Journal d’une quarantaine : vendredi 13 mars 2020

vendredi 13 mars 2020 :: perrick :: Quarantaine 2020 :: aucun commentaire :: aucun trackback

À la maison, on l’avait anticipée depuis plusieurs semaines - depuis le retour des vacances de février en fait. On l’avait trompée en faisant un gros plein au supermarché puis un deuxième. En se préparant doucement au bureau. En lisant et croisant nos sources sur internet. En allant étrenner mon hakama (arrivé juste à temps depuis le Japon) mercredi soir au club d’aïkido. Mais depuis hier soir, c’est officiel : l’école ferme et la quarantaine se met en place.

Visiblement l’Education Nationale - et non l’armée - servira de colonne vertébrale à l’effort contre le Covid-19. La bibliothèque s’est déjà calé sur la directive, tous les activités suivront en cascade. En bloquant les enfants à la maison, les parents se retrouvent avec une double mission « rester en bonne santé » et « garder le moral ». Et déjà un ami professeur des écoles se retrouve réquisitionné pour s’occuper des enfants des soignants. On attend désormais le programme des travaux de la classe virtuelle pour assurer la continuité pédagogique.

Chez No Parking, le rythme aussi sera chamboulé : chacun a le droit de faire comme ça l’arrange. Pour celui et celle qui attendent un bébé dans les prochains jours et les prochaines semaines, les priorités vont s’imposer naturellement, les congés maternité et paternité font leur job. Mais je ne peux pas m’empêcher d’imaginer le dilemme des grands-parents : aller à la maternité ? attendre le retour à la maison ? attendre le retour à la normale ? Pour ceux qui ont des enfants - donc moi y compris - la notion des heures au boulot va exploser : en dehors créneau de la sieste de l’après-midi qui devrait être libre, je m’attends à jongler en permanence pour faire le boulot du jour et permettre à Peggy de faire le sien. Et pour les autres, c’est le lieu de travail qui sera à la carte : non habilité à recevoir du public, notre bureau - le Red Stone - sera ouvert mais plutôt vide pour la durée de la quarantaine.

La question ne sera donc pas tant celle du télé-travail (on manipule tous du texte sur des ordinateurs, aussi bien côté marketing que développement, c’est largement faisable) mais celle du travail en asynchrone radical et mouvant.

En prévision de cette quarantaine Matthieu avait installé à un nouveau serveur Synapse de messagerie instantanée basé sur le protocole Matrix tout récemment : il devrait servir de noeud conversationnel pour compléter notre outil maison, Opentime (avec tickets, planning, suivi administratif, etc.). Autre changement majeur, le point en équipe à 12h50 s’efface : j’ai annoncé à chacun que je ferai en sorte de l’appeler une fois par jour. Avec la ligne du standard qui a basculé sur mon portable, je sens que je vais passer du temps au téléphone !

Et je me rassure en disant que le choix d’avoir permis à tout le monde de faire 32h par semaine nous offre un matelas de sécurité supplémentaire : il y a du « mou » pour travailler plus si le besoin devait s’en faire sentir dans un mois ou deux.

En France, il y avait 2882 cas confirmés, 61 décès et 12 guérisons. Et des myosotis dans le jardin.

Patreon Capital: An Alternative to Podcast Financing

mercredi 19 février 2020 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback
We can now add one more notch to the interesting-ness of their financial life: the Multitude crew are now among the earliest patrons of Patreon Capital, a new alternative financing service by the membership platform. The service provides cash advances to creators in exchange for a slightly greater sum of their future income generated on Patreon. It’s a relatively speedy financing option, one that could come in handy if you need a quick burst of funds to finance a new project requiring higher-than-usual upstart capital.

Les revenus d'un financement participatif sur Patreon peuvent donc servir de garantie pour obtenir une avance en capital, le remboursement s'effectuant sur les revenus futurs. On n'est pas très loin du modèle de Continuous Securities Offering porté par Fair Mint. Sauf que cette fois, le risque est porté entièrement (ou presque) par le créateur... En attendant de voir fleurir ceux qui feront la même chose autour du Revenu Universel.

