitieux, il nous offre un portrait décapant du Japon contemporain, loin, très loin, des cerisiers en fleurs. livres.onpk.net
  2. Des souris et des hommes de John Steinbeck
    Vu qu’il est devenu difficile de suivre sereinement ce qu’il se passe aux États-Unis d’Amérique, je me suis replongé dans un de ces classiques de lycée. J’y ai retrouvé l’histoire dramatique de George et Lennie, le petit - vif et futé - et le grand - fort et innocent. Une histoire brute, sans fioritures, probablement le reflet de ce que je perçois outre-atlantique : un mélange de candeur et d’âpreté, d’animalité et d’idéal. livres.onpk.net
  3. Solutions sociales de Jean-Baptiste Godin
    Les critiques contemporains (vers 1871-1872 donc) de l’œuvre écrite par Jean-Baptiste Godin en ont largement décrié les fantaisies théoriques (comme sa traque de la « Loi Suprême de la Vie » - conservation, développement et équilibre - dans les trois sections du cerveau). Il serait cependant injuste de s’arrêter là. La première partie, largement autobiographique, et la dernière, une longue description du Familistère de Guise, sont un très beau témoignage de l’esprit socialiste de son temps. Car cet entrepreneur exceptionnel aura cherché sans relâche des équivalents de la richesse pour une population ouvrière miséreuse. Les poêles de nos grands-parents et le génie de notre Henri Ford local (avec esprit fouriériste et maints dépôts de brevets) auront permis tout cela et bien plus encore : si l’entreprise versent les salaires (pour le travail), les primes (pour la direction) et les intérêts (pour le capital), elle peut aussi répartir les bénéfices autrement qu’en simple dividende à ses actionnaires. Apparaissent logements sains, aérés et lumineux (avec le nombre d’étages nécessaire pour faire pâlir d’envie Boucle d’Or, ni trop, ni trop peu), service de garde pour les nouveaux-nés 24h/24, piscine chauffée commune, 1er mai chômée (avant la publication officielle de la fête du travail), écoles gratuites à la pédagogie innovante (à commencer par celle de Marie Pape Carpentier, presque 40 années avant Maria Montessori : la méthode naturelle n’exige des maîtres qu’une application sincère de l’esprit à l’observation des faits journaliers). Je m’arrête là tout en vous suggérant une visite dans l’Aisne. livres.onpk.net
  4. Hedge - A Greater Safety Net for the Entrepreneurial Age de Nicolas Colin
    J’ai déjà pas mal parlé de ce livre dans un billet précédent, en y louant la richesse documentaire et certains idées à contre-courant. Depuis son auteur a pris ses quartiers chez Forbes, toujours pour prêcher des vues européennes sur les terres américaines. livres.onpk.net
  5. The Machine that changed the World de James P. Womack, Daniel T. Jones et Daniel Roos
    Revenir aux sources du « lean » et retrouver les premiers cailloux blancs de mes propres lectures et expérimentations : c’était l’idée derrière cette lecture presque trente ans après sa publication originelle. Depuis Toyota s’est installé temporairement aux commandes du marché mondiale de l’automobile (donnant quitus aux auteurs pour la qualité de leur postulat, i.e. que le lean était bien là pour remplacer la fabrication de masse telle que Ford ou General Motors l’avaient pratiquée), Nissan s’est laissé croqué par Renault (une opération tout à fait inattendue) et les grands constructeurs américains sont passés tout près de la faillite. La communauté française du lean quant à elle continue de se poser majoritairement des questions liées à la production. Alors même que The Machine n’y consacre finalement qu’un chapitre, il y en a quatre autres pour couvrir la conception d’un nouveau véhicule, la coordination avec les sous-traitants, la relation avec les clients et enfin la gestion d’une telle entreprise. J’en viens presqu’à me dire que les 25 années nécessaires à l’installation du modèle de la production de masse en Europe (de Sloane prenant la tête de GM en 1925 à la mise en route de Renault-Flins au début des 30 glorieuses) nous paraîtrons probablement comme très rapide. livres.onpk.net
  6. Dire non ne suffit plus de Naomi Klein
    Trump est passé par là. En attendant que le météorite explose en vol, Naomi Klein prend la plume pour pousser à l’avènement d’un programme véritablement intersectionnel, seul capable d’après elle de contrecarrer l’extractivisme néo-libéral. Elle insiste en particulier sur ces Indiens qui n’iront pas dans les étoiles et qui par leur enracinement luttent depuis leurs terres et pour leurs terres. Un ré-ancrage ultra-local qui fait écho aux villes ayant fait le choix de la transition radicale à leur échelle (Barcelone, Pontevedra ou Loos-en-Gohelle pour ne citer que quelques exemples emblématiques). livres.onpk.net
  7. Au château d’Argol de Julien Gracq
    Sans être un roman de médiéval fantastique, l’histoire d’Albert, Herminien et Heide m’a plongé dans ce que j’imagine être l’univers des elfes. La lande bretonne et son château d’un autre âge sont le prétexte pour de somptueuses descriptions qui diffractent les relations entre les personnages. L’atmosphère est toujours évanescente, comme derrière un rideau translucide, à un point tel que j’ai dû relire certains passages pour tenter comprendre ce qui venait de se passer (et que je ne partage pas tout à fait les interprétations présentes sur Wikipedia). Les elfes ont ceci de particulier que j’ai du mal à les suivre dans leurs pensées, bêtement humain que je suis. Julien Gracq aura réussi le tour de force de me les prendre presque palpables. livres.onpk.net
  8. Exit, voice, loyalty : défection et prise de parole de Albert O. Hirschman
    Titiller par une référence de bas de page dans le dernier opus de Nicolas Colin (cf. supra), j’ai pris et lu ce livre sans trop savoir à quoi m’attendre. Il s’agit donc d’une réflexion sur les processus qui s’enclenchent au sein d’une organisation quand la qualité décline et que ses produits perdent de la valeur. Un angle mort laissé en jachère par l’ensemble des business books qui se concentrent sur la croissance - plus ou moins miraculeuse - promise par leurs stratégies toute prêtes ou leurs méthodes révolutionnaires. La récente démission d’un ministre d’État en donne un exemple éloquent ces jours-ci. Reste à savoir si dans le cas présent, la concurrence peut apporter une réponse adéquate. Dans le cas contraire, cela restera une action d’éclat pour rien. Ainsi en va-t-il du pouvoir relatif d’une défection dans un marché pseudo-monopolistique. livres.onpk.net

Quelques notes en vrac à propos du livre Hedge - A Greater Safety Net for the Entrepreneurial Age

jeudi 2 août 2018 :: perrick :: Entreprenariat :: aucun commentaire :: aucun trackback

M. Nicolas Colin,

Après avoir lu vos différents articles sur Medium puis découvert votre newsletter plus récemment, j’ai eu l’occasion de lire tout récemment votre livre Hedge - A Greater Safety Net for the Entrepreneurial Age. Et comme visiblement vous êtes en quête de retours, voici quelques remarques à chaud.

Tout d’abord, je me suis régalé ! Votre plume est précise, les références historiques foisonnantes, appuyant toujours votre propos, et les thèses que vous avancez tracent un chemin peu battu et tellement souhaitable pour cet âge des entrepreneurs que vous appelez de vos vœux (et que j’avais nommé âge des entreprenants il y a quelques temps). Le travail de curation des liens et des ouvrages est très précieux : entre les articles que j’ai eu du plaisir à relire (à commencer par How Burrowing Owls Lead To Vomiting Anarchists), ceux que j’ai découvert et les livres qui sont désormais sur ma table de chevet, il y a de la matière !

Ensuite - et en vrac - quelques remarques notées au fil de ma lecture : bien sûr il ne s’agit que d’une paire de centimes à apporter au moulin, pas grand chose de plus.

Page 38. Je suis assez étonné de voir que vous mettiez la puissance anglaise de l'ère victorienne sur le compte de sa finance, et considériez celle de la Chine comme technique. Non seulement parce que l'Angleterre de l'époque, c'est aussi Crystal Palace, Brunel, Babbage & Co (des ingénieurs, des train, des machines à vapeur et les soldats de l'Amirauté). Mais aussi parce que la Chine est désormais bien positionnée sur la finance du futur : de l'Asian Infrastructure Investment Bank au China New Era Technology Fund, les pièces du puzzle sont déjà là.

Toujours page 38. Le passage chinois par l'Afrique est une stratégie éprouvée : les efforts de Toyota en la matière sont là pour en témoigner. Renault les trouve en train de vendre des 4x4 bon marché au sud de la Méditerranée dans les années 1970, la Prius arrive une vingtaine d’année plus tard en Californie. Un entretien de Freddy Ballé - pionnier du Lean en France - le montre en filigrane (il y a aussi une conférence sur YouTube).

