Lille, une capitale qui gagne quand elle joue dans sa catégorie et qui n'obtiendra pas l'AEM

dimanche 26 novembre 2017 :: perrick :: Espace urbain :: 5 commentaires :: aucun trackback

Dans le Nord la nouvelle du mois de novembre 2017 aura été que l’Agence Européenne des Médicaments ira à Amsterdam, pendant que l’Autorité bancaire européenne fera le trajet Londres - Paris. Celle d’octobre 2017 fut l’annonce de la sélection du siège des Hauts-de-France au titre de Capitale Mondiale du Design… pour 2020.

Le projet de bâtiment pour l'AEM dans le dossier lillois

Lille aura donc joué deux fois dans une cour internationale avec un taux de succès à 50%. A la fin des années 1990 et au début 2000, Lille avait aussi joué sur deux tableaux : malgré un dossier solide porté par le CNSOF, les JO d’été échoueront finalement à Paris près de 20 ans plus tard et le titre de « Capitale européenne de la Culture » (gagné pour l’année 2004 en même temps que Gênes) aura été le lot de consolation suite à une belle campagne populaire.

La gare Lille-Flandres en rose pour Lille 2004

La MEL bénéficie d’une position géographique intéressante : avec trois capitales (et non des moindres à l’échelle européenne et mondiale) à moins de 1h30 - Bruxelles, Londres et Paris - difficile de barboter en deuxième catégorie. Des prix de l’immobilier qui font rêver certains parisiens, des grandes écoles attractives, des sièges sociaux de grands groupes et un écosystème numérique puissant (entre autres) placent quand même Lille (avec Roubaix, Tourcoing et les 87 autres communes de son agglomération) dans le peloton de têtes des métropoles françaises attractives. Reste que la ville traîne encore une réputation peu enviable et des indicateurs sociaux pas toujours au vert fixe : il y a encore du boulot localement pour être au niveau de Copenhague ou de Milan.

Mais à bien y regarder rares sont les villes qui ont réussi à l’échelle mondiale leur passage d’une catégorie à l’autre depuis 50 ans : surnagent les tigres asiatiques, Hong-Kong, Singapour, Séoul et Taipei. Elles ont bénéficié du grand rattrapage de l’Asie, de l’exemple japonais, de la formidable croissance chinoise et de leur singularité de ville-état.

La capitale de Taiwan fait d’ailleurs parti des anciennes lauréates du titre de Capitale Mondiale du Design (en 2016) : bloquée par ses démêlés géo-politiques avec la Chine continentale, elle n’aura jamais accès aux JO ou aux grandes institutions mondiales. On retrouve dans cette liste Le Cap (capitale à domaine partielle - avec Pretoria et Bloemfontein - pour l’Afrique du Sud), Helsinki (petite capitale dans un pays d’à peine 5 millions d’habitants) et Turin (une ville jumelle, elle aussi en deuxième catégorie italienne derrière Rome et Milan). Seules Mexico et Séoul sont de véritables grandes villes mondiales de ce palmarès.

On peut faire le même constat pour les Capitales européennes de la Culture : il s’agit d’un concours et d’un vitrine pour villes de deuxième rang (comme Wrocław en Pologne, Saint-Sébastien en Espagne, Aarhus au Danemark ou Paphos à Chypre). Bien sûr Esch-sur-Alzette (2ème ville du Luxembourg avec ses 34 000 habitants) ne pèsera pas lourd en 2022 quand viendra son tour. Mais loin est le temps où les capitales postulaient : l’Union Européenne considère désormais qu’elles n’en ont pas besoin.

Dans son essai Cities and the Wealth of Nations (encore lui), Jane Jacobs montre bien comment les villes doivent se bagarrer, se jauger, se confronter et se frotter avec d’autres villes de taille similaire pour se développer économiquement : se limiter à commercer avec des villes plus riches et plus développées est fatal pour les villes en retrait, car ce commerce n'est qu'un tremplin pour s'engager dans un autre type de commerce interurbain : le commerce avec les villes dans les mêmes conditions et au même stade de développement qu'elles-mêmes. Cela signifie que les villes en retrait doivent commercer le plus fortement avec d'autres villes en retrait. Autrement, le fossé entre ce qu’elles importent et ce qu’elles peuvent remplacer par leur propre production est trop grand pour être comblé.