Municipales à Paris : «Il faut déconstruire la ville segmentée»

vendredi 7 février 2020 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Professeur des Universités, Carlos Moreno est spécialiste du contrôle intelligent des systèmes complexes et donc initiateur du concept de la ville du quart d’heure. On le retrouve en entretien dans Libération :

Dans les années 90, on s’est dit qu’on allait résoudre le problème de l’éclatement spatial des villes grâce à la technique : aller plus vite, plus loin, avec des métros plus rapides par exemple. Puis des gens comme moi se sont intéressés aux conséquences de cet aménagement de la ville sur la vie dans la ville. Six choses font qu’un urbain est heureux : habiter dignement, travailler dans des conditions correctes, s’approvisionner, le bien-être, l’éducation et les loisirs. Pour améliorer la qualité de vie, il faut réduire le périmètre d’accès à ces six fonctions. J’ai choisi celui du quart d’heure pour marquer les esprits.

Mais c'est forcément dans The Guardian que j'ai retrouvé la trace de son inspiration première : Jane Jacobs (que j'admire tant).

To the dismay of the car lobby, already angered by the closure of the highways either side of the River Seine that runs through the centre of Paris, Hidalgo has promised to continue pedestrianising swathes of the capital, plus a €350m (£300m) plan to create “a bike lane in every street” by 2024, and a plan to do away with 60,000 parking spaces for private cars. Main roads through Paris will be inaccessible to motor vehicles, “children streets” will be created next to schools for term time, and the schools turned over to local residents during weekends and holidays. Moreno says he was inspired by the American-Canadian author and activist Jane Jacobs, author of the 1961 classic The Death and Life of Great American Cities.

Will Big Business Finally Reckon with the Climate Crisis?

mercredi 5 février 2020 :: perrick :: Ecologie :: aucun commentaire :: aucun trackback

Pendant que les candidats de Lambersart se jaugent à qui plantera le plus d'arbres sur la commune, les bouleversements climatiques sont devenus Man’s First Good Forecast (dixit Spencer Glendon).

Many mortgages on homes and properties along the Florida coast now require owners to have flood insurance. Insurance contracts are renewed every year. If, at a certain point, insurance companies will no longer cover properties in a given area, owing to their climate exposure, then owners may risk defaulting on their mortgages. "If you say there are parts of the country where thirty-year mortgages don't make sense, even just because of uncertainty, bad things will happen in that place," Glendon told me. "These places will be financially underwater long before they are physically underwater."

Un article de Carolyn Kormann qui montre le chemin que doit encore parcourir ceux qui prennent les risques et les refilent à d'autres, c'est à dire ces financiers qui préfèrent surfer sur la hausse des bourses américaines avant de passer leur retraite au golf...

Le Continuous Securities Offering : une nouvelle réponse au dilemme rich / king des entrepreneurs

mercredi 22 janvier 2020 :: perrick :: Entreprenariat :: aucun commentaire :: aucun trackback

Au menu des grandes fondamentales de l’entrepreneur, on retrouve le choix souvent inévitable entre pouvoir et richesse. En privilégiant le contrôle (le côté king), il se prive de la recette classique pour accélérer son développement : la levée de fonds. Par définition, celle-ci implique d’échanger du capital contre des parts, et in-fine des droits de vote, avec en ligne de mire des effets multiplicateurs importants sur la valorisation (le côté rich).

Ce modèle est intimement lié à l’univers américain (et probablement à son modèle familial nucléaire) : la question du poids en dollars de chacun n’est pas tabou et la quête de richesse peut jouer à plein. Problème en Europe - et tout particulièrement en France - le choix du roi est beaucoup plus fort. Peut-être s’agit-il d’un relent de césarisme ou de catholicisme zombie ? Toujours est-il que cela avait été un véritable choc pour mes profs d’entreprenariat à Stanford quand ils ont découvert que sur notre groupe de 25 entrepreneurs français, un seul avait prévu d’ouvrir son capital à ses équipes. Bien sûr on pourra se plaindre que cela ne favorise pas le développement des gazelles en route vers le statut de licorne, ou se réjouir de voir des sociétés plus stables et plus pérennes !