Page 52. Les travaux de Louis Chauvel sur l'interaction entre inégalités et mouvements de grèves (dans le cadre d’une société capitaliste) me paraissent inspirants sur la question des avancées et reculs de cette « sécurité sociale 1.0 » arrachée par les classes laborieuses puis jugulée par les classes dominantes. Il utilise en particulier un modèle de proie / prédateur pour expliquer la latence du processus.

Page 63. Dans son dernier ouvrage Où en sommes-nous ?, Emmanuel Todd montre que les causes des inégalités (qu'on attribue rapidement au néolibéralisme) sont d'abord démographiques avec la stagnation du nombre d'étudiants dès les années 1960 : « Academia, la machine à fabriquer des inégalités » est le titre du chapitre où il s’en explique.

Page 77. En terme d'utopie réalisée, on peut penser à Godin et son familistère de Guise dans l’Aisne : l’école gratuite, laïque et obligatoire avant Ferry, le salaire égal entre hommes et femmes, la formation continue pour les ouvriers et ouvrières, etc. Ces solutions sociales ont été rendues possibles par la combinaison d’une excellence économique (celle de sa société, détentrice d’une quarantaine de brevets autour de la fonte émaillée) et d’une indignation profonde de la condition des ouvriers (qu’il a partagée dans sa jeunesse). Je sais que votre ouvrage vise les anglo-américains mais, sait-on jamais, ils pourraient avoir envie de connaître un des nos Henri Ford à nous.

Page 95. Je vous suggère de supprimer les parenthèses imbriquées. La typographie française a inventé le tiret, qu'il soit "tiret long" ou "tiret demi-cadratin" à cet effet, j'imagine que l'anglais a son équivalent.

Page 148. Utiliser Venise pour parler innovation commerciale et financière, thalassocratie, écosystème, développement économique, sans citer Jane Jacobs !?! C'est presque un crime de lèse-majesté ;-) Elle aussi utilise cette ville non pas au temps de sa splendeur, mais plutôt au temps de son démarrage : c'est en s'appuyant sur du commerce avec Constantinople qu'elle entamera sa mutation (de marais salants à capitale maritime). Mutations que feront un peu plus tard Amsterdam puis Londres pour ne suivre que les grandes villes mondes de leurs temps. Son modèle de développement urbain est explicité dans Cities and the Wealth of Nations et The Economy of Cities. D’ailleurs vous reprenez ses eyes of the street (cette fois dans The Death and Life of Great American Cities) : une de ses expressions qui a fait florès depuis.

Page 172. Les grandes sociétés européennes ne suivent pas toujours le développement « à l'américaine » avec plusieurs levés et son cortège de VC. Une étude plus détaillée des « sociétés qui cartonnent » montrerait peut-être un (ou plusieurs) autre(s) chemin(s), peut-être moins exponentiel mais tout aussi technique. Pour l'Europe, je pense en particulier à Zara et sa capacité de changer de collection hyper rapidement. Ou à OVH, dont la croissance s'est largement appuyée sur un pool de lignes de prêts bancaires pré-négociés (et non sur des levées de fonds, au moins jusqu'à l'attaque du marché US). Côté japonais, je pense encore à Toyota, toujours capable de mettre sur le marché des innovations de rupture (avec la Prius bien sûr) dans un marché hyper-concurrentiel. Côté coréen, c'est du côté de Samsung et des chaebols qu'on peut distinguer l'émergence de géants techniques, capable en 2018 de rivaliser avec Apple malgré les turpitudes de sa direction.

Page 206. La proposition de Chamath Palihapitiya a déjà été expérimentée dans le Nord. Ainsi à partir de 1942, les grandes sociétés textiles de Roubaix mettent sur pied un programme (le « comité interprofessionnel du logement ») destiné à collecter 1% des salaires déclarés pour favoriser le renouvellement du parc immobilier (largement constitué de taudis) de la ville. Ce programme - initié sur la base du volontariat - s'étendra rapidement par la suite en France en devenant obligatoire avec la loi du 11 juillet 1953.

Page 210. Derrière cette notion d'hospitalité / industrie hôtelière pour les « chasseurs », on peut aussi regarder ce que font les grands acteurs du secteur sur la piste du « logement as a service ». En tout cas, comme vous, je vois bien un foisonnement sur ces questions désormais pressantes : Lille met en place un office foncier solidaire avec démambrement des parcelles à la clef, de nombreux citoyens explorent l’habitat participatif, les Saoudiens créent une ville nouvelle ex-nihilo. Et même les banques US qui pourraient récupérer un parc immobilier gigantesque lors de la prochaine bulle et qui pourraient en profiter pour faire de la location la nouvelle norme (une fulgurence d'anticipation comme sait les sentir le GEAB, cette fois dans son numéro 126).

Je complèterai juste ces références et remarques par deux points saillants de votre ouvrage et deux autres en creux. On commencera par ces derniers.

Baisser le temps de travail. Nos aînées se sont battus pour le repos dominical (1906), pour les 5 jours par semaine et les deux semaines de congés payés (1936), pour la troisième (1956), la quatrième (1968) puis la cinquième (1982). Depuis des entrepreneurs font miroiter leur fameux 4h / semaine (à commencer par Timothy Ferriss), d'autres explorent la retraite à 30 ans ou des semaines plus courtes. Ces objectifs chiffrés en font des bons slogans : il y a peut-être des choses à prendre dans ces tentatives sporadiques. Surtout si on souhaite que le rêve de l’(auto)entrepreneur ne se transforme pas en auto-aliénation grâce à un travailler plus savamment entretenu par les plateformes.

Proposer des transports en commun. Parce que la densification des logements en ville appelle plus de transport public. Et des choses bougent aussi de ce côté-là avec les Numtots ou - deux exemple parmi beaucoup d'autres - les bus de nuit entre LA et SF calibrés pour une nuit de sommeil et le transport gratuit estonien. On effleure là les questions environnementales qui sont plutôt absentes de votre ouvrage, alors qu'elles amènent aussi des contraintes fortes sur les possibles souhaitables (à commencer par la pollution des villes). Je ne vous apprendrai pas que Carlota Perez y sent aussi un avenir. Il s’agit là peut-être d’une piste que vous aurez à explorer avec elle plus tard : les institutions d'un territoire vert sont encore loin d'être opérantes (à commencer par un M. Hulot bombardé ministre mais en décalage complet avec ce futur).

Mettre la finance comme un des trois piliers centraux du « filet de sécurité sociale ». C'est tout à fait contre-intuitif (et donc particulièrement intéressant). Surtout quand on voit les ravages de la crise de sub-primes aux US. Cette industrie va devoir être sacrément transformée pour regagner la confiance perdue. Et son secteur le plus « innovant » - les monnaies cryptographiques - ne semble pas pointer dans cette direction, au moins pour l'instant. Le Sardex, avec ses presque 40 millions d’équivalent-euros en circulation en Sardaigne pour 2017, me paraît être plus prometteur, en tout cas l'exemple du Wir et des bons Mefo ont déjà montré que ça pouvait tenir et avoir quelques résultats.

Créer des syndicats de l'exit. Il s’agit là d’un autre point qui m'a fait réfléchir (et qui continue d'ailleurs). Il y a bien sûr le livre de Albert Hirschman que j'ai commandé (mais que je n’ai pas encore commencé). Mais j’en suis arrivé à me demander si l'AFUP (Association Française des Utilisateurs de PHP) pourrait en devenir l'archétype. Je m'explique... Cette association a été lancée par des créateurs de petites entreprises du numérique au tournant des années 1990/2000 pour accompagner le développement du PHP en France : à l'époque l'objectif est de parler aux décideurs, en particulier dans les grands comptes, et de vanter les mérites de cette technologie web en particulier et de l'open source en général. À partir des années 2013/2014, ces pionniers passent la main et on retrouve à sa tête des CTO. Parler aux décideurs n'est plus prioritaire (cette guerre-là - contre Java/Sun et ASP/Microsoft - a été gagnée) et le nouveau projet porteur devient le baromètre des salaires : en déclarant leurs revenus sur une plateforme commune, les développeurs ont créé un marché plus transparent. Les conséquences ont été rapides : plusieurs employeurs se sont alors alignés sur la moyenne des salaires déclarés. Et comme il y a toujours les conférences et les soirées thématiques qui permettent la formation tout au long de la carrière, il ne reste peut-être plus beaucoup de pas pour arriver à ce syndicalisme de l’exit : une liste ordonnée des employeurs du secteur (pour ceux qui veulent être salarié), des experts bienveillants et des bourses (pour ceux qui veulent partager leur savoir-faire à travers un projet Open Source par exemple) et/ou des mentors techniques, financiers, commerciaux et juridiques (pour ceux qui veulent faire décoller leur idée de boîte).