Une chose que Lille aura réussi à faire avec Turin par exemple : des rames de métro qui ont servi lors du pic de fréquentation de la capitale du Piémont pour les JO d’hiver de 2006 circulent désormais sur la ligne 2 entre Tourcoing et Lomme. On imagine mal Transpole échanger des rames avec la RATP (même si la Gare de Lille-Flandres aura bénéficié des pierres de la Gare du Nord). Si ce type de rame issu des laboratoires de Lille I et de Centrale Lille s’exporte dans des grandes capitales, c’est pour compléter des réseaux plus larges comme à Paris (pour les aéroports d’Orly et de Roissy-Charles-de-Gaulle) ou à Séoul (dans la banlieue nord d’Uijeongbu).

Le récent passage du Big Up for Startup en est un autre exemple. Né en 2015, cet activateur de business numérique fait en 2017 un tour de France en évitant soigneusement Paris : Marseille, Montpellier, Besançon, Nantes, Nancy, Lille et Bordeaux sont au programme. La compétition / émulation fait son effet : Lille is French Tech (la marque que le territoire s’est offert dans une autre compétition à l’image) se place déjà sur la deuxième marche par le nombre de rendez-vous pris lors de sa première édition et s’imagine avec délectation grimper d’un cran dès 2018, devant Montpellier, ville-hôte des créateurs du projet et de la première édition. En croisant les doigts pour que Lyon n’entre pas trop vite dans la danse et que Nantes ne lui grille pas la politesse.

Big Up for Startup à Lille - novembre 2017

Barcelone pourrait servir de contre-exemple : boostée par l’effet conjoint d’une langue spécifique, d’une longue histoire, d’un joli coup médiatique (les JO en 1992) et d’un climat méditerranéen, cet embryon de capitale était parmi les villes favorites pour l’AEM. Jusqu’à ce que les échanges à vif avec Madrid sifflent la fin de la partie.

Si elle veut continuer à grandir, Lille doit arrêter de se projeter avec Paris, Bruxelles et Londres. Son avenir se joue dans les relations économiques et culturelles qu’elle tissera avec Anvers, Bristol, Turin, Düsseldorf, Barcelone, Göteborg et la ribambelle des métropoles françaises qui ne sont pas encore tombées dans l’orbite parisienne.

De la division de la souveraineté comme antidote aux transactions de déclin économique

jeudi 9 novembre 2017 :: perrick :: Espace urbain :: 2 commentaires :: aucun trackback

Pendant que Madrid et Barcelone s'écharpent, j'ai repris un livre de Jane Jacobs : Cities and the Wealth of Nations. Non traduit en français (à ma connaissance au moins), il trace les milles et une manières pour un territoire de tomber dans le déclin. Tout commence par une ville, avec ses deux moteurs de développement économique : le remplacement des importations d'une part et l'exportation par l'innovation d'autre part.

Cities and the Wealth of Nations - Jane Jacob

Certains territoires auront la chance d'avoir une telle ville-locomotive. Mais d'autres seront piégées par leurs matières premières (elle donne l'exemple de l'Uruguay et de sa capitale Montevideo au milieu du XXe siècle). Pour d'autres encore ce sera l'arrivée d'une technologie extérieur : les paysans rendus obsolètes par les engrais, les machines ou les techniques importées n'auront que la misère pour horizon, leur territoire n'ayant pas de ville capable de leur fournir un travail (elle se réfère à l'Ecosse du XVIIIe ou la Cotton Belt aux Etats-Unis après la guerre de Sécession). Ensuite il y a bien sûr l'illusion de l'attractivité : le temps d'amortir son équipement et l'usine ira voir ailleurs, vers un mieux offrant. Ou celle plus pernicieuse encore du capital exporté qui ne sert pas à sa ville d'origine pendant ce temps d'amortissement, et qui pourrait lui manquer si elle venait à traverser une mauvaise passe pendant cette période. Surtout une ville a besoin de consoeurs à sa taille pour échanger et faire vivre son mouvement de remplacement des importations.

Jane Jacobs propose un chemin radical et totalement utopique pour renouer avec des formes d'épanouissement économique : diviser les économies nationales qui étouffent les échanges fructueux entre villes et forcent ce qu'elle appelle les transactions de déclin (à commencer par les subventions obligatoires) pour laisser à ces dernières la gestion de leur développement (à commencer par leur propre monnaie, considérée en particulier comme un régulateur économique automatique : les Français avec leurs dévaluations successives en connaissent quelque chose).

Je la cite : l'équivalent pour une unité politique serait de résister à la tentation de s'engager dans des transactions de déclin en ne cherchant pas à maintenir la cohésion. La discontinuité radicale serait donc la division d'une souveraineté unique en une famille de souverainetés plus petites, non pas après que les échanges aient atteint un stade de dégradation et de désintégration, mais bien avant quand l'activité se développe encore raisonnablement bien. Dans une société nationale qui se comporterait ainsi, la multiplication des souverainetés par division serait l'accompagnement normal et non traumatisant du développement économique lui-même et de la complexité croissante de la vie économique et sociale.