Reste qu’il fallait bien des français, en l’occurence Thibauld Favre et Joris Delanoue, pour imaginer et mettre sur pied un nouveau mécanisme de financement sans perte de capital pour les fondateurs et fondatrices. Avec leur CSO - Continuous Securities Offering - ce sont les revenus futurs qui servent directement de garantie à l’investissement : une part de ceux-ci est « bloquée » pour les investisseurs. S’y ajoute une dose de « blockchain » pour garantir liquidité et simplicité dans un produit financier qui se veut accessible à toutes les parties prenantes : financiers mais aussi clients, salariés et partenaires. Une expérimentation intéressante à suivre en tout cas.

CSO Handbook

Work Is Work

vendredi 17 janvier 2020 :: perrick :: Management :: aucun commentaire :: aucun trackback

Quand une société grandit, son rythme de production baisse : les contraintes des théories du parallélisme et des files d'attente sont implacables. Et si l'objectif de l'économie entreprenariale, ce sont bien des rendements croissants pour se développer (ou increasing returns to scale), il ne reste plus grand chose à faire :

As an organization hires more employees, work on productivity improvements must be a constant priority. Internal tooling, training, and services must be developed and fielded to ensure that all members are able to work on problems of continuously increasing impact. The ceaseless pursuit of force multipliers is the only possible route to superlinear productivity improvements as an organization grows.

Dans son petit essai Work Is Work, Coda Hale arrive presque à définir le Lean, sans jamais le mentionner : améliorer des façons de faire, former les personnes, travailler sur les délais, enrichir la gamme, respecter les personnes. Et à m'orienter vers la littérature sur les files d'attente au passage...