Pour finir, un petit point noir m’a incommodé, même s’il n’est que sur la forme. En effet le haut de chaque page reprend le titre de l'ouvrage et le titre de la section alors que les notes sont classées par chapitre. La navigation entre renvoi et note en devient inutilement complexe : la numéro page et la section apparaissent d'un côté (avec le renvoi), le chapitre de l'autre (avec la note). Mettre le nom du chapitre en haut de la page de droite (à la place de la section) résoudrait le problème : plusieurs fois, je me suis épargné une recherche fastidieuse pour retrouver la note alors qu'elle m'aurait été certainement utile. Bien sûr un numéro de page dans la liste des notes est aussi possible. Tout comme mettre les notes directement en bas de page (mais ça fait plus universitaire j'imagine).

Je m’arrête là, en espérant donner un peu d’écho à votre travail : il le mérite. Même si dans cette affaire, le plus dur sera pour les entrepreneurs et la multitude, eux devront passer aux actes.

Huit bouquins lus, la vingtième vague

lundi 16 juillet 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Si la Chine était un village de Hong Liang
    Sept cent millions de Chinois. Et moi, et moi, et moi. C’était en 1966 et ils sont désormais près du double (1 389 millions en 2015). Le regard que porte sur eux le monde occidental (moi y compris) est souvent contrasté : Paul Jorion y décèle de quoi espérer pour l’avenir, Emmanuel Todd au contraire y sent un foyer d’instabilité. Sans trop savoir si l’écart entre les deux tient juste à l’échelle temporelle qu’ils auraient choisie d’utiliser, j’ai lu cette enquête de terrain écrite par une chinoise. Chaque chapitre présente un habitant de son village natal : il devient le révélateur des coutumes, habitudes et difficultés avec lesquelles elle a rompu. Ainsi les migrations urbaines intérieures structurent la vie du village : les jeunes tentent leur chance dans les villes, laissant les grands-parents s’occuper des enfants en bas âge. Ils reviendront plus tôt si une maladie les rattrape (pas de possibilité de se faire soigner hors de son district d’origine), plus tard si les économies permettent enfin de construire leurs propres maisons. Mais pour Hong Liang, le constat est sans appel pour cette vie rurale chinoise : « je vois la décadence et le déclin irrémédiable de la culture et de la vie d’un peuple ». livres.onpk.net
  2. Lean en ingénierie - Guide de voyage de Cécile Roche et Luc Delamotte
    Que peut-il se passer avant la production ? Quand ne sont connus que le besoin client et/ou le produit (au moins dans une première version). C’est le domaine de l’ingénierie. Et c’est à une exploration du Lean dans ce contexte que Cécile Roche et Luc Delamotte nous convient : un territoire moins balisé que celui de l’usine et de ses chaînes de fabrication. Leur guide est d’autant plus précieux pour aborder le rôle du « Chief Engineer » ou le concept de « Takt produit » (pour parler des éléments qui me parlent le plus en ce moment), la méthode du « SBCE » ou celle du « Pull Scheduling » (pour parler cette fois des éléments dont je perçois la pertinence et à travers lequel je décèle notre manque de maturité). Un (gros) bémol quand même : la qualité de l’édition. Au delà des fautes d’orthographe, c’est l’ensemble du manuscrit qui crie de ces petites incohérences disséminées régulièrement : des points qui manquent, des symboles ® et © qui ne sont pas à l’exposant, des renvois de notes de bas de page qui restent à la même taille que le texte, des paragraphes qui se déguisent en liste, des illustrations qui ne sont pas harmonisées (alors qu’il y a en a un tellement belle, la carte de ce « pays de l’ingénierie »). Et enfin celui qui m’a le plus gêné : insister sur Genba (au lieu de Gemba) par purisme japonisant puis offrir du Digital (au lieu de numérique) et autre Trade-off (au lieu de compromis) par suivisme globishisant… Reste à voir si le bouquin aura droit à une deuxième édition - ou un autre éditeur - pour pallier ces défauts. livres.onpk.net
  3. Le monde des hommes de Pramoedya Ananta Toer
    « Le plus grand écrivain indonésien » : la manchette rouge autour du livre aura titillé mon intérêt. Grâce à elle, j’ai été conquis par l’histoire de Minke. Jeune javanais dans une école réservée aux élites néerlandaises du début du XXe siècle, il apprend à naviguer aux marges du colonialisme, entre des Européens maîtres des armes et de la loi et des autochtones engoncés dans leurs traditions. Orienté par une professeure de littérature néerlandaise et un vieil artiste français, il devra se confronter à tout l’univers colonialiste pour défendre idéaux révolutionnaires, ambition personnelle et amour conjuguale. Une émancipation qui passe aussi par la langue et la littérature. Ce premier volume du « Buru Quartet » de Pram appelle la suite : la belle et fragile Annelies n’est pas encore sauvée. Et l’Indonésie toujours sous le joug hollandais. livres.onpk.net
  4. La méthode japonaise pour vivre 100 ans de Junko Takahashi
    Pas de règles formelles, peu d’études scientifiques, ce sont plutôt les portraits qui constituent la trame de cet ouvrage plaisant. Tous les centenaires apparaissent charmants et pleins de vie : tantôt championne du monde, tantôt humble paysan, le plus souvent charmeur, chacun et chacune dans son propre registre. Et si les toutes dernières pages mentionnent ceux qui ont disparus entre l’écriture en japonais et la publication en français - même eux ne sont pas éternels - transparaît l’humanité pleine de ceux qui profitent encore de la vie, aussi longue soit-elle. livres.onpk.net
  5. La septième fonction du langage de Laurent Binet
    Dépoussiérer un fait divers vieux de 40 ans, y tirer des fils et faire émerger une histoire : visiblement c’est la recette utilisée par Laurent Binet pour écrire son deuxième roman. La mort de Roland Barthes sert de point de départ : renversé par une camionnette alors qu’il se rendait au Collège de France, il meurt un mois plus tard à l’hôpital. S’ensuit une exploration uchronique de l’univers intellectuel parisien où Philippe Solers, Julia Kristeva, Michel Foucault, Umberto Eco et quelques autres trempent dans des affaires plus ou moins louches. Une ode décapante et burlesque au pouvoir de la parole, des mots et de la discussion. livres.onpk.net
  6. La sociologie de Lille du Collectif Degeyter
    Chasser la crise industrielle : si elle a fait la grandeur de Lille, Roubaix, Tourcoing entre 1850 et 1950, l’industrie (textile en particulier) s’est depuis déplacée laissant la métropole du Nord en quête d’un nouveau récit et d’un nouveau souffle. Ce sera la tertiarisation avec comme point d’orgue la croissance de l’immobilier de bureaux et la ferveur populaire (Lille 2004 en particulier). Le collectif Degeyter apporte nuances et précisions à ce discours. Car si cette tertiarisation a bien eu lieu, c’est aussi avec son lot de précaires (à commencer par les anciens ouvriers et les immigrés récents) : on ne peut pas comprendre Roubaix (ville la plus pauvre de France) sans savoir que Croix (longtemps championne de l’ISF) est sa voisine. Au niveau de la politique locale aussi le collectif tord le coup à certains préjugés : loin d’être un bastion socialiste, la MEL traduit les efforts conjoints d’une myriade de communes plus ou moins grandes, plus ou moins cossues, capables de se liguer entre elles et de s’accorder sur leur plus petit dénominateur commun si bien que seul un ancien patron - Bruno Bonduelle - semble lui porter une vision de long terme. livres.onpk.net
  7. La femme brouillon d’Amandine Dhée
    Un livre qui aura beaucoup circulé autour de moi : court par son nombre de pages, incisif, coriace et humoristique par sa plume, universel par son sujet (devenir mère). Tout pour plaire. Les belles images des magazines volent en éclat : Amandine Dhée a le talent - et l’expérience - pour percer les carapaces de la bien-pensance, cette douceur mièvre et hypocrite qu’on inflige aux jeunes mamans cernées et épuisées tandis que bébé-doit-faire-ses-nuits-quel-ange, que bébé-pleure-quel-chou ou que papa-a-changé-une-couche-hier-quel-homme. livres.onpk.net
  8. Des souris et des hommes de John Steinbeck
    Vu que c’est devenu difficile d’accepter sereinement tous ces machins qui traversent l’Atlantique, je me suis replongé dans un de ces classiques des années-lycée. J’y ai retrouvé l’histoire dramatique de George et Lennie, le petit - vif et débrouillard - et le grand - fort et innocent. Une histoire d’amitié, brute, probablement le reflet de mes perceptions américaines : un mélange de candeur et d’âpreté, d’animalité et d’idéal. livres.onpk.net

De la symmathésie et des présidents de l'AFUP : le retour avec le graphique

vendredi 29 juin 2018 :: perrick :: Entreprenariat :: aucun commentaire :: aucun trackback

Sur la judicieuse proposition de Mère Teresa alias Sarah Haim, j'ai pris un peu de temps pour faire un graphe des relations entre les premiers présidents de l'AFUP. En espérant que ça aidera les uns ou les autres à situer les interconnexions entre nous tous.