Et même si Madrid et Barcelone (sans parler de Vitoria-Gasteiz ou de Saint-Jacques-de-Compostelle) arrivaient à se mettre d'accord - on peut toujours rêver - pour appliquer ces idées, je ne pas certain que l'euro soit la bonne carte à jouer ensuite. A moins bien sûr que la Catalogne utilise le projet de monnaie locale barcelonais, contre l'avis de la banque centrale madrilène bien sûr.

L'autre histoire avec Philippe Meyer : le Nouvel Esprit Public ne se finance plus avec l'argent public

lundi 6 novembre 2017 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

Il y avait donc une autre histoire avec Philippe Meyer, il est plus que temps d'en parler. Plus que temps puisqu'il ne reste plus qu'une poignée d'heures pour financer son Nouvel Esprit Public. Je viens enfin de le faire parce que 1/ il a compris quelque chose du numérique (en peau de caste, des pages éparpillées sur différentes plateformes comme autant de cailloux blancs, une campagne de financement participatif, un site web pour retrouver un semblant d'unité) et du service public (un échange continue avec les auditeurs, une retenue sur les faits, un mélange d'humour et de bonhommie), 2/ j'ai longtemps regretté de ne pas avoir découvert cette émission plus tôt (elle est depuis devenu une des raisons de faire un petit tour en courant le dimanche soir), 3/ les invités préparent leur sujet, s'écoutent, se respectent et parlent sans crainte de la virgule (les gros yeux de Philippe Meyer suffisent visiblement), et 4/ l'hôte ne se lasse pas de distinguer éditorialistes et journalistes et de préférer aux commentaires convenus un résumé efficace des thématiques abordées.

Bien sûr les critiques ne manquent pas : des hommes ergotant sur les différentes nuances du "centre" à la française auront toujours besoin d'une Nicole Gnesotto pour montrer que les chemins démocratiques existent à gauche ou d'un Lionel Zinsou pour apporter une couleur moins franco-française aux débats. Mais j'espère que ma modeste contribution permettra aux émissions de l'été, de Pâques et de Noël de se poursuivre elles aussi : j'avais par exemple découvert Pierre Veltz et sa société hyper-industrielle ou Pascal Brice, directeur de l'Ofpra à ces occasions.

Petite balade économico-touristique en Bretagne : Lechiagat

lundi 23 octobre 2017 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Cet été nous avons été accueilli par le phare de Croas-Malo, emblème de Lechiagat, le quartier portuaire de la commune de Treffiagat dans le pays bigouden où nous avons passé deux semaines en famille, entre l'océan atlantique et l'estuaire du Steir. Un coin tranquille au fin fond du Finistère, remarquable par des ruelles apaisées et des grandes plages sans (trop de) touristes.

Phare de Croas-Malo - Lechiagat

Plage - Lechiagat

Des plages qui ont été quand même endommagées par les tempêtes, en particulier celles de 2014 : malgré l'enrochement, le cordon de dune est visiblement encore vulnérable.

Chemin côtier sur la dune - Lechiagat

Enrochement de la dune - Lechiagat

De l'autre côté de la dune, le chemin des douaniers et la littorale à vélo - Voie 5 (qui amène son lot de touristes du genre sportif à sac à dos et à sacoche), l'étang du Loch Vihan avec son menhir de Léhan et quelques maisons très récentes qui cachent leur proximité avec cette nature fragile par des buissons plus ou moins touffus.

La littorale à vélo - Voie 5 autour de l'étang du Loch Vihan - Lechiagat

Maison proche de l'étang - Lechiagat

Le parcours de santé quant à lui est laissé à l'abandon : la dune reprend les quelques droits qu'on lui laisse.

Parcours sportif I - Lechiagat

Parcours sportif II - Lechiagat

Read next

De nos footballeurs et de leurs dirigeants

jeudi 12 octobre 2017 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

En 2015, côté football, c’était la question d’un désenchantement pour la génération 1987 qui se posait. En 2016, changement de braquet : la génération 1993 tentait de s'imposer en Equipe de France; les 1997 s’offraient un championnat d’Europe; pendant que la génération 1998 profitait d’un portrait longitudinal du Monde, derrière la fusée M’Bappé. Pour la génération suivante, les premiers 2000, on peut déjà aller piocher dans l’exégèse des supporteurs. A la Fédération Française de Foot en tout cas le chemin est balisé : mini-Bleus, Bleuets puis Espoirs. Avec son lot d’éclosions non fédérales (pour ceux qui ne visiteront Clairefontaine que très tard dans leur carrière) et de déconvenues professionnelles (pour les blessés et aux « sans marge de progression »).