Huit bouquins lus, la vingt-sixième vague

mardi 17 décembre 2019 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. Pourquoi les Chinois ont-ils le temps ? par Christine Cayol
    Au delà des clichés sur les vieux chinois en train de s’assouplir pendant une séance de tai-chi-chuan au cœur d’un jardin public, Catherine Cayol nous partage quelques réflexions sur la manière de prendre son temps à Pékin. Entre le temps « affectif » qui alterne les étapes d’ensemencement (forcément longues et souterraines) et celles de récolte (actives, denses et constructives), elle nous distille étonnements et anecdotes. A commencer par l’importance de savoir créer une atmosphère propice à ce qui devra arriver ! Et surtout il ne faut pas tirer sur les tiges pour qu’elles grandissent : la ponctualité peut aussi attendre. livres.onpk.net
  2. Competing against luck par Clayton M. Christensen, Karen Dillon, Taddy Hall et David S. Duncan
    Parce que trouver pourquoi un produit (ou un service) fonctionnera n’est pas si facile, l’auteur du fameux The Innovator's Dilemma et de son cortège de technologies disruptives arpente dans cet opus très accessible une nouvelle approche de cette quête. Armer d’une question renouvelée, « quel est le boulot pour lequel tel client a embauché tel produit ? », il invite chaque entrepreneur à retrouver l’expérience profonde qui mène au choix d’un produit. Une fois cette connexion réalisée, il s’agit de s’appuyer sur cette compréhension nouvelle pour en améliorer les caractéristiques, revoir son positionnement par rapport aux alternatives (et non par rapport aux concurrents directs) et enclencher de nouvelles innovations. Les pratiquants Lean - aussi bien ceux du parfum à la mode Lean Startup que les autres du canal TPS historique - y piocheront probablement une ré-assurance de leurs gestes plus ou moins réguliers. Mais n’importe quel entrepreneur y trouvera matière à réfléchir sur sa propre pratique. livres.onpk.net
  3. Peuplecratie par Ilvo Diamanti et Marc Lazar
    Parce que le populisme est un mot à la mode, en lire l’histoire en Italie et en France permet de se rappeler quelques circonstances favorables à son éclosion : une nouvelle technologie (si possible qui favorise la communication directe), une crainte identitaire (pour créer un bouc-émissaire commode), une crise sociale et économique (1929, 2008), une exigence de changement démocratique (dans le cas présent, plus de RIC, mois de parti). Et dans ce jeu politique en plein remaniement, il ne reste aux familles partisanes qu’à surfer sur ces piliers pour espérer passer le cap. Macron aura montré le chemin quand ça marche, mais LREM - avec son incapacité à peser sur la société - l’aura précédé dans l’impasse. livres.onpk.net
  4. Demain les chiens de Clifford D. Simak
    Les hommes ont disparu de la Terre. Ont-ils seulement existé ? Est-ce juste une fable que se raconte les chiens encore présents sur la planète ? Une série de nouvelles véritablement utopiques sur ce que peut laisser une humanité à ses plus fidèles compagnons. livres.onpk.net
  5. Mon père, ce tueur de Thierry Crouzet
    Il y a d’abord le choc des armes à feu et la violence de la guerre. Il y a aussi une écriture fine, concise et sans fard. Et puis surtout des cercles presque proustiens faits d’aller-retour entre l’enfance de l’auteur, la mort du père et son temps sous les drapeaux. Un jeu de miroir cassé où les arrêtes sont saillantes et les nerfs à vif, où la sauvagerie affleure à travers ce père tellement plus à l’aise avec ses fusils qu’avec son fils. En toile de fond, il y a l’Algérie et sa guerre d’indépendance. Une guerre qui n’existe pas dans ma famille : mes deux grands-pères l’ont évitée, l’un est né belge, l’autre était déjà revenu de ses classes effectuées au Maroc en 1954. Mais une guerre quand même, dont les traces ne sont visiblement pas encore exorcisées. livres.onpk.net
  6. Scale de Geoffry West
    Qu’on marche plus vite à Paris qu’à Lille n’est donc pas une anomalie que tous les nordistes (et moi le premier) doivent conjurer quand ils tentent de prendre le métro en gare du Nord mais bien une conséquence des lois d’échelle qui existent au sein des centres urbains. Cet écart se retrouve aussi dans le nombre de brevets, le montant du PIB ou le taux de criminalité, à chaque fois avec un ratio identique. Ces lois d’échelle des êtres vivants, des villes et des entreprises (de croissance sur- ou sous-linéaire) sont le fruit de nombreuses collaborations du physicien Geoffrey West au sein du Santa Fe Institute ainsi qu’une passionnante exploration mathématique. Et au passage une confirmation des intuitions géniales de Jane Jacobs. Il ne me reste plus qu’à reprendre mes cours sur les fractales : je ne pensais pas croiser mes réflexions urbaines avec mes restes vagues d’étudiant en mathématiques, mais l’occasion est vraiment trop belle ! livres.onpk.net
  7. Conversion Code de Chris Smith
    Ce livre est de fait un « standard », le fruit d’une technique efficace et éprouvée pour atteindre un objectif (dans le cas présent, vendre par le web). Landing pages, campagnes sur les réseaux sociaux et appels téléphoniques sont décortiqués, expliqués et mis en perspective. Reste bien sûr - comme dans toute démarche Lean - à appliquer puis améliorer ce standard au sein d’une équipe marketing & commercial : j’y ai pioché pour No Parking une exigence beaucoup plus forte pour diminuer drastiquement nos temps de réponses aux créations de compte via notre site web. Mais je me refuse toujours à utiliser les campagnes publicitaires Facebook ou Google que l’auteur met en avant. On mène aussi les combats éthiques qu’on veut. livres.onpk.net
  8. Balade avec Épicure de Daniel Klein
    Une nouvelle exploration du temps : cette fois-ci à Hydra, en Grèce. L’occasion de découvrir et de suivre une vie à un autre rythme, sous le signe d’Épicure et du grand âge. Et comme de par hasard, il aura suffit de trouver un coin sans voitures et sans routes pour profiter du ralentissement et de la contemplation : un corollaire philosophique des découvertes de Geoffrey West dans son Scale.