Les relations entre les premiers présidents AFUP

Pour la petite histoire, l'image a été réalisé via neato, un outil en ligne de commande du package GraphViz avec ses fameux fichiers DOT.

De la symmathésie et des présidents de l'AFUP

jeudi 21 juin 2018 :: perrick :: Entreprenariat :: 4 commentaires :: aucun trackback

Lors de mon passage à la présidence de l’AFUP - 2003/2004 - une règle a émergé : le bureau en place se refuse de faire une conférence lors d’un Forum PHP (en dehors des sessions d’ouverture et de clôture bien sûr). Les places sous les projecteurs du plus grand évènement dédié aux développeurs PHP en France étaient dédiés aux grands noms du PHP dans le monde, aux grands comptes et aux experts de technique pointue et/ou à la mode. Une autre règle - toujours en place elle aussi - limite la durée du mandat de président à une année non-renouvelable. Ces deux règles qui « brident » la visibilité de tel ou tel président a toutefois permis l’émergence d’une symmathésie (ou symmathesy en anglais) - fruit du grec sym = ensemble et mathesi= action d’apprendre - entre ces même présidents.

Dans le florilège qui suit, on trouvera Armel Fauveau (1969), Cyril Pierre de Geyer (1976), moi-même (1977), Guillaume Ponçon (1978), Arnaud Limbourg (1976), Xavier Gorse (1975), Nicolas Silberman (1980), Jean-Marc Fontaine (1977), Xavier Lacot (1982) et Fabrice Bernhard (1983).

Tout commence au sein de la « Communauté PHP » bien sûr. Lors des premiers « appels à boire » organisés via fciwap à la fin des années 1990, Armel croise Cyril et Arnaud. Avec quelques autres, ils créeront l’AFUP pour promouvoir le PHP auprès des professionnels. Au début des années 2000, je lance le premier apéro PHP à Lille : Jean-Marc fait partie de la poignée de participants. Un peu plus tard il sera mon trésorier dans le bureau 2005. Dans ces années-là, les apéros PHP lillois sont les plus importants de province. En 2011 nous inverserons les rôles au sein du bureau et mettrons sur pied le premier PHP Tour, à Lille bien sûr. Toujours au sein de l’AFUP, Guillaume et Xavier G. ont longtemps travaillé sur le projet de Web TV dédié au PHP : ce sera la PHPTV des années 2009 - 2011. En parallèle de l’AFUP, Fabrice, Xavier L. et Xavier G. participeront à la création de l’Association Francophone des Utilisateurs de Synfony en 2012. Quant à Cyril et Nicolas, ils monteront Drupagora, avec des coups de mains épisodiques d’Armel. Pour l’anecdote un lien inatendu relie ce dernier et Xavier L. : ils sont tous les deux radio amateurs indicativés.

Côté boulot, nous avons tous créé une société : les liens à ce niveau sont multiples. Ainsi le premier salarié de No Parking (ma société) est un ancien collègue d’Arnaud. Jean-Marc travaillera aussi avec nous ponctuellement. Un peu plus tard il rejoindra la galaxie Alterway qui venait de racheter Anaska co-fondée par Cyril. Armel et lui s’associeront pour faire des peluches PHP un business. Plus classiquement - sur des prestations techniques donc - Guillaume a travaillé pour Cyril, Xavier L. pour Nicolas, Cyril et Xavier L. pour Armel, Xavier G. pour Arnaud. Mais bien sûr, tous n’ont pas été entrepreneurs en même temps et même les postes salariés ont vu des transferts : en quittant 20 Minutes, Nicolas laissera son poste à Arnaud. Un peu plus tard il quittera Mediapart et c’est Jean-Marc qui a failli récupérer ce poste-là.

Apprendre ensemble aura aussi été un puissant levier d’action. Afin de crédibiliser son entreprise de formation, Cyril a co-écrit la première bible en français du PHP dans une maison d’édition parisienne, Eyrolles. À la 6e édition il entraînera un de mes anciens salariés. Et pour la préface de son Performances PHP : Audit et optimisation LAMP, il choisira Armel. Guillaume aussi y a publié son Best practices PHP 5 dans lequel il s’entretient avec nombre d’entre nous. Et puis il y aura son Zend Framework dans la collection « les cahiers du programmeur » avant que l’un et l’autre se retrouvent pour le mémento PHP 7 et SQL. Et si Guillaume a écumé les conférences avec le concept de « meilleurs pratiques » et d’industrialisation - comme Xavier L. ou Jean-Marc, c’est à la fécondation de l’écosystème PHP dès 2006 par les pratiques agiles (à commencer par les tests unitaires avec SimpleTest) que j’ai tenu mon cheval de bataille, et Fabrice est allé un cran plus loin avec les pratiques Lean au sein de Theodo dès 2011 : un champ qui continue à être un terrain d’échanges pour nous. Mais c’est sur une conférence Django / Python qu’il a recroisé Arnaud. Parallèment en 2013, Cyril monte un Executive MBA au sein d’Epitech : dans la première promotion, on retrouve Nicolas et Jean-Marc. Un peu plus tard, on retrouvera les mêmes au sein de « CTO Partners ».

Là on voit pointer une nouvelle histoire. Dans le modèle de Carlota Pérez, après une phase dite irruption qui donne la part belle aux innovateurs et autres pionniers, la deuxième frenzy s’installe avec son cortège de financiers. Dans le monde du web, les commandes ont effectivement changé de mains et les développeurs se retrouvent en deuxième ligne dans leurs sociétés respectives, au mieux ils seront directeur technique, lead dev ou CTO (mais jamais « responsable SI », on se rassure comme on peut). Ainsi Fabrice aura été le benjamin de cette vague des pionniers et Olivier Mansour l’aîné de la vague suivante : avec Maxime Teneur, Cyril Pascal, Xavier Leune et Geoffrey Bachelet, les directeurs techniques ont tracé leur sillon, même à l’AFUP. L’avenir dira s’ils ont aussi constitué leur symmathésie.

PS : j’ai volontairement omis tous les co-créateurs, co-auteurs, co-associés, co-membres et autres co-leaders, j’espère qu’ils se reconnaîtront et qu’ils me pardonneront ces manquements à leurs apports significatifs.

Mise à jour le 29/06/2018 avec la référence à la préface de Armel sur un autre livre de Cyril.

On embauche un développeur chez No Parking

lundi 4 juin 2018 :: perrick :: PHP :: aucun commentaire :: aucun trackback

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas annoncé une nouvelle embauche sur ce blog. En effet les dernières se sont faites "dans les coulisses". Mais cette fois, on passe par une offre plus classique : No Parking recrute un (ou une) chef de projet technique web / développeur PHP pour rejoindre l'équipe.

Nous sommes éditeurs de logiciel, donc celui ou celle qui nous rejoindra aura le temps de travailler sur Opentime et sur Alticcio, nos deux produits commercialisés. Mais il (ou elle) aura l'occasion de goûter à un tas de techno qu'on expérimente, utilise ou maintient : FreeBSD / Munin / Kotlin / GraphQL / Android / commande vocale / réseau de neurones artificiels / tests unitaires / déploiement continue / IOT / etc. Sans oublier celles que le candidat sélectionné amènera avec lui !

Quelques informations pratiques : le poste est basé à Lille (Euratechnologies), il s'agit bien sûr d'un CDI, la rémunération dépendra de l'expérience, il y a la possibilité d'avoir un jour par semaine en télétravail. Pour les autres questions, n'hésitez pas à me contacter directement et/ou à postuler.