C’est cette même rigueur du renouvellement que j’ai découvert à travers la plume d’Alex Payette sur le site Asialyst.com : Chine : regards sur les dirigeants de demain. Les élites s’y distinguent par génération (notre cher président Macron aurait ainsi fait parti des 70后干部) et par rang (dans cette génération-là, les cadres plus « méritants » – 11 – sont au stade vice-provincial, pendant que la plupart – 256 – sont au stade préfectoral). Il est ainsi possible de suivre de l’extérieur les performances relatives des uns et des autres dans la quête du Bureau Politique du Parti communiste chinois. Les scrutateurs avisés iront jusqu’à déceler les affiliations des uns et des autres : Xi Jinping, Wang Qishan ou encore Hu Jintao ont chacun leur propre lignée.

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des quadras qui rêvent de casser les codes : la démocratie française a la vision long terme qu’elle peut… Les Chinois ont juste une parenthèse de deux siècles à fermer.

Des robots et du journalisme à la française

mercredi 27 septembre 2017 :: perrick :: Lean :: aucun commentaire :: aucun trackback

Une des antiennes que Philippe Meyer (que je retrouve avec bonheur sur son Nouvel Esprit public en peau de caste, mais ça c’est une autre histoire) répète à longueur d’émission tient en deux mots : nous aurions en France un journalisme de cour, incapable de faire du simple reportage de terrain et préférant les ragots parisiens. Si son exemple de la semaine parlait de Mme Hidalgo, maire de Paris - que d’autres défendent avec jubilation - c’est la différence de traitement fait aux robots entre les deux rives de l’Atlantique qui m’aura alerté ces derniers temps.

Ainsi le Washington Post décrit dans un long papier du mois d’août 2017 l’arrivée de bras robotisés dans une usine du Wisconsin : chez Tenere, Robot 1 est là non pas pour moderniser la ligne de production, mais plus simplement pour remplacer des ouvriers qui ne viennent pas ou plus. Les raisons sont diffuses : drogue, maladie, dépression, retraite. En plus d’un métier d’ouvrier qui ne fait plus rêver les jeunes et un taux de chômage faible. Alors les robots arrivent en location, $15 de l’heure.

Un peu plus tôt, c’était Fast Company qui proposait un article sur le retour des humains dans les process de Toyota : l’angle est original, et même franchement à contre-courant. Les créateurs du Lean - fidèles à leur tradition du « d’abord des hommes, après des produits » - ne laissent que 8% du travail à des robots : ils ne peuvent améliorer ni leur propre efficacité, ni la qualité de leur travail. Seuls les gens peuvent y arriver. L’exemple cité dans l’article est saisissant : en reprenant (ou re-apprenant) le contrôle sur le processus de fabrication, une usine japonaise a diminué de 10% ses déchets et raccourci de 96% le temps de production des vilebrequins.

Et tout récemment le New York Times s’est aussi fendu d’une exploration dans les entrailles robotisées d’Amazon.

Pendant ce temps Libération propose un numéro spécial sur les « robots tueurs » à venir et des analyses sur des interfaces encore immatures. Même les drones-livreurs ne sont pas pour tout de suite, en France en tout cas (puisqu’en Tanzanie on lance le projet). Pour Le Monde, c’est plus délicat : la recherche montre - quand le serveur répond - surtout des robots de compagnie, un autre "peluche" thérapeutique ou encore chef d'orchestre dans les pages "Idées". Lecteur régulier je me souviens surtout de « débat » : les reportages sont aux abonnés absents (ou presque). Heureusement Le Figaro sauve un peu la mise : on y trouve par exemple en mars 2017 un article sur les robots des champs ou un autre d’avril 2017 sur le robot voiturier à Roissy. Comme s’il ne s’agissait pas d’un enjeu de société majeur, mais juste un luxe d’investisseurs.