Amener ses enfants à l’école

lundi 16 décembre 2019 :: perrick :: Espace urbain :: aucun commentaire :: aucun trackback

Le 16 décembre à partir de 8h25, quelques tranches de vie sur le quart d’heure que dure mon passage entre les écoles des filles :

The Real Class War

jeudi 28 novembre 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

De temps en temps, je découvre un article qui semble capturer l'essence de mes lectures récentes. The Real Class War de Julius Krein fait parti de ceux-là. Entre une reprise indirecte et grinçante des analyses de Louis Chauvel dans La spirale du déclassement et une touche ironique et désabusée piochée dans la newsletter de Matt Stoller, l'éditorialiste conservateur américain dépeint une Amérique coupée en deux entre les 10% et les 1% (les autres étant déjà marginalisés politiquement). Les prochaines présidentielles y seront fascinantes à regarder.

Ultimately, the question that will determine the future of American politics is whether the rest of the elite will consent to their contin­ued proletarianization only to further enrich this pathetic oli­garchy. If they do, future historians of American collapse will find something truly exceptional: capitalism without competence and feu­dalism with­out nobility.

Public Service Broadcasting régale en musique mes oreilles de nerd un temps londonien

dimanche 27 octobre 2019 :: perrick :: Connexe(s) :: aucun commentaire :: aucun trackback

Le costume-cravate n'est plus l'apanage des financiers de la City londonienne. Il orne aussi les pochettes d'album et les scènes de festival rock, à commencer par ceux de Public Service Broadcasting. Je les ai découvert cette semaine : un mélange de rock (guitare, basse, batterie), de samples (tirés de l'histoire industrieuse et industrielle du Royaume-Uni) et de cet humour pincé si anglais. Un régal pour tous les nerds... depuis 2013.

Sans oublier le passage aux BBC Proms pour fêter les 50 ans du premier atterrissage sur la Lune.

China’s New Cybersecurity Program: NO Place to Hide

lundi 14 octobre 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Au moins c'est clair : on ne parle plus de porte dérobée (à l'anglaise par exemple), mais de porte ouverte (à la chinoise donc).

This means intra-company VPN systems will no longer be authorized in China by anyone, including foreign companies. This in turn means all company email and data transfer will be required to use Chinese operated communication systems that are fully open to the China’s Cybersecurity Bureau. All data servers that make any use of Chinese based communications networks will also be required to be open to the Cybersecurity Bureau’s surveillance and monitoring system.

En jargon techno-chinois, cela s'appelle un Cybersecurity Protection Scheme. Au passage la campagne de la Quadrature du Net contre la techno-police prend toute sa valeur : ce sera l'occasion de découvrir jusqu'où nos élus souhaitent ajouter au modèle chinois des caractéristiques occidentales.

De l’anglais politique en contexte numérique

mercredi 9 octobre 2019 :: perrick :: Connexe(s) :: un commentaire :: aucun trackback

Avoir vécu à Londres pendant presque 10 ans et lire en anglais tous les jours (aussi bien des livres que des blogs et des sites d’actualités) ne me sont pas suffisants pour suivre les nouvelles outre-Manche et outre-Atlantique. Le contexte y est tellement particulier, électrique et inhabituel que je n’arrive plus à suivre les saillies des principaux protagonistes sans devoir me référer périodiquement à un dictionnaire de bonne taille. Des mots plutôt rares reviennent à la surface et accrochent les gros titres.