Requalification urbaine du centre-bourg : le pari à 2,7 millions des élus lambersartois

mercredi 9 mai 2018 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

La mairie de Lambersart - avec le soutien de la Métropole Européenne de Lille - va investir 2,7 millions d’euros pour requalifier son Bourg (c’est à dire ce qu’il reste de centre-ville dans cette commune de la banlieue lilloise). En février 2017, « l’idée est celle d’un mail piétonnier entre l’avenue du Parc et l’avenue de l’Hippodrome, incluant le pourtour de l’église, en préservant une place pour les voitures et les transports en commun. »

Il eut été tout aussi exact de dire entre « un des axes structurants qui relie Lille à la rocade Nord-Ouest » qui draine plus de 20000 véhicules par jour et qui mène à un premier supermarché et « un autre axe qui mène directement au quartier HLM construit dans les années 60 et 70 » desservi lui aussi par un autre supermarché. Le reste du périmètre est cerné au nord par une voie ferrée (sans gare) et au sud par une zone résidentielle avec autant de verdure que d’impasses. Heureusement le collège et l’église garantissent un passage régulier de piétons et même sans magasin de bouche (aucune trace de boulangerie, la boucherie a fermé l’année dernière), les banques et les agences immobilières tiennent le terrain. Il n’en reste pas moins que plusieurs cellules sont à vendre depuis longtemps.

Le Bourg : le trottoir commerçant

Le Bourg : la placette derrière l'église

Le Bourg : quelques boutiques

Le Bourg : quelques boutiques (bis)

Le Bourg : l'ancien bistrot et une banque

Le Bourg : une banque et une agence immobilière

Le Bourg : un local à vendre

Le Bourg : le parking devant l'église

Le Bourg : l'église et son parking (bis)

Bien sûr la mairie écoute ceux qui demandent de la vidéo-protection (alors que les commerçants sont bien évidemment les premiers « yeux de la rue ») et tente de rassurer les autres en arguant que « les arbres seront préservés le plus longtemps possible ».

Moins d’un kilomètre plus loin, entre les quartiers « Canon d’or » et « Champs de courses » se sont installés en moins de 18 mois : une couturière de robes de mariée, une architecte, une sophrologue, une psychologue, un cabinet d’urbanisme, un centre d’esthétique et de nutrition. Ils se sont ajoutés à tous les commerçants installés sous un HLM (boulanger, boucher-traiteur, caviste, fleuriste, pharmacienne, esthéticienne) et les autres qui avaient transformé une habitation, un garage ou un jardin (agence immobilière, artisan plombier, médecin).

Le Canon d'or : les boutiques sous le HLM

Le Canon d'or : une épicerie en vrac en camion, le vendredi soir

Le Canon d'or : la couturière de robes de mariée

Le Canon d'or : une ancienne maison convertie en bureaux partagés

Le Canon d'or : le centre d'esthétique et du nutrition

Le Canon d'or : le garage du plombier

Le Canon d'or : le jardin transformé pour accueillir 3 médecins

Le Canon d'or : une maison utilisée pour une esthéticienne

Rendez-vous dans 5 ans pour vérifier s’il vaut mieux les centaines de milliers d’euros de la mairie accompagnés des millions de la MEL et un « terre-plein central avec stationnement à l’intérieur » (comme s’il n’y avait pas déjà deux parkings à moins de 100m) ou un quartier avec peu de coupures urbaines pour « développer l’attractivité de la ville » et suffisamment de densité pour soutenir des rez-de-chaussées vivants. Mais qu'on ne me fasse pas croire que supprimer les arbres pour piétons le long de l'église pour en mettre d'autres pour les voitures garées au niveau de l'îlot central soit compatible avec une politique responsable pour le XXIe siècle : d'autres chantiers ont besoin de l'argent public.

Huit bouquins lus, la dix-neuvième vague

jeudi 19 avril 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. How to take smart notes de Sönke Ahrens
    Découvert lors de l’Agile Open France Hiver 2018 grâce à Arnaud Lemaire, aka Lilobase lors d’une session sur le Zettelkasten, ce petit livre fait une explicitation très convaincante de l’outillage mis au point par le chercheur allemand Niklas Luhmann : classer des fiches dans des boîtes. Et comme l’explication prend une douzaine de pages en tout et pour tout, Sönke Ahrens en profite pour faire un tour circonstancié des apports de la recherche sur la question de l’écriture d’essais ou d’articles académiques. J’en garde l’expression « inter-locking / auto-verrouillage » : cette caractéristique qui associe à la simplicité permet à des systèmes d’exprimer toute leur puissance, à commencer par eXtreme Programming. Avec ses 3 boucles de rétroaction, la méthodologie de Kent Beck présente ces deux propriétés. Malheureusement le succès marketing de Scrum aura tout balayé sur son passage (mais ça, c’est une autre histoire). J’en garde aussi des cahiers (que j’ai utilisé à la place des fiches en papier) sur lesquels j’ai repris le goût d’écrire au stylo-plume ! livres.onpk.net
  2. La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben
    Les arbres communiquent entre eux depuis la nuit des temps grâce au mycélium : grâce à ce réseau, ils s’entre-aideraient entre arbres d’une même famille, partageraient des nutriments et même transmettraient leurs émotions, comme la peur. Visiblement notre belle Académie de l’Agriculture n’est pas tout à fait sur la même longueur d’onde, elle qui écrit que le livre « prête malheureusement le flanc à la critique : sources absentes ou non vérifiables, extrapolations non justifiées, interprétations abusives et même erreurs manifestes ». Reste donc l’ode passionnée et délicate d’un sylviculteur repenti : comme beaucoup de lecteurs, je me suis régalé avec ses histoires de chênes, de hêtres et de leurs batailles presqu’immobiles (un demi-millénaire tient dans ce presque) pour une place au soleil. livres.onpk.net
  3. La famille Souris prépare le nouvel an de Iwamura Kazuo
    Plus que ce livre en particulier, c’est tout l’univers de Iwamura Kazuo que je voulais présenter. Ses dessins sont magnifiques : insectes, plantes, arbres et personnages partagent un trait d’une jolie finesse, d’une grande précision naturaliste et d’une profonde humanité. Bien sûr le lecteur d’Emmanuel Todd que je suis décèle une famille-souche dans cette série des Souris, mais ils restent tellement craquants à faire une baignade au lac, à installer l’eau courante pour leur nouvelle maison ou à préparer des gâteaux pour la nouvelle année. livres.onpk.net
  4. Déclin et survie des grandes villes américaines de Jane Jacobs
    Après avoir longtemps tenu à distance le « grand œuvre » de Jane Jacobs, peut-être par délectation spéculative, probablement par peur d’être déçu après avoir dévoré ses livres ultérieurs, j’ai acheté puis croqué les 500 et quelques pages de son « Death and Life » (comme le surnomme ses commentateurs). Les attributs d’une ville y sont passés au scalpel : les trottoirs (scène du fameux « ballet » urbain), la sécurité (fruit des yeux de tous les habitants et passants), les parcs et jardins (pas toujours si bénéfiques), la taille des pâtés de maisons (trop grande, elle peut tuer la vie de quartier), etc. Ses observations datent de 1961 et restent d’une très grande actualité et d’une grande pertinence. Ainsi son expression de « capital social » aura une très large portée académique. Idem pour son cadre théorique qui trouvera dans des recherches sur Rome, Naples, Florence, Bologne, Milan et Palerme une confirmation posthume. Au passage, elle égratigne Le Corbusier : le plan Voisin - avec sa volonté d’amener la voiture au coeur de Paris - était le parfait opposé de sa pensée et apparaît désormais complètement anachronique. Je comprends mieux qu’elle ait laissé une marque si profonde auprès de nombreux urbanistes. Et qu’elle continue à servir de trame à mes différentes balades urbaines à Léchiagat, Valenciennes, Lyon et ailleurs. livres.onpk.net
  5. Où en sommes-nous ? d’Emmanuel Todd
    Une histoire humaine ou du moins une « esquisse », c’est à cette gageure qu’Emmanuel Todd nous convie. La France en est absente : elle est coincée entre l’Allemagne et sa périphérie autrichienne, suédoise ou tchèque (ainsi que le Japon et la Corée) composée de familles de type souche d’une part et le monde anglo-américain « nucléaire » d’autre part. Aux premiers, une économie triomphante sur la longue durée; aux derniers, l’innovation, l’inégalité, la démocratie avec ce mélange parfois déroutant de sac et de ressac (cf. le Brexit ou Trump). Mais si, comme l’historien nous y invite, on peut mesurer la bonne santé d’une nation à son taux de natalité, certaines échelles s’inversent : la Chine, le Japon et l’Allemagne ne seront peut-être pas les lumières que nous attendons pour le XXIe siècle. Sachant qu’on peut aussi éliminer d’autres phares potentiels avec un taux de mortalité en hausse. Je vous laisse découvrir en outre ses explications sur le renouveau de l’efficacité russe, le (faible) niveau d’éducation supérieur allemand, la contradiction profonde entre les aspirations égalitaires françaises et la machine à fabrique de l’inégalité qu’est devenu Academia. L’Histoire nous jouera encore bien des tours avec ces pièces ! livres.onpk.net
  6. WTF? What’s the future and why it’s up to us de Tim O’Reilly
    Comme de nombreux développeurs de ma génération (et probablement plusieurs autres), j’ai construit ma carrière de professionnel des internets sur des livres O’Reilly. Je garde ainsi un excellent souvenir de Programming Collective Intelligence. Et son radar continue à me servir de boussole dans ma veille technique numérique (avec toujours cette pointe de fierté ou d’orgueil quand j’y retrouve un article lu la veille dans mon agrégateur de flux). Open Source, web2.0, gov.tech, autant de concepts qu’il a identifiés, forgés et popularisés : il était temps de découvrir ses « lunettes » à travers un livre. « Le futur est déjà là. Simplement, il n'est pas réparti de manière uniforme. » écrivait Robert Metcalfe, Tim O’Reilly nous aide à le déceler. Ainsi son « homme augmenté » a du potentiel prospectiviste : Toyota, avec ses zones pour humains et sa volonté de limiter les robots (pour forcer l’apprentissage), et Tesla, avec son « usine du futur » (bientôt) entièrement robotisée qui a tant de mal à tenir la sécurité, la cadence et la qualité exigées par son créateur, peuvent même servir de balises. livres.onpk.net
  7. The New Geography of Jobs de Enrico Moretti
    San Francisco est largement reconnue en tant que capitale du logiciel et de l’internet : elle partage avec Seattle une position enviable sur l’échiquier technologique mondiale. Et si l’histoire de la première est assez connue (de Frederick Terman à Paul Graham), l’autre ne tient qu’à la décision presque fortuite d’une petite entreprise de logiciels d’y installer son siège sociale en quittant Albuquerque - Nouveau Mexique : il s’agissait de Microsoft ! La borne était posée, Jeff Bezos pouvait s’y appuyer. Enrico Moretti, professeur d’économie à Berkley, s’attache à analyser cette nouvelle répartition géographique de la croissance au XXIe siècle. Et bien loin de reposer sur la géographie physique comme par le passé (port naturel, plaine fertile, minerai abondant ou fleuve docile), le développement territorial s’explique désormais par la géographie humaine. Sans jamais oublier Dame Chance, elle qui tient une place tellement significative : l’enclenchement du cercle vertueux de l’innovation créatrice puis du développement local passe souvent par ses auspices. Ensuite les miracles du « new work » (que Jane Jacobs avait déjà identifiés) prennent le relais c’est bien autour d’un petit périmètre que les effets systémiques du « débordement économique » se font sentir. livres.onpk.net
  8. L’argent, mode d’emploi de Paul Jorion
    En 2008, la banque IndyMac doit faire face à une panique bancaire : le jeudi 10 juillet, ses clients commencent à faire la queue pour retirer leur argent; le vendredi 11, les policiers encadrent la foule plus nombreuse; le lundi 14, la banque réouvre, elle a été nationalisée pendant le week-end. Quelques années plus tôt, Paul Jorion y a travaillé dans un service lié aux désormais fameux « subprimes ». De ces années de banquier de l’intérieur, l’anthropologue de formation distille un essai pédagogique : différence entre argent et reconnaissance de dette, entre crédit à la consommation, au logement et à la production, entre banque commerciale et centrale, autant d’éclaircissements - parmi d’autres - qui permettent de mieux comprendre in fine comment la finance a pris le contrôle. Au passage, il décortique le paradoxe qui veut que la banque soit le secteur le moins rentable et qu’en même temps ses profits aient retrouvés leur niveau des années 1930. Un indice ? Toujours plus de concentration, pour s’offrir toujours plus de poids dans la fixation de la rente. livres.onpk.net