Huit bouquins lus, la dix-septième vague

mercredi 20 septembre 2017 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. La Grande Transformation de Karl Polanyi
    A l’heure de notre « grande crise systémique », ce livre est effectivement un classique. Lionel Maurel - alias Calimaq de S.I.Lex - y a trouvé des réflexions sur le démantèlement des Communs et à l’avènement du capitalisme moderne. De la même manière, il est une référence régulière de la communauté d’intellectuels plus ou moins amateurs qui gravite autour du blog de Paul Jorion. Ce dernier cherchant très souvent les pistes de notre sortie du capitalisme dans les tentatives socialistes du XIXe siècle. C’est aussi un grand livre d’histoire que j’ai découvert : bien sûr il y a la lente mutation économique du trio terre, travail & argent sous les effets du libéralisme économique (libre-échange, société de marché & étalon-or). Mais il y a aussi les affres du prolétariat dans l’Angleterre victorienne, décrites par le menu. Mendicité, famine, grèves, combats politiques : des pans entiers dont je ne connaissais rien ou presque. Reste bien sûr à savoir où en sommes-nous dans notre « grande transformation ». livres.onpk.net
  2. La révolte des premiers de la classe de Jean-Laurent Cassely
    Un bon bac, une bonne prépa, une bonne école pour se retrouver derrière le comptoir d’un crèmerie ou aux fourneaux d’un restaurant quelques années plus tard. C’est ce parcours - encore rarissime il y a peu - qui est passé à la loupe : c’est argumenté, étayé et débordant d’exemples. Sans oublier, dans la veine d’un Louis Chauvel, le renversement qui peut faire mal : s’agit-il d’une véritable stratégie personnelle émancipatrice pour aller chercher du contact et de la matière ou des prémisses de l’adaptation sous contrainte d’une « élite » secoué par le mal-travail ? livres.onpk.net
  3. La culture expliquée à ma fille de Jérôme Clément
    Monsieur l’auteur a créé puis présidé Arte : si cette carte de visite était suffisante pour me donner envie de lire son livre, elle ne l’est pas pour propager cette inclination. Peut-être tout simplement parce que je ne suis plus dans la cible (j’ai largement dépassé l’âge de l’interlocutrice au moment de l’écriture). Peut-être. livres.onpk.net
  4. Antoine de Vinck - L’esprit des formes de Aude de Vinck et Ludovic Recchia
    Antoine de Vinck est céramiste-sculpteur et potier. Ou plutôt était. Et dans cette monographie, les textes de vieux amis, de critiques d’art ou d’élèves reconnaissants sont rassemblés avec soin et éclairent ses nombreuses facettes : artiste de la terre, humaniste profond, maître-artisan et chercheur passionné. Un portrait touchant réalisé à quatre mains, celles d’une de ses filles (par ailleurs artiste) et d’un historien de l’art. livres.onpk.net
  5. Le pays que j'aime de Caterina Bonvicini
    Une plongée dans l’Italie contemporaine avec ses errements capitalistiques et politiques. Cette fois-ci c’est l’histoire d’une riche héritière ballotée entre les années de plomb et celles de Berlusconi et du fils du jardinier emporté par les lâchetés de son ambition. Un récit facile et agréable pour retrouver des ambiances que j’avais humées dans la péninsule à la fin des années 1990. Avec une pointe de nostalgie au passage. livres.onpk.net
  6. Minority Report de Philip K. Dick
    Quelques soirées de délice pour se replonger dans la logique implacable d’une SF foisonnante : des robots tueurs, des rêves manipulés, des héros retournés, des extraterrestres rusés, des drogues puissantes, des sociétés hallucinées, etc. Une collection de nouvelles pas toujours si éloignées de notre présent. livres.onpk.net
  7. Du cinéma pour le dessert de Rémi Lucas
    Un dessinateur de bande dessinée raconte son parcours de cinéphile : humour et auto-dérision sont au programme. Tout comme les explications stylistiques et les flash-backs autobiographiques (ah, le cinéma pour adolescent des années 70). livres.onpk.net
  8. The Lean Strategy de Michael Ballé, Daniel Jones, Jacques Chaize et Orest Fiume
    Encore un livre sur le Lean donc : mon overdose avant l’été n’aura pas été trop longue. Et l’attente de la pré-commande n’aura pas été vaine : de l’explicitation du positionnement spécifique du penser Lean - qui commence par dénicher les véritables problèmes derrière les petits pas de l’amélioration continue au quotidien - à l’innovation de rupture - qui nécessite un véritable problème client et une direction claire pour les améliorations à explorer - en passant par la comptabilité ou le rôle du management, la dizaine de chapitres dépoussière les a-priori de la vulgate managériale. Et dans le Nord, ça se traduit par un objectif ambitieux pour l’usine de Toyota Onnaing : inventer l’usine propre, à zéro émission de carbone, d’ici 2050. Y'a plus qu'à... livres.onpk.net

La démographie renversera trois tendances globales pluri-décennales : taux d'intérêt, inflation, inégalités

lundi 11 septembre 2017 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

De temps en temps, je découvre un papier suffisamment convaincant pour avoir envie de le partager. Parce qu'il est argumenté et défend une thèse peu orthodoxe. C'est le cas avec Demographics will reverse three multi-decade global trends de Charles Goodhart et Manoj Pradhan, chercheurs invités par la Banque des règlements internationaux.