Dans la pêche récente, il y a le humbug (fumisterie) de Boris Johnson à propos du jugement de la cour suprême britannique, celui qui lui impose la reprise des sessions parlementaires. Plus tôt il y avait eu le flails (s’agiter dans tous les sens) d’un Donald Trump confronté à une carte météorologique. Et le ping-pong continue entre les bedlam (chahut) et autres trantrum (crise de colère) du président américain et les uncooperative crusties  (bourrus refusant de coopérer) ou fish puns (calembours à base de poisson) du premier ministre anglais. Visiblement cette exubérance stylistique fait partie d’un art consommé de la langue de Shakespeare. Mais comme mot de la fin, je vous laisse avec le toerag d’un sujet de sa Majesté

Huit bouquins lus, la vingt-cinquième vague

lundi 30 septembre 2019 :: perrick :: Livres :: aucun commentaire :: aucun trackback
  1. La France des territoires, défis et promesses par Pierre Veltz
    J’avais découvert l’auteur lors de sa campagne de promotion de son précédent ouvrage La société hyper-industrielle. Et je m’étais mis en tête de lire les suivants : loin d’appuyer sur les fractures de l’archipel français ou sur ses périphéries déchirées, il invite au changement de focal et à la complémentarité. Ainsi vue de Chine, la France avec ses 60 millions d’habitants se situerait quelque part entre l’agglomération de Shanghai (70 millions) et celle de Canton (50 millions avec les autres villes de la mégalopole du delta de la rivière des Perles) et bénéficie d’un réseau de transport en commun fiable qu’on appelle aussi le TGV. Quant à sa complémentarité elle peut s’exprimer par des écarts que la métropolisation n’exprime pas : Vitré ou Figeac ont vu des croissances d’emploi plus importants que Lille ou Nice (en pourcentage) alors que les électeurs du FN sont surtout présents dans les grandes villes (en valeur absolue). Reste à faire émerger le « produit-système » que la convergence locale et écologie implique et les nouveaux territoires qui peuvent les porter. livres.onpk.net
  2. Workplace Management par Taiichi Ohno
    Explorer le Lean par ses racines, un autre biais pour continuer mon exploration. A travers cette collection de mini-chapitres (38 au total), c’est toute la pensée managériale qui transparait : elle commence par démonter le fameux « bon sens », celui qui nous fait croire que le Lean ne serait que son application, quand bien même tous ceux qui le pratiquent évoquent ce changement radical qu’il faut faire sur soi-même. Le Gemba l’impose : il ne se plie que rarement à nos désirs, il n’est jamais acquis et présente toujours de nouvelles frictions. Un contexte transparaît aussi de l’ouvrage : le marché automobile japonais est saturé, il faut désormais apprendre à faire du profit sans passer par la case de la croissance facile d’un marché en expansion. Ne plus produire les voitures qu’on ne vendra pas, augmenter drastiquement la productivité et continuer à apprendre (même quand c’est une usine du Brésil qui maîtrise le mieux les contraintes d’une grande variabilité des pièces sur un petit volume). On en est loin dans le monde du numérique actuel où l’on se bat aussi (surtout ?) sur le montant des levées de fond et avec le super-argent. Toutes ces leçons peuvent encore attendre dans les livres qu’une nouvelle génération les explore. livres.onpk.net
  3. Plateform Scale par Sangeet Paul Choudary
    Dans le cadre du projet CMIS (Crédit Mutuel Inter-professionnel Systémique, ou chambre de compensation B2B sur la métropole de Lille), je m’attelle pour la première fois à un business-model de type « plateforme à deux faces ». Et comme c’est devenu un classique il y a bien longtemps (de CraigList à Uber, du Bon Coin à Blablacar), j’ai pioché un peu au hasard ce livre dans la littérature disponible sur le sujet. J’y ai découvert ce que je cherchais, c’est-à-dire un cadre théorique pour aller un peu plus vite et débroussailler un chemin possible pour aller au delà de la recherche simpliste de l’effet réseau (quand bien même il est évidemment le premier à creuser) mais surtout pour casser le dilemme de la poule et de l’oeuf. Reste à transformer l’acceptation du projet dans l’incubateur Fintech d’Euratechnologies en réussite pour l’écosystème économique local. Mais ça, c’est une autre histoire… livres.onpk.net
  4. Les furtifs par Alain Damasio