Le système familial selon Emmanuel Todd : un modèle pour décrypter le monde

dimanche 8 avril 2018 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

Il y a des modèles qui ont peu à peu trouvé un chemin dans mon cerveau : le système familial d'Emmanuel Todd fait partie de ceux-là.

Pour comprendre l’attachement populaire à la SNCF et la cagnotte de soutien aux cheminots, il pourrait être suffisant d’avoir en tête les valeurs universalistes et égalitaires des familles nucléaires égalitaires, telles qu’on les trouve dans le bassin parisien. En franchissant le pas suivant (Paris, c'est la France), on découvre que les Français défendent "leur" SNCF, celle qui promet des trains relativement bon marché, si possible ponctuels et surtout équitablement répartis sur tout le territoire, celle qui a été nationalisée une première fois en 1937 au crépuscule du Front Populaire en sauvant de la faillite des acteurs privés, celle qui offre à ses propres employés et à ceux de la France - les députés - des billets gratuits. J’imagine sans peine les Allemands ou les Suédois (de familles souche l’un comme l’autre) n’y rien comprendre. Idem pour nos élites teintées d’atlantisme (et leurs familles nucléaires absolues, indifférentes à l’égalité).

Le dernier ouvrage d’Emmanuel Todd - Où en sommes-nous ? - reprend toutes les déclinaisons de son système pour embrasser en moins de 500 pages une histoire du monde. Plutôt que de décrire ici toute sa typologie et d’en paraphraser maladroitement tous les fruits, voici un petit florilège puisé indirectement dans mes lectures récentes.

Que la famille Souris prépare le nouvel an ou qu'elle cherche une nouvelle maison, elle comprend trois générations : grand-père et grand-mère, papa et maman, une ribambelle de frères et soeurs. C'est bien une famille souche qui nait sous le trait magnifique de Kazuo Iwamura. Je ne suis pas certain que les japonais puissent imaginer le Petit Chaperon Rouge traversant une terrible forêt afin de retrouver sa mère-grand : mettre une telle distance entre parents et grands-parents doit être inconcevable.

Dans Si la Chine était un village, Hong Liang nous parle du sien : Liangzhuang. Depuis plus de 300 ans, trois clans y sont installés : les Han, les Liang et les Wang. Les premiers « ont de la culture, de l'éducation, les grandes familles de ce clan ont toutes donné naissance à des gens très compétents. Les propriétaires fonciers, les despotes locaux, les paysans riches éliminés lors de la réforme agraire appartenaient tous au clan Han. Les Liang ne sont pas aussi cultivés, parfois malins ou naïfs. Les Wang sont tous des bons à rien, des bouches inutiles. » Au fil des anecdotes mettant aux prises les uns et les autres avec la modernité teintée de corruption qu’impose le Parti, on sent poindre tous les tiraillements de ces familles communautaires exogames ayant comme valeurs cardinales l'autorité (du père) et l'égalité (des fils).

Pete Saunders, un américain, s'est lancé dans une Big Theory de l'urbanisme des Etats-Unis. Calquée sur les travaux de William Strauss et Neil Howe dans The Fourth Turning, il identifie pour chaque génération (une vingtaine d'année) un type urbanistique différent et singulier. Par exemple, pour les années 1900-1920, ce sera la grille rigide s’accordant au tramway. Ou pour les années 1990-2010, la McMansion : cette grosse et grande demeure si caricaturalement uber-architecturale, véritable SUV sans roues. Par cette tentative théorique, il offre un échantillon des conséquences des familles nucléaires pures si caractéristique des USA. Ils se permettent la création de nouvelles cités à chaque génération, toujours dans un entrain naïf, déterminé et volontaire, en appliquant tout aussi facilement le véritable corollaire : l'abandon pur et simple de certaines villes.

Quand Lyon devient mon Gemba

samedi 31 mars 2018 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Mardi et mercredi dernier, c'était le Lean Summit à Lyon (les 27 et 28 mars 2018 donc). Le temps de prendre une piqûre de rappel, d'écouter les pionniers passer la main, de croiser de vieilles connaissances, d'en rencontrer de nouvelles et d'être enthousiasmé par certaines initiatives hospitalières ou industrielles. Et aussi de faire un petit tour dans un terrain urbain nouveau pour moi, Lyon : une visite Gemba si on veut utiliser la terminologie Lean.

En sortant de la Cité Internationale, le bain "japonais" continue avec les petites fleurs roses d'un prunus. Pas si loin de leurs cerisiers.