As the world ages, real interest rates will rise, inflation and wage growth will pick up and inequality will fall.

La thèse tient en une ligne : avec le vieillissement du monde, les taux d'intérêt vont augmenter, l'inflation et les salaires finiront par suivre, et les inégalités par diminuer. Tout ça parce que les Chinois et les Européens de l'Est en âge de travailler commencent à se retirer du marché du travail mondial : les joies de la démographie appliquée à l'économie.

Ces raisonnements basés sur la démographie sont parfois étonnants : Emmanuel Todd l'avait utilisé pour déceler l'écroulement du monde soviétique, pour Malthus les prédictions se sont révélés moins intéressantes. Reste que le papier en question, plutôt léger en équations mathématiques, se lit plutôt bien et s'offre au passage une petite polémique avec Thomas Piketty. En tout cas le Daily Telegraph, lui, ne s'embarrasse par des demi-mesures dans son article sur cette théorie : La dernière fois que les serfs d'Europe se sont soudainement trouvés en grande demande a été après la Peste noire au milieu du XIVe siècle. Certains disent que cela a mis fin à la féodalité. Reste donc à savoir où il faudra en être dans l'avancement de la servitude avant que ces tendances s'inversent effectivement !

Le salon de Simone s'exporte à Lille

vendredi 8 septembre 2017 :: perrick :: Perso :: aucun commentaire :: aucun trackback

Il y a une bande d'agilistes parisiens qui suit les après-midi de Simone depuis plus d'une année : c'est à Paris, une fois par mois. Et comme visiblement ça plaît, il était temps pour Peggy de passer à la phase d'essaimage.

Pour les lillois - agilistes ou non - qui voudraient goûter au délice d'une philosophie grandeur nature, il y a désormais un programme expérimental du côté de Marcq-en-Baroeul. Au menu : quatre thématiques pour quatre jeudi soir (un par mois jusque Noël) : Le manque de temps est-il le mal du siècle ?, Qu’est-ce qui nous rend libres ?, Le numérique est-il virtuel ou réel ? et enfin Qu’est-ce qu’un don ? Chaque soirée sera accompagnée de grignotages au début et de bulles à la fin, histoire de stimuler les neurones entre 18h30 et 21h. Le programme de cours commence le 21 septembre 2017 et bien sûr comme tout ce qui est inutile, il est indispensable ;-)

Huit bouquins lus, la seizième vague

vendredi 25 août 2017 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Chevaucher son tigre - ou comment résoudre des problèmes compliqués avec des solutions simples de Girgio Nardone
    Une revue des grands auteurs de l’ingéniosité et de l’astuce, des grecs de l’Antiquité aux sagesses de la Chine Impériale. livres.onpk.net
  2. The Lean Manager de Michael Ballé et Freddy Ballé
    Les héros du premier volume (The Gold Mine) ont passé la main. C’est désormais à Andrew Ward de faire ses preuves : son usine sera fermée ou sera lean. Des rebondissements, du rythme, des coups de théâtre; la fibre romanesque joue à plein, on en viendrait presque à aimer ces usines de plasturgie sous-traitantes dans l’automobile. De très belle facture pour approfondir le Lean. livres.onpk.net
  3. Lead with Respect de Michael Ballé et Freddy Ballé
    Il y est question d’une boîte d’informatique, éditrice de logiciel de surcroit : mes attentes étaient grandes. Malgré une entame haute en couleurs et une chute digne d’une nouvelle, le troisième volume de la série n’est pas à la hauteur de ses prédécesseurs : il manque de souffle et d’entrain. J’imagine qu’il s’étudie plus en brown bag lunch qu’il ne se dévore tard dans la nuit. livres.onpk.net
  4. Lean Selling de Robert J. Pryor
    Comment appliquer les techniques du Lean au processus de la vente ? L’écriture en « bullet points », les fausses précautions d’usage, les chapitres hyper courts : on est dans le business book sans saveur. J’y ai retrouvé les intuitions que j’avais présenté lors d’un barcamp lillois en 2008 avec une session « Tirez sur le commercial » (j’avais oublié que j’y parlais « lean » - déjà). Et j’ai maintenant une référence pour des trucs qu’on fait chez No Parking (dont la visualisation du processus commercial chez le client) et d’autres qu’on devrait travailler (comme le lissage du flux des leads entrants). livres.onpk.net
  5. Toyota Kaizen Methods - Six Steps to Improvement de Isao Kato et Art Smalley
    Un nouveau pas entamé avec l’équipe : le Kaizen individuel. J’en profite pour approfondir ma connaissance des outils historiques utilisés par Toyota (et d’autres) pour analyser ses processus industriels. Et pendant que chacun travaille sur son propre problème (technique, commercial ou ergonomique), j’explore les difficultés de la standardisation et de l’amélioration continue sur la génération quotidienne des factures : au bout de trois semaines et d’une dizaine de tickets clos, j’ai encore l’impression de ne pas être arrivé au bout (alors qu’on facture depuis bientôt 15 ans). livres.onpk.net
  6. Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson
    Je connaissais un peu l’auteur / personnage par son périple en Sibérie. Je le retrouve la gueule cassée dans une autobiographie (plus qu’un récit de voyage) au long cours sur les chemins, humbles et tortueux, qui traversent la France hyper-rurale. Au détour d’une page j’apprends le décès du père d’une ancienne colocataire : son visage me revient en mémoire, sa carrure, sa poignée de main… Puis le voyage reprend ses droits entre certains visages familiers et d’autres aperçus au bord d’une route. livres.onpk.net
  7. Le photographe de Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier
    Un appareil photo pour suivre une mission de Médecins sans Frontière en Afghanistan, des dessins pour raconter l’histoire au retour : tels sont les ingrédients de cette bande dessinée en 3 volumes. Toujours épatant, forcément poignant, malheureusement encore d’actualité vingt ans plus tard. livres.onpk.net
  8. Le lean au service du client de Jim Womack et Dan Jones
    Une entorse aux vacances : c’est quand même un livre pour le boulot. Heureusement il abord le lean d’un point de vue « macro » et s’autorise des accents prospectivistes. J’y pioche au passage quelques idées percutantes sur les conditions d’une relocalisation industrielle ou sur la stratégie de Carrefour (juste copier Tesco ou véritablement effectuer une démarche lean ?). livres.onpk.net