    Lire le dernier Damasio, c’est d’abord retrouver le travail de la langue et du verbe. Et de la typographie cette fois. Comme dans son formidable La horde du Contre-vent, chaque personnage s’exprime (et donc se lit) à travers une forme qui lui est propre, fruit de son histoire et de son tempérament. L’intrigue quant à elle nous plonge dans une France des années 2040 qui, sous le joug de multi-nationales toutes puissantes ou presque, laisse un escadron d’élites traquer des « furtifs », une espèce vivante, de chair et de sons, qui semblent se jouter des sens et de la technologie des humains. Comme toute bonne science-fiction, elle parle d’abord de notre présent (et l’auteur ne s’en cache pas du tout, au contraire). Et parfois le présent finit par rattraper l’anticipation : la disparition de Steve à Nantes prenant de cours la hantise du décès chez les forces de l’ordre sous le commandement du Ministre Gorner. Reste, encore et toujours, à « aller fracturer la croûte terrestre, là où c’est un peu fragile, un peu ouvert, et tirer avec nos bras dans la fissure pour faire sortir du magma en douce… »  livres.onpk.net
  5. The Entrepreneurial State: Debunking Public vs. Private Sector Myths par Mariana Mazzucato
    Quelle erreur d’avoir commencé l’oeuvre de Mariana Mazzucato par The Value of Everything. Celui-ci est autrement plus accessible et stimulant. En explorant en détail l’impact déterminant des financements publics sur toutes les technologies de l’iPhone, elle démonte la vulgate qui voudrait 1) que l’État soit un frein à l’innovation et 2) qu’il ne soit même pas capable d’accompagner des sociétés vers le succès. Au passage elle propose enfin des pistes pour socialiser les bénéfices - parfois astronomiques - des sociétés privées sous la forme de royalties ou celle de prêts & garanties liés au résultat (pas si éloignés des « success fees » des juristes). Pas certain que ce soit suffisant dans l’état actuel du capital-risque mais c’est toujours bon à avoir sous le coude au moment où Euratechnologies annonce son propre fond. livres.onpk.net
  6.  Antifragile par Nassim Nicholas Taleb
    Derrière un mot - antifragile donc - Nassim Nicholas Taleb propose une véritable philosophie de la vie : éviter le confort lisse d’une vie sous contrôle et chercher la volatilité qui permet à cette vie de croître et de se régénérer. Véritable franc-tireur (il se permet de critiquer ad-hominem certains économistes en vue et d’autres universitaires bon teint), il distille son érudition protéiforme à travers plus de 400 pages très vivantes entre anecdotes personnelles, aphorismes antiques et lectures savantes. Et ce sont l’économie, la médecine, l’architecture ou la technologie qui passent à la moulinette de son détecteur à bullsh*** avec Thalès de Millet comme totem (ça nous change du récurrent Platon v. Aristote). Et des options, toujours des options, pour tirer le maximum de profit de ce que la vie peut nous apporter. livres.onpk.net
  7. Chronic City par Jonathan Lethem
    Les éditions de l’Olivier sont une des très rares maisons d’édition qui a toute ma confiance : je peux prendre un de leurs livres sans même lire la quatrième de couverture. Le volume de Jonathan Lethem, je l’ai débusqué dans une ancienne cabine téléphonique de Lechiagat devenue boîte à livres. On y suit une vieille vedette de cinéma : enfant-star, Chase Insteadman vit désormais de ses rentes entre paillettes people et désoeuvrement personnel, au coeur de la faune new-yorkaise. Quand il croise Perkus Tooth, un critique rock aux affiches underground placardées il y a bien longtemps, sa vie dérive peu à peu. Et le livre nous entraîne un peu plus loin que la réalité, tellement doucement qu’un univers étrange s’est déjà bien installé quand la neige continue de tomber drue au mois de mars. Un régal pour replonger dans l’atmosphère de Manhattan que j’avais senti en juin pour la première fois. livres.onpk.net
  8. Je suis breton mais je me soigne par Yann Lukas
    Avec une famille maternelle qui répond au nom de Boulic, il est bien difficile de cacher une part bretonne; d’autant plus qu’il n’aura échappé à personne que mon prénom est de la même origine. De tous mes étés dans le Finistère nord, il reste bien sûr le parfum iodé du vent, les crevettes dans l’épuisette et les grains de sable dans le maillot de bain. Un slogan aussi, longtemps collé sur les voitures du quartier de mes grands-parents, « Pas de Bretagne sans Loire-Atlantique ». Une poignée de recettes (Kig ha Farz) et quelques mots (Ma Doué ou Kenavo). Et pour la langue des mes aïeux, elle ne se maintiendra dans la famille que si le cousin (parmi les 11 petits-enfants) qui la parle encore, fruit de sa complicité avec mon grand-père, la transmet à ses enfants. Il faut dire que je ne me sens pas breton : si j’ai goûté à mon premier Kouign-amann, ce fut à 16 ans grâce à des parisiens; si j’ai chanté l’Angélus breton lors de mon mariage, ce fut en français et en latin; si j’ai dansé mes premiers « Andro » et « Hanter dro » dès 12 ans au Cercle des Bretons du Nord, à 42 ans je n’ai pas encore participé à un fest-noz en Bretagne. Je suis un breton folklorique. Et pourtant si cette âme n’est pas la mienne, bravo à eux pour le label Produit en Bretagne et pour leur terre si douce en été, quand la finance mondialisée sera sur le point d’achever le climat, ils auront peut-être entre leurs mains une terre hospitalière, même au coeur du mois de juillet. livres.onpk.net