Prunus, parc de la Tête d'Or, Lyon, 2018

Prunus, parc de la Tête d'Or, Lyon, 2018

Je ne suis pas le seul à trouver ça poétique : les appareils photos sont de sortie, malgré le temps couvert. Un peu plus loin, je découvre quelques particularités du parc de la Tête d'Or : de très belles serres, de très larges routes goudronnées et des trottoirs terreux - sans macadam - que les piétons laissent bien volontiers aux coureurs à pied.

Serres botantiques, parc de la Tête d'Or, Lyon, 2018

Chemins, parc de la Tête d'Or, Lyon, 2018

Chemins, parc de la Tête d'Or, Lyon, 2018

La relation au bitume des lyonnais est tout autant paradoxale dans la ville. D'un côté, des 3 ou 4 voies à sens unique (cours Vitton par exemple) : le genre d'artère qui invite des traversées en voiture à plein régime et qui aurait fait bondir Jane Jacobs.

Cours Vitton, Lyon, 2018

Cours Vitton, Lyon, 2018

Grand axe, Lyon, 2018

Et de l'autre, des travaux pour faire la place belle aux bus, cyclistes et autres transports en douceur.

Rue apaisée, Lyon, 2018

Rue apaisée, Lyon, 2018

Je sens que la transition ne va pas être simple ! Surtout avec des grossistes qui tiennent encore les quartiers du bord de Rhône en plein coeur de la ville.

Grossiste, rue Molière, Lyon, 2018

Big data et opération de déstabilisation : le monde académique en est au cœur

lundi 19 mars 2018 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

En décembre 2017, Jeff Nesbit - un ancien directeur des affaires publiques et légales de la National Science Foundation - décryptait les vecteurs des financements qui avait permis des travaux de recherche sur l'exploration algorithmique de tous les contenus du web puis l'éclosion de Google : des entités plutôt reliés à la "communauté du renseignement" (CIA et NSA donc) via leur Massive Digital Data Systems (MDDS) project.

Ce week-end, The Guardian mettait au jour l'immense collecte de données effectuée via des profils Facebook qui, de fil en aiguille, permettra aux techniques de déstabilisation politique des succès éclatants avec le Brexit puis Trump. Là encore le point focal se trouve dans les murs feutrés d'une université, celle de Cambridge en l'occurence, où le chercheur Aleksandr Kogan utilisait - entre autres - des bourses russes pour effectuer ses recherches puis commercialisa à une société privée ces données, une commercialisation interdite à la fois par les règles de Facebook et par la législation du Royaume-Uni.

Cambridge Analytica: how the key players are linked - The Guardian

Qu'un des maillons faibles de nos sociétés démocratiques se trouve dans le monde académique avait déjà été pointé par Jane Jacobs dans son opus Dark Age Ahead : the combination of the appearance of professional respect for science rigor coupled with professional contempt for scientifically rigorous behaviour is toxic. Une remarque sur la décadence de l'Université qu'avait aussi noté Nicolas Kayser-Bril et que traque Olivier Ertzscheid au quotidien. Avec facteur H, financements au lance-pierre par "projet", fusion & autonomie, baisses de dotations, classement de Shangai et autres joyeusetés, bien malin qui trouvera la porte de sortie par le haut...

Le bilan d'appétance, une recette officieuse

lundi 12 février 2018 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

En attendant que Stéphane Bagnier daigne enfin mettre en ligne l'explication officielle de son bilan d'appétance, je vous propose ma propre retranscription. Bien sûr, si vous utilisiez ces quelques notes pour monter un atelier avec amis ou collègues et que cet atelier s'avérait un échec cuisant, ce serait entièrement de ma faute et en aucune manière celle du créateur original.

Mon bilan d'appétance en janvier 2017

En premier lieu il s'agit de poser un contexte favorable : vous aurez sous la main une grande feuille, des stylos ou feutres de plusieurs couleurs, des gommettes (en option), une table et une chaise, une vue agréable et calme ainsi qu'une heure de temps libéré du téléphone portable, des enfants ou du patron (c'est selon) et des autres distractions de la vie moderne.

Premier exercice / 15 minutes : prenez le temps d'écrire, de dessiner, d'exprimer de manière créative vos fiertés petites et grandes. C'est l'occasion de se fixer au présent avec sa propre histoire, de se rapprocher doucement des belles choses que vous avez réalisés et qui seront autant de cailloux blancs pour la suite.

Mon bilan d'appétance en janvier 2017 - exercice n°1

Deuxième exercice / 10 minutes : tracez trois cercles qui s'entre-croisent. Vous y noterez dans le premier les activités que vous aimez, dans le deuxième celles qui vous sont faciles et dans le troisième celles qui sont rémunératrices. Bien entendu les différentes intersections vous permettront de calibrer au mieux telle ou telle pratique en la répartissant au plus juste.

Mon bilan d'appétance en janvier 2017 - exercice n°2

Troisième exercice / 15 minutes : esquissez un grand tableau avec 3 lignes et 3 colonnes. Les neuf cases seront remplies par autant de "vies dans 10 ans". Sous la bannière Ethos, la première ligne rassemblera des vies tout à fait légitimes : celles où il suffit d'appuyer de plus en plus fort sur des tendances déjà à l'oeuvre en ce moment même. Sous le drapeau Logos, les trois vies suivantes auront fait preuve d'intelligence, de ruse et d'astuce pour déblayer des terrains moins évidents. Enfin avec Pathos comme étendard, les trois vies finales seront guidées par un altruisme sans faille, quand seul le coeur aura dicté sa loi.

Quatrième exercice / 10 minutes : distribuez des prix à chacune de ces vies possibles. Il faut octroyer : quotidien / défi / accessible / autonomie / juste / social / apprentissage / créativité / congruent. Et bien sûr il y a aussi deux cartons rouges possibles qui commandent l'éviction de certains possibles : inadapté / inatteignable. Les gommettes permettront de valoriser cette cérémonie officielle qui marque la clôture de l'atelier.

Mon bilan d'appétance en janvier 2017 - exercices n°3 et 4

Vient ensuite le moment de la rétrospection et de la rétrospective. Voici quelques questions pour ouvrir les échanges avec soi-même ou avec les autres participants...

Mon bilan d'appétance en janvier 2017 - le résultat complet

Notes urbaines et ouvertes à Valenciennes

mercredi 7 février 2018 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

M. Le Président de la CCI de Valenciennes,

Nous avons eu le plaisir d’échanger sur les villes, celle de Valenciennes que vous souhaitez promouvoir, celles de Lille ou de Lambersart que je pratique tous les jours et toutes celles que nous croisons au gré de nos déplacements et de nos lectures respectifs. Ce rapide billet est juste l’occasion de formaliser quelques fruits de cet échange.

Jane Jacobs

Commençons par Jane Jacobs bien sûr ! Ses ouvrages « Life and Death of Great American Cities » ou « The economy of cities » ont largement aiguisé ma propre lecture des dynamiques urbaines. Elle montre que 4 marqueurs sont nécessaires à la bonne santé d’un centre-ville : 1/ un mixité de fonctions primaires (commerce, logement, travail, loisirs, etc.), 2/ des quartiers perméables (avec des rues qui se croisent à petits intervalles), 3/ des bâtiments de tout âge et 4/ une densité suffisante. Des chercheurs de Trento (en Italie) ont essayé de vérifier si son intuition était bonne : en s’appuyant sur les données des téléphones portables, ils sont arrivés à l’affirmative. Niveau recherche universitaire en France, les choses bougent aussi : le phénomène de la décroissance urbaine a désormais son ANR. Et c’est le groupe Altergrowth qui tente d’y voir plus clair.

Lot habitations en tour / commerces en rez-de-chaussée à Vancouver

La ville de Vancouver (au Canada) aussi s’est donnée l’objectif d’accueillir des familles dans son centre-ville. Elle a commencé il y a plusieurs dizaines d’années et sur son chemin, elle a même créé sa forme urbaine spécifique : une tour entourée de maisons particulières et d’unités commerciales. Les résultats sont probants : plus de 7000 enfants habitent désormais le coeur de la ville. Et la ville se retrouve désormais avec des riches asiatiques ont décidé d’y parquer leur argent, un nouveau type de problème à résoudre. Sur la zone d’Euratechnologies (une zone de bureaux), mes salariés disent la même chose : pour eux, tout commence par des crèches.