Première séance de 5S au bureau : le Seiri par du vide

mercredi 12 juillet 2017 :: perrick :: Lean :: aucun commentaire :: aucun trackback

Aujourd'hui au bureau, ce n'était pas un grand ménage de printemps. Ce fut plutôt une mini-tornade de Seiri : le premier S des 5 (les autres étant Seiton, Seiso, Seiketsu et Shitsuke : une autre histoire de Lean).

Visiblement prendre 2h pour se débarrasser de tout un tas de trucs, ça permet de faire un peu de vide, de se reposer des questions d'organisation...

Première étape, nous avons fait deux tas : "à supprimer" et "en suspens". En tant que gérant, j'avais le privilège d'utiliser directement le premier. Heureusement le reste de l'équipe a vite compris que le deuxième allait fondre comme banquise en 2017.

Après avoir dégager les cds (veilles sauvegardes, pilotes de matériel depuis longtemps obsolète, boîtes vides et disques vierges), ce fut le tour des tours : elle ne servait plus que pour les post-its neufs.

Troisième temps, le tri : certains trucs ont été récupérés par les uns et les autres, le recyclable s'est retrouvé dans les sacs verts ou des cartons, le non-recyclable dans les noirs et les composants électriques ou électroniques dans un coin (prêt pour la déchetterie). La parenthèse ouverte vers 14h30 pouvait se refermer tranquillement avant le tea time.

Ce fut aussi l'occasion de passer un coup d'aspirateur un peu plus appuyé, d'agrandir le coin repas, de déplacer quelques plantes, de nettoyer des claviers, de remplacer une multi-prise par une autre plus grande, de regrouper les fournitures neuves, d'agrandir l'espace dédié aux archives, etc.

C'est d'ailleurs la question des archives qui m'aura le plus marqué : les cédéroms qui n'avaient jamais servi ne serviront plus jamais. Par contre les boîtes d'archives avec tout la paperasse, classée mois par mois, attend à l'abri un transfert aux archives nationales du travail.

Le Lean continue de me surprendre

mercredi 5 juillet 2017 :: perrick :: Lean :: aucun commentaire :: aucun trackback

Cela fait maintenant un trimestre qu’on a lancé notre démarche Lean chez No Parking. Aux premiers jeux lancés au démarrage (par jour : 6 tickets et une contre-mesure sur un problème; par semaine : un nouveau client), se sont ajoutés des nouveaux exercices (par semaine : un coup de fil à un client récent; puis le dernier par trimestre : un projet kaizen pour chacun).