Habiter les interstices

vendredi 30 août 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

De l'importance du rêve et de l'imaginaire dans la construction d'un futur souhaitable... Une illustration avec un échange entre Frédérique Triballeau et Luc Schuiten sur le blog de Dixit.net :

Frédérique Triballeau. Une petite question technique. J'ai pu voir que vous parliez de biobéton fabriqué par les coquillages et de bioverre par les insectes. Mais qu'est-ce que c'est ? Je ne connais pas du tout.
Luc Schuiten. Mais moi non plus ! Cela fait partie d'une réflexion biomimétique. Le coquillage est un biobéton magnifique : il prend le sable qu’il lui faut autour de lui, en absorbant du CO2 plutôt que d’en produire. Le coquillage est un exemple remarquable et si lui le fait, alors pourquoi pas nous ? Il crée du béton sans haute température, sans haute pression, sans usine, simplement avec son organisme. Nous aussi avons appris des technologies incroyables, mais elles sont toujours liées à l’industrie, voire à l’industrie de la guerre. Nous ne sommes pas suffisamment allés chercher du côté des voies douces, biologiques et biomimétiques. Il y a maintenant des laboratoires qui y travaillent, car on sait que cela pourrait permettre de découvrir de vraies solutions pour la planète. Mais cela n’avance pas très vite, car les capitaux n'affluent pas autant que si le projet était de faire une super bombe atomique.

50 ans après Armstrong, 15 auteurs de SF imaginent l'avenir de l'humanité dans l'espace en 2069

mercredi 24 juillet 2019 :: perrick :: Notes :: aucun commentaire :: aucun trackback

Quand un de mes auteurs contemporains favoris - Alain Damasio - met les pieds dans le plat :

Je pense qu’il ne se passera rien d’ici 50 ans. Je pense qu’on s’est totalement gouré là dessus. C’est comme la robotique et le cycle des robots d’Asimov, c’est une catastrophe totale. Je pense que sur la conquête spatiale, on n’a rien fait depuis 1969. On envoie des sondes et des petits rovers sur Mars, mais honnêtement c’est purement dérisoire, ça n’a aucun intérêt, c’est pour ramasser des morceaux de cailloux.