Valenciennes / quartier Dutemple

Comment la France a tué ses villes est assez bien documenté (l’addiction à la voiture y est pour beaucoup) et ses conséquences toujours visibles. Pour y pallier les mairies peuvent essayer de préempter des fonds commerciaux ou artisanaux comme à Douai. Elles peuvent aussi tester des formules de séparation entre murs et foncier grâce au démembrement. Reste à y greffer des habitants, un quartier ou une communauté : grâce au financement participatif, des châteaux y sont arrivés récemment. Il y a même une structure juridique qui se prête bien à des croisement hybrides entre acteurs divers : les SCIC. Des exemples de commerces communautaires existent hors des « grandes villes » au Royaume-Uni comme à Grindleford ou Thorncombe ou en France à Annecy ou Chateaufort. Ces filières commencent même à se structurer… Et si on se prend à rêver un peu plus, on peut aller chercher d’autres lieux à faire vivre : piscine, ferme, centrale électrique, cinéma, etc. Il y a déjà pléthore d’initiatives sous la grande bannière des Communs.

Quartiers à cashflow positif ou négatif

Souvent les questions financières s’en tiennent aux « acteurs économiques » (entreprise, commerce, artisan) : les villes américaines - à commencer par Détroit - ont montrer au contraire que ces questions pouvaient toucher de plein fouet les « acteurs territoriaux ». Le travail d’un groupe d’économistes sur Lafayette - toujours aux Etats-Unis mais en Louisiane - permet d’éclairer ces sujets : seuls les quartiers centraux (loin d’être toujours les quartiers les plus chics) sont « dans le vert ». Y maintenir globalement l’infrastructure existante (aucune nouvelle route, aucune canalisation supplémentaire) nécessiterait $3300 d’impôts supplémentaires par maison et par an : évidemment c’est impossible. Les banlieues vont bientôt mener la ville à la banqueroute. Même avec les taxes de vente - collectés par les entreprises, y compris la grande distribution - une ville avec ses banlieues étalées ne s’y retrouve pas. Los Angeles - l’autre mégalopole de la voiture outre-Atlantique - se prépare elle aussi à des réveils difficiles. La densification se fera contrainte ou accompagnée.

Pour mailler une aire urbaine qui voudrait sortir du tout-voiture, le train et le vélo sont des alternatives complémentaires. Avec son pôle de compétitivité i-Trans et l’agence européenne qui va avec, Valenciennes est bien partie… Reste que si j’en crois les comptes-rendus de l’association Droit au vélo il reste beaucoup de chemin à faire de côté-là : même pas un entre-filet pour témoigner d’une rencontre avec une collectivité du Valenciennois dans le dernier numéro de leur journal. Après une seule année même la démarche très volontariste de la mairie de Lille a déjà atteint un palier : reste à mettre les bouchées doubles pour découvrir les bienfaits du cyclisme sur les commerces de proximité, comme Amsterdam le prouve bientôt 10 ans.

J’en reste là pour cette fois : encore merci de m’avoir donné l’occasion de transformer quelques liens en autant de notes et au plaisir de poursuivre cet échange ultérieurement.

Huit bouquins lus, la dix-huitième vague

jeudi 18 janvier 2018 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Le Pays de Marie Darrieussecq
    Pris au hasard dans la bibliothèque associative de mon quartier, ce livre a résonné très bizarrement. Il y est question d’une femme, française, qui retourne vivre dans sa ville natale. Elle a choisi de donner la vie à son deuxième enfant dans « sa » région. Un territoire - Le Pays donc - qui était partagée entre l’Espagne et la France et qui est devenu indépendant. La trouvaille littéraire est astucieuse et permet des évocations nostalgiques sur la « vieille langue » et des descriptions cocasses d’écrivains chargés de faire vivre la culture de ce pays neuf. Loin de cette atmosphère ouatée et féminine, les postures de principe répondent aux manifestations de force et autres discordances revêches. Si Marie Darrieussecq a soigneusement évité la question des soubresauts du changement de régime préalable à son histoire, Madrid et Barcelone ont préféré mettre les pieds dans le plat, avec fracas. livres.onpk.net
  2. Le rouge et le noir de Stendhal
    Scarlet and Black, c’est sous la forme d’une série anglaise que j’avais approché le roman de Henri Beyle (Stendhal donc) : on était en 1993, sur BBC1. Il aura fallu attendre plus de 20 ans pour que je sorte le livre de ma bibliothèque et que je lise les conquêtes du très ambitieux et du peu scrupuleux Julien Sorel entre le Doubs et Paris. Et plutôt que d’essayer d’en retraduire l’effet, je vous recopie les remarques - tellement justes - de Prosper Mérimée : un de vos crimes c'est d'avoir exposé à nu et au grand jour certaines plaies du cœur humain trop salopes pour être vues... Il y a dans le caractère de Julien des traits atroces, dont tout le monde sent la vérité mais qui font horreur. Le but de l'art n'est pas de montrer ce côté de la nature humaine. livres.onpk.net
  3. Principes des systèmes intelligents de Paul Jorion
    J’ai découvert Paul Jorion, ce banquier - anthropologue belge, via de longs articles dans Télérama et Philosophie Magazine. Son blog est arrivé dans mon lecteur RSS plus tard encore, courant 2017 avec la fin de la séquence primaires - campagne - présidentielles. Pourtant des titres comme Se débarrasser du capitalisme est une question de survie, Le dernier qui s'en va éteint la lumière ou même Penser l'économie autrement auraient largement pu (dû ?) être présents dans cette vague ou une autre antérieur. Le hasard des rencontres ont fait que c’est finalement par son livre sur l’Intelligence Artificielle que j’ai commencé. En utilisant des concepts issus de la psychanalyse freudienne, il décortique non pas les bases mathématico-logiques mais les « affects » nécessaires à un système qui passerait le test de Turing. Un essai convaincant qui sait utiliser les trésors de l’érudition médiévale et ceux de la théorie des graphes pour tenter d’éclairer le ténébreux miracle de notre système cognitif. livres.onpk.net
  4. The Lean Turnaround de Art Byrne
    Homme d’usines et d’affaires, Art Byrne attribue son succès au Lean : s’étant formé auprès des premiers consultants TPS au début de sa carrière, il présente dans cet ouvrage les « recettes » qu’il a employé dans les différentes entreprises qu’il a dirigé ou accompagné. Et même s’il s’en défend parfois, les stocks de pièces ont été pour lui un point focale très important pour ses revirements : savoir où se situe la véritable valeur d’une entreprise est un point crucial quand on fait partie d’une société de « private equity » et qu’on fonctionne par rachat avec endettement et par recapitalisation. Une lecture en phase avec le reste de la littérature Lean qu’on peut aussi compléter par ses chroniques régulières sur lean.org. livres.onpk.net
  5. Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez
    De l’action pour cent années, c’est le pari réussi du romancier équatorien nobelisé en 1982 avec l’histoire tumultueuse de la famille Buendía à Macondo. Un mélange ébouriffant de fantastique, de tragique et d’épique. livres.onpk.net
  6. À quoi bon penser à l'heure du grand collapse ? de Paul Jorion
    Cette (auto)biographie intellectuelle montre à quel point la pensée et le gagne-pain de Paul Jorion se sont croisés, entremêlés et fécondés à un tel point qu’il en est devenu inclassable : économiste par la pratique de la finance, breton par l’étude des pécheurs de l’île d’Houat, psychanalyste par une proximité avec Lacan sans jamais devenir chercheur patenté dans une université. Avec deux compères universitaires, il fait le point sur sa « boîte à outils » et sur l’espoir qu’il fonde encore sur la capacité du genre humain à se sortir de l’ornière capitaliste dans laquelle elle s’est embourbée. Lucide. livres.onpk.net
  7. L'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar
    Comme avec Mémoires d'Hadrien, Yourcenar me donne le sentiment de sentir la grande littérature, d’en toucher la finesse et la grâce à travers ses mots. Cette fois-ci on suit les pérégrinations de Zénon, humaniste du XVIe siècle empruntant à Giordano Bruno, Léonard de Vinci ou encore Paracelse : tentant d’offrir au monde quelques onces de savoir, d’audace et de tolérance, il butte tragiquement sur les codes obscurantistes de son siècle. La plume classique, précise et épurée de la première femme élue à l’Académie française lui donne l’étoffe d’un héros antique, tellement humain, si proche du divin. livres.onpk.net
  8. Des hommes sans femmes de Haruki Murakami
    C’est dur de passer après Marguerite Yourcenar : même si Haruki Murakami est depuis longtemps sur les tablettes de bookmakers pour le prix Nobel, ce recueil de nouvelles fait la part belle aux hommes lâchées d’une manière ou d’une autre par leurs femmes. Une prose simple et limpide enrobe ces portraits en forme d’estampe : quelques traits brossent un personnage qui pourra toujours se réfugier dans le brouillard. livres.onpk.net