Le nombre de tableaux dans les bureaux suit la même courbe croissante. Il y a une zone pour les informations qui changent tous les jours.

le panneau pour tous les jours

Une autre pour les tableaux au rythme plutôt hebdomadaire ou mensuel.

le panneau pour toutes les semaines ou les mois

Et une troisième où arriveront les tableaux trimestriels (et plus).

le futur panneau pour tous les trimestres

Mais derrière toute cette mécanique de kaizen, d’amélioration continue, de 6 étapes, de 5 pourquoi, de PDCA (ou PISCAR), de lead time - pour ne citer que les trucs qu’on a commencé à explorer - je suis toujours surpris par le côté systémique que révèle ces travaux pratiques réguliers.

Prêt pour un exemple ?

Certains nouveaux comptes n’arrivaient pas à se connecter sur leur instance Opentime. L’email avec les codes d’accès partaient bien mais visiblement Google, Microsoft & Co ont réussi à rendre la vie tellement dure aux spammeurs que pour nous aussi c’était devenu difficile d’assurer d’une réception correcte. Après avoir découvert (puis corrigé) une série de problèmes grâce à Mail-tester puis ajouté un lien de connexion automatique (avec jeton temporaire), on a décidé d’arrêter la création des comptes en asynchrone (avec une latence de 2 minutes environ) pour revenir à une création synchrone. L’attente est désormais réduit à moins de 10 secondes : le temps de traiter le formulaire d’inscription, d’afficher une page de transition et de basculer vers l’instance nouvellement créée. Le résultat est satisfaisant : on reçoit beaucoup moins de message d’emails perdus et de mots de passe oubliés. Mais le véritable succès est ailleurs : tous les comptes ouverts sont désormais très vite testés. Au moins quelques clics, au moins quelques minutes. Et un nouveau problème apparaît aussitôt : comment mieux convaincre les prospects qu’ils sont effectivement en train de tester le bon logiciel pour leur besoin ? Du lac et des rochers qu’ils disaient…

De l’individuation comme matrice du code

mercredi 5 juillet 2017 :: perrick :: Développement :: aucun commentaire :: aucun trackback

Il y a un art du bug : le corriger localement et rapidement bien sûr mais aussi - et peut-être surtout - comprendre, voir et sentir la structure générale de l’application dans son ensemble afin de le laisser dans un état sain, sans trop de cicatrices. Ne pas fuir avec un copier-coller brutal mais discerner l’architecture générale, aussi nébuleuse soit-elle, et la compléter, dans l’élan qu’elle porte déjà en elle.

En s’appuyant sur Gilbert Simondon, Arnaud Bailly utilise le concept d’individuation dans sa conférence On the Mode of Existence of Software pour couvrir ce cas. Et il y en a d’autres pépites pour les curieux de concepts, de philosophie et de code….

Arnaud Bailly - On the Mode of Existence of Software from NEWCRAFTS Conferences.

Des ruminants aux bébés mammifères, une divagation politico-écologique

jeudi 22 juin 2017 :: perrick :: Ecologie :: aucun commentaire :: aucun trackback

Au niveau mondial, les émissions annuelles de méthane digestif (chez les ruminants donc) correspondent à environ 15% des émissions de ce gaz à effet de serre. Et s’il ne contribue qu’aux alentours 3% de l’effet de serre, il n’en reste pas moins un facteur important surtout si on ajoute le transport des bêtes destinées à la consommation : en moyenne 660 km rien que pour l’agglomération parisienne. Et pendant que la question de savoir s’il faut devenir végétarien pour sauver la planète se fraye petit à petit un chemin vers la légitimité, les promoteurs du végétarianisme en ont fait un combat contre le réchauffement climatique.

Parallèlement l’association L214 publie régulièrement des vidéos choc : si la plupart de leurs productions ne dépasse pas les 5000 vues, l’abattoir made in France - certifié bio - Le Vigan a dépassé le million (malgré un avertissement de YouTube). Et comme tous bons activistes numériques, leurs sites se croisent et se répondent : viande.infos, vegan-pratique.fr, etc. Les techniques sont éprouvées. Le public réceptif.

Dans ce contexte le parti animaliste pouvait fêter une belle victoire après les législatives de 2017 : avoir atteint 1% dans plus de 50 circonscriptions réparties sur au moins 30 départements. Et obtenir ainsi des financements publiques pour les 5 années à venir. En s’activant pour nos amis les bêtes, ce jeune parti décrochera cependant un financement minoré pour manque de parité (il y avait trop de femmes candidates).

Au delà de l’anecdote des affiches aux chatons, je suis curieux de voir si effectivement les animaux nous mèneront vers un planète plus respirable : les grands yeux trop mignons des bébés mammifères n’y seront probablement pas pour rien.

Huit bouquins lus, la quinzième vague

dimanche 18 juin 2017 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback